Guerre eschatologique : Russie/Occident

18.08.2022

Source:  Strategika.fr

Le Katechon dans le christianisme et l’islam

Sommaire

Choc des civilisations – La Russie chrétienne face au progressisme antichristique

– Le bouleversement du droit international et la diabolisation de l’ennemi

– Eschatologie et messianisme : la géopolitique américaine

– La basculement eschatologique du discours des dirigeants russes

Le Katechon et l’Antéchrist

– Qu’est-ce que le Katechon ?
– Le Katechon, Rome et l’eschatologie juive
– Le Katechon : l’Empire chrétien et le Califat ?
– Le Katechon dans le Coran
– Moscou, Troisième Rome et  Katechon ?

*

 

L’eschatologie est une des dimensions fondamentales de la géopolitique mondiale contemporaine. Un géopolitologue ne peut plus écarter de ses analyses l’aspect eschatologique des relations internationales, dès lors que les dirigeants – étasuniens et russes – des deux plus grandes puissances nucléaires au monde mettent au coeur de leurs discours « l’Apocalypse », le « martyr » menant au « paradis », « Satan » et  « l’Antéchrist ».

Les dirigeants américains nous ont accoutumés aux discours théologico-politiques et messianiques faisant référence à la fin des temps. Cela fait partie intégrante de la genèse et de l’histoire politique des États-Unis.

Mais la nouveauté – depuis la révolution de l’Euromaïdan pilotée par Washington en 2014 et plus encore avec la guerre en Ukraine qui en est la conséquence – c’est le basculement eschatologique du discours des plus hauts dirigeants russes.

Nous sommes arrivés à un stade inédit de l’Histoire où les deux plus grandes puissances militaires et nucléaires, s’affrontant sur l’échiquier géopolitique, tiennent un discours religieux s’accusant mutuellement d’incarner le Mal, avec la menace explicite d’une destruction nucléaire mutuelle.

La présente étude a pour objectif de distinguer le rôle eschatologique et la nature théologico-politique de chacun de ces deux protagonistes de la géopolitique mondiale. Pour ce faire, nous aurons recours aux outils des sciences religieuses, de l’histoire des religions, bien évidemment de l’eschatologie, combinées à une analyse de l’évolution historique de ces grandes puissances et de celles dont elles sont les héritières.

Choc des civilisations

La Russie chrétienne face au progressisme antichristique

Le bouleversement du droit international et la diabolisation de l’ennemi

Depuis le démantèlement de l’État moderne, de l’État souverain, que le théoricien du droit Carl Schmitt (1888-1985) a perçu dès les années 1920, le droit international et l’encadrement légal de la guerre ont été bouleversés. Le droit européen moderne mettait, en théorie, les deux belligérants sur un pied d’égalité ; or, sous l’influence des puissances anglo-américaines inégalitaires, nous sommes entrés, au XXe siècle, dans l’ère de la criminalisation de l’ennemi, de sa diabolisation. L’ennemi est ainsi exclu de l’humanité.

« La paix de Versailles (qui fut moins une paix qu’une mise au pilori) répondait au contraire à la guerre sanction, où l’ennemi, déclaré agresseur, tombe au rang de criminel… La guerre-sanction, par définition ‘‘juste’’, est donc l’essence de la guerre civile. À vouloir l’introduire entre États souverains, on transforme leurs conflits armés en guerres civiles internationales. La confusion amorcée à Versailles culmine trois décennies plus tard dans les ‘‘crimes contre la paix’’  des procès de Nuremberg, qui donnent le coup de grâce à la conception européenne de la guerre-duel. »[1] (Peter Haggenmacher)

L’on est revenu ainsi au concept de guerre juste médiévale. Or, c’est l’Église romaine qui était, en Europe, l’autorité suprême pouvant décréter si une guerre était juste ou non. Cette autorité ayant disparue, c’est l’ONU, dont le siège est à New York, qui a remplacé l’Église. L’autorité de l’ONU ne s’exerçant pas sur les Etats-Unis, ni sur Israël, principaux fauteurs du chaos dans le monde, la planète terre a été transformée en far-west, où règne la loi de la jungle, du plus fort, la loi des anglo-américains judéo-protestants.

En 1947, Carl Schmitt percevait le danger que présentaient les moyens de destruction modernes en possession des État-Unis. La guerre, expliquait-il, incitera le belligérant qui se trouve en possession des armements supérieurs à diaboliser son ennemi, à le priver du statut d’ennemi, pour n’y voir plus qu’un monstre à éliminer[2].

Depuis, nous avons pu voir les Américains détruire des pays entiers, massacrer des populations civiles par millions en invoquant la lutte pour la liberté, contre l’Axe du mal etc.

Pendant ce temps, la Russie s’est reconstruite et est devenue, en Syrie, comme en Europe, un mur face aux velléités impériales anglo-américaines et israéliennes.

Ceci est un fait indiscutable dont nous allons livrer une interprétation historico-politico-eschatologique en télescopant les textes juifs, chrétiens et musulmans relatifs à la fin des temps.

 

Eschatologie et messianisme : la géopolitique américaine

Si l’on étudie sous l’angle de l’histoire des civilisations l’époque contemporaine, à savoir les XIXe et XXe siècles, l’on peut conclure que l’affrontement actuel entre la Russie et l’Occident est un choc des civilisations. Un choc entre modernisme et tradition. Le modernisme étant représenté et mené par l’Occident avec à sa tête avant-gardiste d’abord l’Empire britannique puis les États-Unis.

Par souci de rigueur, il faut distinguer l’Europe continentale et le monde thalassocratique anglo-américain. L’on assimile aujourd’hui l’Occident à cette fabrication idéologique qu’est le judéo-christianisme qui renvoie bien plus au monde anglo-saxon qu’à l’Europe latine et germanique.

Ce que l’on appelle aujourd’hui « l’Occident » n’est pas seulement une construction idéologique, mais politique, à savoir l’Union européenne et son pendant géostratégique, le bras armé des États-Unis, l’OTAN. Cet Occident a été subverti  par la réforme protestante et l’Angleterre qui a connu une expansion économique et géopolitique poussée en avant par un messianisme judéo-protestant, lequel a accompagné et a suivi la révolution d’Olivier Cromwell (1599-1658).

L’empire anglo-américain est donc cet ensemble idéologique, politique et géopolitique qui a absorbé peu à peu le Vieux continent catholique, gréco-latin et germanique, et qui, au tournant du XXe siècle, ne peut déjà plus être qualifié de chrétien. Le modernisme matérialiste et les révolutions issues de la matrice du messianisme judéo-protestant qui l’ont promu ont envahi et progressivement désagrégé l’Europe catholique.

La manifestation géopolitique de la confrontation entre tradition et modernisme, a été décrite par l’historien britannique Arnold J. Toynbee, en 1947 :

« Cette attaque concentrique lancée par l’Occident moderne contre le monde de l’Islam a inauguré le présent conflit entre les deux civilisations.

On verra qu’il participe d’un mouvement encore plus vaste et plus ambitieux par lequel la civilisation occidentale ne vise rien moins qu’à l’incorporation de toute l’humanité en une grande société unique, et au contrôle de tout ce que, sur terre, sur mer et dans l’air, l’humanité peut exploiter grâce à la technique occidentale moderne.

Ce que l’Occident est en train de faire à l’Islam, il le fait en même temps aux autres civilisations survivantes — chrétiens orthodoxes, indiens, monde extrême-oriental — et aux sociétés primitives survivantes qui sont actuellement aux abois, même dans leurs ultimes réduits d’Afrique tropicale. »[3]

Ce mouvement d’incorporation de l’humanité tout entière en une grande société unique s’accompagne d’un autre mouvement visant à intégrer toutes les religions traditionnelles pour les soumettre à une seule[4] dans le cadre de l’ONU des religions qu’est le Congrès mondial des religions (Congress Of The Leaders of World and Traditional Religions)[5]. La déclaration, en 2012, du représentant alors du judaïsme au Congrès mondial des religions, le rabbin ashkénaze d’Israël Yona Metsger, est explicite :

« Mon rêve est de construire quelque chose de similaire à ce que sont les Nations Unies pour les diplomates, il s’agirait d’unifier les religieux, les dignitaires de chaque nation, de chaque pays, y compris ceux qui n’ont pas de relation diplomatique. »[6]

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce sont les Etats-Unis qui ont pris le relais dans la Grande-Bretagne en tant que puissance motrice du modernisme judéo-protestant qui mène cette guerre des civilisations pour imposer au monde son modèle.

Cet impérialisme anglo-américain est le produit du messianisme vétérotestamentaire ; fusion du messianisme juif et du calvinisme. Ce qui explique pourquoi les Britanniques et les Américains soutiennent le projet sioniste qui est une des branches du messianisme juif qui cherche à accomplir les promesses bibliques.[7]

Dans les années 1530, l’Angleterre amorce une réforme religieuse : fermeture des monastères, confiscation des biens de l’Église et rupture avec Rome. C’est Thomas Cromwell (oncle d’un ancêtre d’Olivier Cromwell), ministre principal du roi Henri VIII, qui menait cette politique. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, l’Angleterre se transforme en puissance maritime tandis que l’influence du judaïsme y est grandissante.

La fusion entre le judaïsme et l’empire thalassocratique protestant naissant s’opère et constituera, avec l’Amérique, la puissance géopolitique antichristique.

« On croyait autrefois qu’entre l’expulsion des Juifs sous Édouard Ier (1290) et le retour (plus ou moins officiel) à la liberté d’immigration sous Cromwell (1654-1656) il n’y avait pas de Juifs en Angleterre. Cette manière de voir n’est plus partagée aujourd’hui par aucun de ceux qui sont au courant de l’histoire des Juifs d’Angleterre. De tout temps il y a eu des Juifs dans ce pays, mais ils sont devenus très nombreux au cours du XVIe siècle. (La reine) Élisabeth elle-même avait une certaine préférence pour les études hébraïques et pour un entourage juif. Elle avait pour médecin Rodrigo Lopez, le Juif qui a fourni à Shakespeare le modèle de son Shylock. »[8]

« On sait les rapports intimes qui, à l’époque de la Réforme, s’étaient établis entre le judaïsme et certaines sectes chrétiennes, et l’engouement qui s’était alors déclaré pour la langue hébraïque et les études judaïques ; on sait plus particulièrement que, dans l’Angleterre du XVIIe siècle, les Puritains entouraient les Juifs d’un culte presque fanatique. Non seulement les conceptions religieuses de personnages aussi influents qu’Olivier Cromwell étaient d’un bout à l’autre inspirés par l’Ancien Testament, mais encore Cromwell lui-même rêvait d’une réconciliation entre l’Ancien Testament et le Nouveau et d’une union intime entre les Juifs, peuple élu de Dieu, et la communauté religieuse anglo-puritaine. Un prédicateur puritain, Nathanaël Holmes (Homesius) déclarait que son désir le plus ardent était de se conformer à la lettre  de certains versets des Prophètes et de servir Israël à genoux. La vie publique et les sermons d’Église présentaient un cachet israélite. Il ne manquait plus, pour qu’on se crût tout à fait transplanté en Palestine, que les orateurs parlementaires se missent à parler hébreu. Les ‘‘Levellers’’ (‘‘Nivelleurs’’), qui se qualifiaient eux-mêmes de ‘‘Juifs’’, exigeaient la promulgation d’une loi faisant de la Torah un code anglais ; les officiers de Cromwell lui proposèrent de composer son Conseil d’État de soixante-dix membres, à l’exemple de Synhedrim (Sanhédrin) juifs ; parmi les membres du Parlement de 1653 se trouve le général Thomas Harrison, un anabaptiste, qui, d’accord avec son parti préconisait l’introduction de la loi mosaïque en Angleterre ; en 1649, il a été proposé au Parlement de remplacer le jour férié du dimanche par le samedi ; les bannières des Puritains victorieux portaient l’inscription : ‘‘The Lion of Judah.’’[9]

Mais il est également établi que le clergé et les laïcs chrétiens de cette époque lisaient non seulement l’Ancien Testament, mais aussi la littérature rabbinique. Il est donc tout à fait naturel d’admettre que les doctrines puritaines proviennent directement des doctrines juives. »[10] (Werner Sombart)

Au début du xviie siècle, des théologiens protestants anglais ont commencé à défendre l’idée de réimplantation des juifs en Terre sainte afin de hâter le retour de Jésus et ainsi convertir les juifs au christianisme. Parmi ces théologiens protestants ayant promu ce projet, se trouvent Joseph Mede (1586-1635), Richard Baxter (1615-1691) et un parlementaire anglais, Sir Henry Finch (1558-1625), qui rédigea un ouvrage d’exégèse dans lequel il « prédit » le retour des juifs en Terre sainte : The World’s Great Restauration, or the Calling of the Jews.

Cette vision messianique originellement juive, devenue protestante, va s’implanter dans l’Amérique colonisée par les Pères pèlerins Anglais (1620), qui se considéraient comme le nouveau peuple élu, l’Amérique comme la nouvelle Terre promise, terre des origines du monde où ils allaient bâtir une « Nouvelle Jérusalem ».

« Le plus souvent, l’Atlantique est comparé à la mer Rouge, l’émigration des sectes anglaises est identifiée à la fuite des Hébreux. La comparaison était en effet utile à plus d’un égard : la mer Rouge qui se referme après le passage des fugitifs est une barrière définitive entre le peuple élu et ses oppresseurs ; mais aussi la traversée de la mer Rouge appartient à l’histoire providentielle. »[11]

Les Pères pèlerins ont considéré l’Amérique comme une nouvelle Terre promise, une nouvelle Jérusalem, puis, au XIXe siècle, dans les années 1840, apparut l’idée messianique de « destinée manifeste », l’expansion civilisationnelle vers l’Ouest – la colonisation de l’Ouest de l’Amérique par les anglo-saxons de l’Est – et au XXesiècle la « destinée manifeste » des États-Unis concernera le monde entier. Il s’agit d’un impérialisme messianique universel.

Theodore Roosevelt, qui présida les États-Unis de 1901 à 1909, reprit le concept de destinée manifeste pour justifier l’impérialisme américain.

Woodrow Wilson (1913-1921) s’inscrit lui aussi dans cette tradition messianique, déclarant : 

« Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté. »[12]

« L’Amérique est la seule nation idéale dans le monde […] L’Amérique a eu l’infini privilège de respecter sa destinée et de sauver le monde […] Nous sommes venus pour racheter le monde en lui donnant liberté et justice. »[13]

Dans la continuité de l’idée de nouveau peuple élu, au milieu du XXe siècle émerge la doctrine de l’« Exceptionnalisme américain », promu notamment par l’influent sociologue Talcott Parsons (1902-1979).

Le président Ronald Reagan (1981-1989) sera influencé quant à lui par l’écrivain évangélique millénariste et chrétien sioniste Harold Lee Lindsey (né en 1929). Son livre théopolitique, L’agonie de notre vieille planète (The Late Great Planet Earth, 1971, tiré à quatre millions d’exemplaires)est le livre de chevet du président Reagan.

Lindsay écrit ainsi dans son livre : « L’évènement essentiel que beaucoup de lecteurs de la Bible du passé ont omis de considérer est ce signe prophétique capital : Israël doit de nouveau former une nation dans le pays de ses ancêtres. La nation d’Israël, un rêve depuis tant d’années, devient réalité le 14 mai 1948 lorsque David Ben Gourion lut la déclaration d’Indépendance qui annonçait la fondation d’une nation juive sous le nom d’Israël.»[14]

Interprétant la prophétie d’Ezéchiel et celle de Joël sur la puissance du Nord qui doit attaquer Israël à la fin des temps, Harold Lindsey, comme d’ailleurs plusieurs rabbins, en déduit qu’il sagit de la Russie :

« Gog du pays de Rosch, de Méschec et de Tubal, renvoie à la puissance qui se situe aux extrémités du septentrion. Vous n’avez qu’à consulter un globe terrestre pour vérifier l’exactitude de cette inclination géographique. Il n’y a qu’une nation qui se trouve aux extrémités du septentrion, vue d’Israël: c’est l’URSS. »[15]

James Watt, secrétaire à l’environnement sous Ronald Reagan déclarait qu’il était inutile de se préoccuper d’écologie puisque le Christ allait bientôt revenir sur terre.

« De même la représentation d’un Saddam Hussein sous les traits de l’Antéchrist, au moment de la première guerre du golf n’est pas étrangère à la permanence d’un imaginaire millénariste dans la politique de l’Amérique au Moyen-Orient. De façon plus générale la présence du religieux au sein du politique s’avère de plus en plus déterminante.» (Pascal Bouvier)[16].

En 2003, alors que les États-Unis de George W. Bush s’apprêtent à bombarder l’Irak sous l’influence du lobby pro-israélien[17], le président américain tentait de convaincre le président français Jacques Chirac en arguant qu’il s’agissait de la guerre de Gog et Magog.

« En 2003, le professeur de théologie de l’Université de Lausanne Thomas Römer reçoit un coup de téléphone du palais de l’Elysée. Les conseillers de Jacques Chirac souhaitent en savoir plus sur Gog et Magog… Deux noms mystérieux qui ont été prononcés par George W. Bush alors qu’il tentait de convaincre la France d’entrer en guerre à ses côtés en Irak. Prophétie apocalyptique, Bush aurait déclaré à Chirac que Gog et Magog étaient à l’œuvre au Proche-Orient, et que les prophéties bibliques étaient en train de s’accomplir. C’était quelques semaines avant l’intervention en Irak. Stupéfaction du président français, à qui les noms de Gog et Magog ne disent rien… Thomas Römer précise : Gog et Magog sont deux créatures qui apparaissent dans la Genèse, et surtout dans deux chapitres des plus obscurs du “Livre d’Ezéchiel” de l’Ancien Testament. Prophétie apocalyptique d’une armée mondiale livrant bataille finale à Israël. »

« Cette confrontation est voulue par Dieu, qui veut profiter de ce conflit pour faire table rase des ennemis de son peuple, avant que ne débute un âge nouveau », poursuit Thomas Römer.

Et Römer de préciser que George W. Bush n’est pas le premier à chercher une incarnation de Gog et Magog sur terre. Ronald Reagan avait estimé que la guerre froide et l’existence de la bombe atomique rendaient réalisable la prophétie d’Ezéchiel.[18]

Plus récemment, Mike Pompéo, pRotestant évangélique sioniste et secrétaire d’État de l’administration Trump, a déclaré lorsqu’il était en poste que « je crois qu’il est certainement possible » que Trump soit la reine Esther des temps modernes.[19]

La basculement eschatologique du discours des dirigeants russes

Vladimir Poutine et les hauts dirigeants visibles de l’appareil d’État russe sont des rationnels, froids et pragmatiques ; pragmatisme qui se manifeste autant dans leurs discours que dans la politique extérieure réaliste de la Russie. Aucun signe de fanatisme religieux ou idéologique n’apparaît dans leur comportement ou leur vision des relations internationales.

Mais force est de constater que face à l’agressivité des Occidentaux, leur irrationnalisme géopolitique – pour ne pas dire leur fanatisme messianique – et l’évolution des sociétés de l’Ouest qui, du point de vue de Moscou, est une dégénérescence et une décadence complète, les dirigeants russes adoptent, depuis quelques années, un discours aux accents de plus en plus religieux. C’est une sorte de dialectique : l’empire judéo-protestant, que l’on appellera désormais «antichristique», contraint les dirigeants russes à réaffirmer leur christianisme.

Le 25 mars 2017, Vladimir Poutine pointait du doigt le LGBTisme, avatar du  satanisme qui s’est emparé de l’Occident :

« Nous pouvons voir que beaucoup d’États de l’Europe de l’Ouest ont pris le chemin de rejeter ou de renier leurs propres racines. Y compris leurs racines chrétiennes qui sont à la base de la civilisation occidentale. Dans ces pays, la morale et l’identité traditionnelles ont été reniées. Les identités nationales, religieuses, culturelles et même de genre ont été reniées ou relativisées.

Là-bas, les politiques traitent juridiquement une famille avec beaucoup d’enfants avec la même façon qu’un couple homosexuel.

Avoir foi en Dieu équivaut à avoir foi en Satan. »[20]

Lors de la 15e réunion annuelle du Club Valdaï (du 15 au 18 octobre 2018), Vladimir Poutine, qui y a participé le 18 octobre, s’est exprimé au sujet d’une éventuelle guerre nucléaire qu’il a conclue par une phrase donnant à la future guerre mondiale une dimension religieuse :

« Notre doctrine ne prévoit pas de recours à l’arme nucléaire par une frappe préventive, mais en réponse à une frappe ennemie… Uniquement si nous sommes persuadés qu’un agresseur potentiel a lancé une attaque contre la Russie…

L’agresseur doit être conscient que la vengeance sera imminente et qu’il sera détruit dans tous les cas…

Nous, en tant que victimes de l’agression, nous irons au Paradis comme les martyrs, alors qu’eux, ils crèveront tout simplement, sans même avoir eu le temps de se repentir. »

En juin dernier, l’ancien président de la Fédération de Russie (2008-2012), ancien président du gouvernement russe (2012-2020), Dimitri Medvedev, qui est actuellement vice-président du Conseil de sécurité de Russie, a tenu des propos apocalyptiques lors d’un entretien avec la chaîne de télévision Al-Jazeera :

« Ce n’est pas une prévision, mais c’est ce qui est en train d’arriver. On peut le voir de différentes façons. On peut dire que les cavaliers de l’Apocalypse arrivent au galop. Et il faut s’en remettre à Dieu Tout Puissant. »[21]

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse sont mentionnés dans la Bible hébraïque et dans le livre de l’Apocalypse de Jean (Nouveau Testament).

Le livre du prophète Ezéchiel les décrit comme quatre châtiments :

« Oui, ainsi a dit le Seigneur Dieu: “Encore que j’aie envoyé mes quatre châtiments cruels, glaive, famine, bêtes fauves et peste, contre Jérusalem pour en retrancher hommes et bêtes » (Ezéchiel 14:21)

Dans le livre de l’Apocalypse de Jean (6:1-7), sont décrits :

– Un cheval blanc, « celui qui le montait avait un arc; une couronne lui fut donnée, et il partit en vainqueur et pour vaincre. » ;

– Un cheval roux, « celui qui le montait reçut le pouvoir d’enlever la paix de la terre, afin que les hommes s’égorgeassent les uns les autres; et une grande épée lui fut donnée. » ;

– Un cheval noir, « celui qui le montait tenait une balance dans sa main. Et j’entendis au milieu des quatre êtres vivants une voix qui disait: Une mesure de blé pour un denier, et trois mesures d’orge pour un denier; mais ne fais point de mal à l’huile et au vin. » ;

– Un cheval d’une couleur pâle, « celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l’accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l’épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre. »

Lors d’un entretien diffusé sur la chaîne de télévision d’État russe Rossiya 1, le dimanche 17 juillet 2022, le commandant tchétchène de la division « Akhmat », Apti Alaudinov, a qualifié l’intervention russe en Ukraine de « guerre sainte ». Dans la continuité du discours de Vladimir Poutine sur le satanisme occidentale, le commandant tchétchène estime que la Russie, incluant bien sûr les Tchétchènes (musulmans) qui combattent en Ukraine, livre une guerre sainte contre les valeurs « sataniques de l’Europe et des États-Unis »[22]

« Durant toute mon enfance je me suis préparé pour cette guerre que nous voyons aujourd’hui. C’est la guerre sainte dont nos saints et aïeux nous ont parlé. Je vais vous dire une chose. Je loue le Très Haut de vivre en Russie aujourd’hui. Je loue le Très Haut car ce pays est dirigé par Vladimir Poutine, car cet homme a refusé d’accepter les soit-disant valeurs européennes. En réalité, ce sont des valeurs sataniques qui ont été imposées au monde entier. Je suis reconnaissant envers Lui car Il a maintenu cette personne qui adhère aux valeurs et car cette nation va vers le chemin du Très Haut. Nous ne vivons pas sous les drapeaux LGBT. Et aussi longtemps qu’il sera en vie, nous ne vivrons pas sous ces drapeaux.

Et je crois que la chose la plus importante à voir est que le dirigeant de notre République (de Tchétchénie), le héro de la Russie, Ramzan Akhmat Kadirov est un allié proche de Vladimir Vladimirovitch Poutine.

Laissez-moi vous dire pourquoi je crois que c’est une guerre sainte, et pourquoi nous gagnerons certainement cette guerre. Tout ce que nous voyons aujourd’hui, l’OTAN etc, quand je lis les Ecritures islamiques et les Ecritures chrétiennes – j’ai étudié la Bible, le Coran et la Torah – je sais à quoi nous faisons face, la guerre contre l’armée du diable, contre l’armée du Dajjal, l’Antéchrist.

Beaucoup ont été surpris quand j’ai dit que Spetsnaz Akhmat est l’armée de Isa ‘alaihi salam (NDA : ce qui signifie ‘‘Jésus, sur lui la paix’’), l’armée de Jésus, car nous attendons la venue du Christ plus que n’importe qui. Spetsnaz Akhmat n’est pas  seul dans l’armée de Isa ‘alaihi salam, toutes les forces et unités combattant du côté de la Russie est l’armée de Jésus, Isa ‘alihi salam. Nous combattons ces forces qui nous imposent tout ce qui déplait à Dieu et qu’Il déteste. Tout ce qui est anormal pour l’homme. Un homme naît pour se marier à une femme afin qu’ils aient des enfants et qu’ils peuplent la terre.

L’Amérique, principale ennemi du genre humain, et l’Europe, larbin de l’OTAN, portent tout ce qui est satanique. C’est l’armée du Dajjal, de l’Antéchrist. Nous nous opposons à cette armée…

Je suis reconnaissant envers Poutine car il a fait ce que les pays musulmans auraient dû faire il y a longtemps. Les dirigeants des pays musulmans n’ont pas eu suffisamment de courage pour s’unir et contre-attaquer l’Amérique et l’OTAN. Poutine a été capable de le faire, de prendre cette décision et affronter cette nation. Nous sommes fiers d’être ses compatriotes.

Etonnamment, pratiquement tout le monde musulman est de notre côté. Ceux qui dans le monde musulman n’ont pas peur que leurs comptes bancaires soient saisis. Tous disent aujourd’hui qu’ils sont pour la Russie, qu’ils soutiennent la Russie. »[23]

Lors de son homélie du 6 mars 2022, dix jours après le début de l’intervention en Ukraine, le patriarche orthodoxe russe, Kirill, a interprété la confrontation entre la Russie et l’OTAN en Ukraine comme étant un affrontement civilisationnel, religieux et eschatologique, dont l’homosexualité, promue en Occident, est un des enjeux[24] :

« Dans le Donbass, il y a un rejet, un rejet fondamental des soi-disant valeurs qui sont proposées aujourd’hui par ceux qui prétendent au pouvoir mondial. Aujourd’hui, il existe un test de loyauté envers le pouvoir [occidental], une sorte de laissez-passer vers ce monde « heureux », un monde de consommation excessive, un monde de « liberté » apparente. Savez-vous ce qu’est ce test ? Le test est très simple et en même temps terrifiant : il s’agit d’une parade de la gay pride. La demande de nombreux pays d’organiser une gay pride est un test de loyauté envers ce monde très puissant ; et nous savons que si des personnes ou des pays rejettent ces demandes, ils ne font pas partie de ce monde, ils en deviennent des étrangers.

Mais nous savons ce qu’est ce péché, qui est promu par les soi-disant « marches de la fierté » (gay pride). C’est un péché qui est condamné par la Parole de Dieu – tant l’Ancien que le Nouveau Testament. Et Dieu, en condamnant le péché, ne condamne pas le pécheur. Il l’appelle seulement à la repentance, mais ne fait en aucun cas du péché une norme de vie, une variation du comportement humain – respectée et tolérée – par l’homme pécheur et son comportement. Si l’humanité accepte que le péché n’est pas une violation de la loi de Dieu, si l’humanité accepte que le péché est une variation du comportement humain, alors la civilisation humaine s’arrêtera là. Et les gay pride sont censées démontrer que le péché est une variante du comportement humain. C’est pourquoi, pour entrer dans le club de ces pays, il faut organiser une gay pride. Pas pour faire une déclaration politique « nous sommes avec vous », pas pour signer des accords, mais pour organiser une parade de la gay pride. Nous savons comment les gens résistent à ces demandes et comment cette résistance est réprimée par la force. Il s’agit donc d’imposer par la force le péché qui est condamné par la loi de Dieu, c’est-à-dire d’imposer par la force aux gens la négation de Dieu et de Sa vérité.

Par conséquent, ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique. Il s’agit de quelque chose d’autre et de bien plus important que la politique. Il s’agit du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création. Beaucoup aujourd’hui, par faiblesse, par bêtise, par ignorance, et le plus souvent parce qu’ils ne veulent pas résister, vont là, du côté gauche. Et tout ce qui a trait à la justification du péché condamné dans la Bible est aujourd’hui le test de notre fidélité au Seigneur, de notre capacité à confesser la foi en notre Sauveur. »[25]

Le Katechon et l’Antéchrist

Qu’est-ce que le Katechon ?

Katechon en grec signifie « ce qui retient » ou « celui qui retient » (la fin). C’est un concept que l’on trouve dans un passage eschatologique du deuxième épître de Saint Paul aux Thessaloniciens :

« En ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser ébranler facilement dans vos sentiments, ni alarmer, soit par quelque esprit, soit par quelque parole ou lettre supposées venir de nous, comme si le jour du Seigneur était imminent.

Que personne ne vous égare d’aucune manière ; car auparavant viendra l’apostasie, et se manifestera l’homme de péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d’un culte, jusqu’à s’asseoir dans le sanctuaire de Dieu, et à se présenter comme s’il était Dieu.
Ne vous souvenez-vous pas que je vous disais ces choses, lorsque j’étais encore chez vous ?

Et maintenant vous savez ce qui le retient (Katechon), pour qu’il se manifeste en son temps.
Car le mystère d’iniquité s’opère déjà, mais seulement jusqu’à ce que celui qui le retient (Katechon) encore paraisse au grand jour.

Et alors se découvrira l’impie, que le Seigneur (Jésus) exterminera par le souffle de sa bouche, et anéantira par l’éclat de son avènement.

Dans son apparition cet impie sera, par la puissance de Satan, accompagné de toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, avec toutes les séductions de l’iniquité, pour ceux qui se perdent, parce qu’ils n’ont pas ouvert leur cœur à l’amour de la vérité qui les eût sauvés.

C’est pourquoi Dieu leur envoie des illusions puissantes qui les feront croire au mensonge, en sorte que tombent sous son jugement tous ceux qui ont refusé leur foi à la vérité, et ont au contraire pris plaisir à l’injustice. »(Deuxième épître de Saint Paul aux Thessaloniciens II, 1-12)[26]

Le Katechon est donc une entité, un être et/ou une force qui retient l’avènement de l’Antéchrist.

D’après  Eusèbe de Césarée (265-339), évêque, historien des premiers siècles du christianisme, le Katechon serait l’Empire romain. Rome serait ainsi la puissance terrestre retenant l’Antéchrist[27].

La proximité d’Eusèbe de Césarée avec l’empereur romain Constantin Ier n’est sans doute pas étrangère à son interprétation, mais cela ne l’exclut pas pour autant. Nous verrons plus loin que des Pères de l’Église sont arrivés à la même conclusion que lui.

Constantin Ier est l’empereur qui a mis fin, en 313 (édit de Milan), à la persécution des chrétiens, et qui a, en 325, institutionnalisée l’Église à qui il a fait don du palais de l’impératrice Fausta situé sur le mont Caelius, le Latran, qui devint le Saint Siège de l’évêque de Rome.

Le Katechon, Rome et l’eschatologie juive

L’interprétation d’Eusèbe de Césarée fait écho à la tradition juive. En effet, celle-ci ne reconnaît pas Jésus, fils de la Vierge Marie, comme étant le Messie. De plus, selon les eschatologies chrétienne et musulmane le Messie qu’attendent les juifs est l’Antéchrist.

D’après le Talmud, Sanhédrin 98a (au IIe siècle de l’ère commune), le Messie se situera aux portes de Rome parmi les lépreux et les mendiants de la Ville éternelle[28]. L’historien du judaïsme Gershom Scholem commente ainsi :

« Cette ‘‘histoire rabbinique’’ vraiment stupéfiante apparaît dès le second siècle, bien longtemps avant que la Rome qui avait détruit le Temple et avait jeté Israël en exil ait fait place à la Rome siège du Vicaire du Christ et d’une Église cherchant à l’emporter par l’affirmation de l’accomplissement messianique. Cette antithèse symbolique entre le vrai Messie assis aux portes de Rome et le Chef de la chrétienté qui y a son trône a été constamment présente à l’esprit des Juifs quand ils ont réfléchi sur le Messie au cours des siècles. On verra à plusieurs reprises des aspirants à la dignité messianique faire le pèlerinage de Rome et aller s’asseoir sur le pont qui fait face au château Saint-Ange pour accomplir ainsi un rituel symbolique. »[29]

La chute de Rome est inscrite dans la tradition juive comme une des conditions de la rédemption, de l’avènement du Messie des juifs et du règne d’Israël.

Comme le souligne G. Scholem, l’eschatologie juive se focalisait sur Rome bien avant que celle-ci ne devienne le siège de l’Église. L’Empire romain, qui avait détruit le Second Temple, était considéré par les juifs comme un ennemi, et il le sera doublement lorsque Rome deviendra le lieu du Saint-Siège.

Le grand rabbin et maître du Talmud, Eliezer ben Hourcanos, qui vécut au Ier siècle, a livré une interprétation d’un verset de la Genèse à la lumière du livre de Daniel dont il tire ses conclusions quant à la victoire finale d’Israël. Il énumère les empires qui doivent tomber, les « ennemis » d’Israël qui seront « revêtis de honte », tandis que sur la tête du Messie « brillera son diadème ». Le quatrième et dernier empire ennemi d’Israël n’est autre que Rome.[30]

Par conséquent, si le Messie des juifs est l’Antéchrist, l’adversaire qui cherche à renverser l’ordre de Dieu sur terre, il a logiquement vocation à subvertir tout empire chrétien, tout royaume chrétien, tout Etat chrétien, toute nation chrétienne. Et dans l’acception « empire chrétien », nous excluons les empires judéo-protestants anglo-américains qui sont plus proches, par leurs valeurs, leur orientation religieuse, leur eschatologie, leurs actions politiques et leur rôle dans le monde, du messianisme juif que du christianisme authentique. L’empire anglo-américain est un des avatars de l’Antéchrist. C’est d’ailleurs le monde judéo-protestant qui a donné naissance au féminisme et à l’idéologie LGBT.[31]

Des exemples historiques illustrent très nettement ce schéma d’opposition entre Rome et le messianisme juif, entre l’Empire chrétien et l’Antéchrist. Nous donnerons ici deux exemples de l’action du Katechon, au XIIIesiècle et au XVIe siècle, où des Messies juifs autoproclamés ont tenté de s’imposer à Rome et de soumettre l’Église.

Le rabbin kabbaliste Abraham Aboulafia, autoproclamé Messie fils de Joseph annonçant l’arrivée du Messie fils de David[32], se rendit en 1280 à Rome afin de rencontrer le pape Nicolas III et le soumettre. Avant d’avoir pu rencontrer le pape Nicolas III, celui-ci est informé du projet d’Aboulafia et ordonne son arrestation et sa mise à mort. Le pape mourut d’apoplexie dans les jours qui suivirent ; Aboulafia échappa ainsi à la mort.[33]

Au XVIe siècle, entre 1524 et 1532, deux rabbins kabbalistes tentèrent de soumettre l’Église, un royaume chrétien d’Europe et le Saint-Empire romain germanique, et les utiliser comme outils d’accomplissement des desseins messianiques juifs. David Reuveni et son élève, Solomon Molcho, un autre Messie fils de Joseph auto-proclamé, ont tour à tour approché les cardinaux et le pape Clément VII, le roi du Portugal Jean III, et l’empereur Charles Quint pour les lancer dans une guerre contre l’Empire ottoman en Palestine pour « libérer » la Terre sainte et restaurer le Royaume d’Israël.

Solomon Molcho à attiré l’attention des prêtres chrétiens qui vinrent écouter ses discours, grâce à son charisme et à ses visions, lesquelles impressionnaient ses auditoires : il prédit par exemple l’inondation de Rome en 1530 et le tremblement de terre au Portugal en 1531. Il annonçait dans certains de ses discours la chute de Rome et du christianisme, ainsi que la reconstruction de la Judée. Il a même donné la date d’arrivée du Messie, fils de David qu’il prédisait pour l’année 1540. Par l’intermédiaire de son maître David Reuveni, Molcho put se rapprocher des cardinaux à Rome et rencontrer le pape Clément VII qu’il tenta de convaincre que la rédemption du peuple juif était imminente. Il réussit à impressionner le pape qui lui accorda une approbation écrite l’autorisant à prêcher devant un public chrétien et à publier ses textes (à condition qu’ils ne soient pas antichrétiens). Une fois la confiance du pape acquise, il tenta de le convaincre de former une armée de marranes afin de lancer une guerre contre l’Empire ottoman afin de l’expulser de Palestine, y installer les juifs et ainsi hâter la venue du Messie. Son projet à Rome fut interrompu par l’Inquisition qui voulut l’arrêter. Le pape cacha personnellement Molcho et le fit sortir clandestinement de Rome.

Reuveni et Molcho se rendirent alors auprès de l’homme le plus puissant d’Europe, Charles V (1500-1558), l’Empereur du Saint-Empire romain germanique, qu’ils tentèrent de convaincre de créer une armée de marranes pour attaquer les Ottomans, et lui demandèrent de se convertir au judaïsme. Charles V joua alors pleinement le rôle de Katechon : il fit emprisonné David Reuveni en Espagne jusqu’à sa mort et envoya Solomon Molcho à l’Inquisition qui le brûla sur le bûcher en 1532 à Mantua en Italie.

« Les visions et les discours de Molcho mêlaient kabbale et incitation à une action politique à visées messianiques, parmi les chrétiens. Son martyre (1532) le fit compter par la communauté juive comme l’un des « saints » de la kabbale. Les mouvements apocalyptiques virent dans l’avènement de Martin Luther un nouveau présage, un signe de l’effondrement de l’Église et de l’approche de la fin des temps.» [34](Gershom Scholem)

En effet, les tentatives politico-religieuses de Reuveni et Molcho coïncident avec la réforme de Martin Luther qui se répandit rapidement en Allemagne. Ainsi, l’Empereur Charles V – le Katechon de l’époque – eu à faire face à deux tentatives de subversion simultanées de l’Europe catholique.

La réforme protestante et ses conséquences révolutionnaires furent des coups de boutoir qui affaiblirent l’Empire chrétien de l’époque, et par suite toute la chrétienté européenne et finalement l’Église romaine.  Le judéo-protestantisme devint un élément de corrosion civilisationnel, politique et historique qui a eu raison des monarchies et empires catholiques.

Les guerres civiles entre le catholicisme et le protestantisme fondamentalement révolutionnaire donna naissance à la conceptualisation de l’État moderne à la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle. Dès cette époque, le lien organique entre l’Église et les nations européennes fut brisé, et la puissance politico-religieuse du Saint-Siège diminua inexorablement.

Ce déclin se prolongea jusqu’à la désagrégation du catholicisme sur le Vieux Continent avec le Concile Vatican II (1962-1965) qui entérina la disparition de l’Église – peut-être temporaire – en tant qu’acteur historique, en tant que Katechon.

Cette disparition de l’Église catholique coïncide logiquement avec la décomposition, en Europe, de l’État moderne, souverain. Nous l’avons vu plus haut, sur le plan du droit international et du droit de la guerre, l’ONU a remplacé l’Église, de même que les organisations supranationales ont confisqué aux États d’Europe leurs prérogatives régaliennes.

Le résultat géopolitique de ce long et complexe mouvement politico-théologico-historique est la soumission de tout le Vieux Continent aux forces anglo-américaines judéo-protestantes : OTAN, Union européenne, FMI…

C’est ainsi les puissances antichristiques se sont emparées de l’Europe anciennement catholique.

Le Katechon : l’Empire chrétien et le Califat ?

Carl Schmitt affirme que le Katechon ne peut être autre que l’Empire chrétien,  puissance qui retient l’Antéchrist, la force néguentropique qui repousse le Mal et l’entropie, l’expansion et l’accroissement du désordre.

« Pour cet Empire chrétien, il était essentiel qu’il ne fût pas un Empire éternel, mais qu’il gardât à l’esprit sa propre fin et la fin de l’ère actuelle, tout en étant capable d’une puissance historique. Le concept décisif qui fonde historiquement sa continuité est celui de la puissance qui retient, du kat-echon. Empire signifie ici la puissance historique qui peut retenir l’apparition de l’Antéchrist et la fin de l’ère actuelle, une force qui tenet, selon les mots de l’apôtre Paul dans sa deuxième Epître aux Thessaloniciens, chapitre 2. Cette conception de l’Empire est attestée par de nombreuses citations des Pères de l’Église, des textes de moines germains de l’époque franque et ottonienne – surtout le commentaire de la deuxième Épître aux Thessaloniciens par Haino de Halberstadt, et la lettre d’Adson à la reine Gerberge – des propos d’Otto de Freising et d’autres documents jusqu’à la fin du Moyen Age. On peut même y voir le signe distinctif d’une période de l’histoire. L’Empire du Moyen Age chrétien dure tant que vit l’idée du kat-echon.

Je ne crois pas qu’une autre représentation de l’histoire que celle du kat-echon soit même possible pour une foi chrétienne originaire. La foi en une force qui retient la fin du monde jette le seul pont qui mène de la paralysie eschatologique de tout devenir humain jusqu’à une puissance historique aussi imposante que celle de l’Empire chrétien des rois germaniques. L’autorité des Pères de l’Église et d’auteurs comme Tertullien, Jérôme et Lactance, et la continuation chrétienne de prophéties sibyllines se conjuguent pour affirmer que seul l’Imperium Romanum et sa prolongation chrétienne expliquent la persistance de cet âge du monde, et le protègent contre la puissance écrasante du Mal. »[35]

La conclusion de Carl Schmitt exclut l’idée qu’il y ait un autre Katechon que l’Empire chrétien d’Europe, prolongation de Rome. Là est notre point de divergence avec Schmitt.

L’Imperium Romanum et sa prolongation chrétienne ne représentent pas le seul ennemi des forces antichristiques. Le Califat, l’Empire musulman, de même que la religion musulmane, représentent, au même titre que l’Église et l’Empire chrétien, une puissance historique politico-religieuse à abattre.

Nous avons expliqué que le Messie attendu par les juifs est l’Antéchrist pour les chrétiens et les musulmans. Dans la tradition islamique, l’Antéchrist est appelé le Dajjal, ce qui signifie « le trompeur », « l’imposteur ». Le Messie des juifs est nécessairement le Dajjal, le faux Messie, le seul et unique Messie étant dans le Coran, Jésus, fils de Marie.

Nous avons lu dans les textes eschatologiques juifs que la chute de Rome est une des conditions de la rédemption du peuple juif, de l’avènement de son Messie et du règne d’Israël. Mais ce n’est pas la seule condition. Les textes fondamentaux du judaïsme indiquent également que la destruction d’Ismaël (fils d’Abraham, père des Arabes et par suite des musulmans), de l’islam, est une autre des conditions de l’avènement du Messie.

Nous avons mentionné précédemment un des maîtres du Talmud,  Eliezer ben Hourcanos (Ie siècle), qui a interprété un passage de la Genèse à la lumière du Livre de Daniel pour conclure que la chute de Rome précéderait l’avènement du Messie. Son interprétation se conclue par une « prophétie » selon laquelle c’est sur les « ismaélites (les Arabes) que le fils de David (le Messie) grandira comme il est dit dans les Psaumes (132:13-18) : ‘‘Car l’Éternel a fait choix de Sion. Il l’a voulue pour demeure : « Ce sera là Mon lieu de repos à jamais, là je demeurerai, car je l’ai voulu : Je bénirai amplement ses approvisionnements. Je rassasierai ses pauvres de pain. J’habillerai ses prêtres de vêtement de triomphe, et ses hommes pieux éclateront en cris de joie. Là Je ferai grandir la corne de David. J’allumerai le flambeau de mon Oint. Ses ennemis. Je les revêtirai de honte et sur sa tête brillera son diadème.’’ »[36]

« Le fils de David grandira sur les ismaélites » est interprété par les rabbins postérieurs comme signifiant que le Messie apparaitra après la chute de la descendance d’Ismaël, car c’est au milieu des Arabes (à Jérusalem) que le Messie des juifs fera son apparition.

Dans le Talmud, il est écrit que Dieu « se repend d’avoir créé les Chaldéens, les Ismaélites (les Arabes) et le mauvais penchant ». Il se repentirait donc d’avoir créé les Ismaélites car «  les tentes (où vivent les Arabes) des brigands prospèrent, et ceux qui provoquent Dieu sont en sécurité, puisque Dieu les a amenés de sa main. » (Mas. Sukkah 52b)

Ovadia Yossef (1920-2013), Grand rabbin d’Israël, fondateur et guide spirituel du Shass, troisième plus important parti en Israël, « faiseur de rois de la quasi-totalité des gouvernements israéliens depuis trente ans »[37], a fait plusieurs déclarations sur une future destruction des Arabes :

« Puissent-ils disparaître de la Terre. Puisse Dieu envoyer un fléau aux Palestiniens, ces enfants d’Ismaël, ces vils ennemis d’Israël. »[38]

En 2001, Ovadia Yossef, a appelé à l’extermination pure et simple des Arabes (tous les Arabes et pas seulement les Palestiniens) :

« Il est interdit d’avoir pitié d’eux. Vous devez envoyer des missiles et les annihiler. Ils sont mauvais et détestables »

« Le Seigneur retournera les actions des Arabes contre eux-mêmes, épuisera leur semence et les exterminerales dévastera et les bannira de ce monde »[39]

En 2012, Ovadia Yossef a appelé tous les juifs à prier pour l’annihilation de l’Iran. Des dirigeants du ministère de la Défense, ainsi que le président du Conseil à la Sécurité Nationale, Ya’akov Amidror, et le ministre de l’Intérieur Eli Yishai, avaient rendu visite au Grand Rabbin pour le persuader de soutenir une éventuelle attaque d’Israël contre l’Iran. Une semaine avant de les recevoir, Ovadia Yossef avait tenu un discours similaire à propos de l’Iran[40].

Dans le livre le plus important de la tradition mystique juive, le Zohar (XIIIe siècle), il est question du destin des musulmans et des chrétiens. Ce passage eschatologique du Zohar qui suit a été étudié par tous les rabbins qui se sont penchés sur la question de la fin des temps :

« Les fils d’Ismaël (les musulmans) domineront la Terre sainte pendant longtemps alors qu’elle sera vide, de même que leur circoncision est vide et imparfaite. Ils empêcheront les fils d’Israël d’y retourner jusqu’à ce que s’épuise ce mérite des fils d’Ismaël. Les fils d’Ismaël provoqueront de dures guerres dans le monde et les fils d’Edom (NDA : Edom est Esaü dans la Bible, le frère de Jacob, considéré par la tradition juive comme étant le père de la Rome chrétienne) se rassembleront contre eux pour les combattre. Ils feront contre eux une bataille sur la mer, une sur la terre et une autre proche de Jérusalem. Les uns auront la maîtrise des autres. Néanmoins, la Terre sainte ne sera pas conquise par les fils d’Edom. » (Zohar, parachat Vaéra, p. 32A)

Historiquement, les forces qui ont détruit l’Empire ottoman de l’intérieur et aboli le Califat sont les mêmes qui ont miné de l’intérieur la chrétienté européenne et l’Église catholique. Il s’agit de la Franc-Maçonnerie et du mouvement sabbato-frankiste (des sectes juives faussement convertis au catholicisme et à l’islam pour les détruire de l’intérieur), qui a notamment donné naissance aux Jeunes Turcs, lesquels ont subverti l’Empire ottoman et aboli le Califat en 1924[41].

L’on découvre, en levant le voile sur les arcanes de l’histoire de l’abolition du Califat les forces antichristiques, messianistes, athéistes, nihilistes qui étaient à l’oeuvre. La destruction du Califat était une condition indispensable à la création du Foyer national juif et d’Israël.

A la fin du XIXe siècle, l’Empire ottoman était gravement endetté, alors Theodor Herzl proposa de faire effacer la dette turque en échange de quoi l’Empire ottoman abandonnerait aux sionistes la Palestine[42].

Le 19 juin 1896, le Grand vizir (Premier ministre) turc reçoit Herzl à qui il transmet ce message du Sultan et Calife :

« Les Juifs peuvent garder leur argent. L’Empire turc appartient au peuple turc et non à moi. Quand mon Empire sera démembré, peut-être recevront-ils la Palestine pour rien. Mais notre cadavre seulement pourra être divisé. Je ne consentirai jamais à la vivisection. »[43]

En 1904, Herzl demande au pape Pie X une lettre de soutien au projet sioniste ; le Pape le reçoit, mais refuse catégoriquement. En témoigne sa réponse officielle :

« Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. Non possumus. »[44]

Il y a un net parallèle entre la subversion de l’Ancien Régime, la Révolution française et l’histoire de la fin de l’Empire ottoman, tant sur le plan idéologique que sur ceux des méthodes et des réseaux à l’œuvre.

C’est au milieu du XIXe siècle, et plus précisément à partir des années 1860, que les réseaux maçonniques se mettent en branle au cœur de l’Empire ottoman : des lettrés, des proches du Sultan, des hauts fonctionnaires parmi lesquels des ministres, entrent massivement dans des loges maçonniques – notamment la loge française L’union d’Orient dont la période d’activité correspond à la décennie la plus libérale de l’histoire politique et sociale de l’Empire (1863-1874). Ces hommes, pour la plupart, jouent un rôle dans l’introduction du libéralisme dans l’Empire ottoman[45]. L’implantation de la Franc-Maçonnerie est si importante à l’époque en Turquie que le sultan Murad V – qui ne règne que quelques mois en 1876 avant d’être déposé par Abdulhamid II – était lui-même membre d’une loge maçonnique[46].

Les Jeunes Turcs, qui ont renversé le pouvoir ottoman et aboli le Califat en 1924, créent le 14 juillet 1889 (une date choisie pour marquer la filiation avec la Révolution française de 1789) un mouvement politique, le Comité Union et Progrès, qu’ils organisent sur le modèle de la loge maçonnique du Grand Orient de France.

Quelques précisions généalogiques, historiques et religieuses concernant les Jeunes Turcs s’imposent ici pour identifier la nature de leur révolution et la force qui a fait tomber le Califat.

Au XVIIe siècle, en Turquie, un messie autoproclamé, Sabbataï Tsevi, se converti faussement à l’islam, en 1666. Il entraîne dans sa conversion ses disciples, 200 familles qu’il encourageait à rester ensemble comme une compagnie de combattants secrets[47]. « En agissant ainsi, écrit Gershom Scholem, il se comportait comme un espion envoyé dans le camp de l’ennemi (l’islam). »[48]

Dans la période où Tsevi se converti à l’islam, il ordonne à son « prophète » Nathan de Gaza (entre 1667 et 1672) de se rendre à Rome pour y accomplir un rituel magique secret destiné à hâter la chute des chefs de l’Église.[49]

Ces juifs convertis faussement à l’islam, appelés sabbatéens ou Donmeh (« vestes retournées » en turc), « ont fourni de nombreux membres à l’intelligentsia des Jeunes Turcs… Les Donmeh ont joué un rôle important dans les débuts du Comité Union et Progrès, organisation du mouvement Jeune Turc qui eut son origine à Salonique. Parmi les participants de ce mouvement, il y eut des libres penseurs notoires, venant surtout de la secte des Jakubis et de celle des Izmirlis (NDA : tous des crypto-juifs). Ceux-ci, après l’effondrement de leurs anciennes convictions sectaires, en étaient arrivés à adopter une position négatrice et « éclairée » à l’égard du fait religieux. Mais il y eut aussi de pieux sabbatéens unissant leur patriotisme et leur nationalisme turc à leur messianisme juif utopique. On a la preuve que David Bey, un des trois ministres du premier gouvernement Jeune Turc et chef important du parti Jeune Turc, était un Donmeh et qu’il a joué un rôle important dans la secte de Karakash. Il appartenait à la famille la plus importante de ce groupe, la famille Russo, descendante en ligne directe du Dieu incarné Baruchya Russo, encore appelé Osman Baba. »[50]

La première administration qui prit le pouvoir après la révolution des Jeunes-Turcs (1909) comptait trois ministres donmeh. David Bey occupait le poste de ministre des Finances. Par ailleurs, « les juifs de Salonique affirmaient volontiers (ce qui fut toutefois démenti par le gouvernement turc) que Kemal Atatürk était d’origine donmeh »[51].

Le projet des Jeunes Turcs est de destituer le Sultan Abdulhamid II, rétablir la constitution libérale de 1876-1877 et imposer l’athéisme en Turquie. Dans leur projet ils sont aidés par les loges maçonniques françaises et italiennes de Salonique, ville qui abrite les principaux acteurs du complot jeune turc et qui fut pendant plusieurs siècles un centre kabbaliste et sabbataïste important. Ce sont ces mêmes donmeh que l’on retrouve à la tête de l’Empire ottoman à partir de 1908.

En 1908 ils restaurent la constitution libérale, en 1909 ils dotent l’Empire de sa première obédience maçonnique nationale, le Grand Orient Ottoman[52].

Parallèlement, les Jeunes Turcs créent ce que Thierry Zarcone, éminent spécialiste de la maçonnerie d’Orient, appelle « une sorte de service secret, un instrument invisible d’action politique et même de coercition et d’élimination ».

Un auteur jeune turc, Hüseyn Cahid Yaçin (mort en 1957), témoigne et raconte que le Comité Union et Progrès, l’organisation Jeunes Turcs, est devenu au fil des années plus qu’une organisation politique secrète, en fait une véritable « religion » :

« Pour consolider l’esprit du Comité, on a créé une nouvelle religion et un mezhep, pour ainsi dire une structure de style confrérique… Il existe, dans le pays un esprit unioniste, en fait une influence mystique. »[53]

Avant la Première Guerre mondiale qui conduisit au dépeçage de l’Empire ottoman ayant permis la création du Foyer National juif, l’Agence sioniste s’installe à Constantinople en 1908 avec l’autorisation des Jeunes Turcs qui viennent tout juste de prendre le pouvoir par une révolution. Ce fait important s’ajoute aux déclarations favorables au sionisme émanant de plusieurs leaders jeunes turcs[54].

Dès leur prise de pouvoir, les Jeunes Turcs, en plus de laisser s’installer en Turquie l’Agence sioniste, ont ré-ouvert les négociations sur la création d’une nation juive en Palestine. La sympathie entre ces donmeh qui se sont emparés de la Turquie et les juifs sionistes était telle que nombre de jeunes sionistes décidèrent de s’installer à Constantinople pour y étudier, apprendre le turc, et surtout travailler au corps les populations juives de l’Empire ottoman pour les convertir massivement au projet sioniste, à commencer par l’élite juive locale, au moyen d’actions propagandistes : presse, militantisme de terrain, développement d’associations, noyautage des institutions communautaires…[55]

La création du Foyer national juif, projet auquel se sont opposés le pape Pie X et le Sultan et Calife Abdulhamid II, est directement corrélé aux forces mondaines de l’Antéchrist qui devaient nécessairement se débarrasser de la chrétienté et de l’islam, chacun représentant un Katechon.

Le Katechon dans le Coran

Parlant du sionisme, le Coran indique que ce sont Gog et Magog qui, à la fin des temps, ramèneront à Jérusalem les fils d’Israël, alors qu’il leur a été interdit d’y retourner.

« Interdiction sur une cité par Nous abolie que son peuple y fasse retour
avant qu’elle ne soit ouverte à Gog et à Magog et qu’ils ne déboulent de toutes les collines. »[56] (Sourate Al Anbiya, Les prophètes, 21:95-96)

Nous ne nous aventurerons pas ici dans une tentative d’identification précise de Gog et Magog, mais nous ferons le rapprochement, comme le Sheikh Imran Hosein avant nous, entre l’annonce eschatologique faite par le Coran et la conquête de Jérusalem en 1917 par l’Empire britannique qui a créé le Foyer national juif et permis aux juifs de s’installer en Terre sainte.

C’est d’ailleurs sous l’influence des juifs sionistes que les Britanniques attaquèrent les Ottomans afin de les chasser de Palestine. Lors de la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne, en 1916, se trouva en difficulté, acculée par l’Empire germanique et sur le point de signer l’armistice proposé par le Kaiser. Une délégation sioniste se rendit alors au British Cabinet (le Cabinet Britannique de la Guerre) pour proposer un marché aux Anglais.

Les sionistes promettent alors de faire entrer les États-Unis dans la guerre à leurs côtés, en échange de quoi les Britanniques devaient chasser les Ottomans de Palestine et l’offrir aux juifs. Ce fait historique est documenté. Des déclarations officielles du Premier ministre britannique de l’époque, Lloyd George, faisant état de ce marché conclu, sont consignés dans le rapport de la Commission Peel (juillet 1937)[57].

« In the evidence he gave before us Mr. Lloyd George, who was Prime Minister at the time, stated that, while Zionist cause had been widely supported in Britain and America before November, 1917, the launching of the Balfour Declaration at that time was ‘‘due to propagandist reasons’’ ; and he outlined the serious position in which the Allied and Associated Powers then were. The Roumanians had been crushed. The Russian Army was demoralized. The French Army was unable at the moment to take the offensive on a large scale. The Italians had sustained a great defeat at Caporetto. Millions of tons of British shipping had been sunk by German submarines. No American divisions were yet available in the trenches. In this critical situation it was believed that Jewish sympathy or the reverse would make a substantial difference one way or the other to the Allied cause. In particular Jewish sympathy would confirm the support of American Jewry, and would make it more difficult for German to reduce her military commitments and improve her economic position on the eastern front.

Those were the circumstances in which the British Government issued Balfour Declaration.

‘‘The Zionist leaders (Mr. Lloyd George informed us) gave us a definite     promise that, if the Allies committed themselves to giving facilities for the   establishment of a national home fos the Jews in Palestine, they would do their      best to rally Jewish sentiment and support throughout the world to the Allied         cause. They kept their word.’’ »
(Palestine Royal Commission Report, Presented by the Secretary of State for the Colonies to parliament by Command     of His Majesty, Jully, 1937, p. 23)

« Dans les preuves qu’il a apporté devant nous, M. Lloyd George, qui était Premier ministre à l’époque, a déclaré que, tandis que la cause sioniste avait été largement soutenue en Grande-Bretagne et en Amérique avant novembre 1917, le lancement de la déclaration Balfour à cette époque était “dû à des raisons de propagande” ; et il a souligné la grave position dans laquelle se trouvaient alors les puissances alliées et associées. Les Roumains avaient été écrasés. L’armée russe était démoralisée. L’armée française était incapable à ce moment de lancer une offensive à grande échelle. Les Italiens ont subi une grande défaite à Caporetto. Des millions de tonnes de navires britanniques ont été coulés par les sous-marins allemands. Aucune division américaine n’était encore disponible dans les tranchées. Dans cette situation critique, on pensait que la sympathie des Juifs ou l’inverse ferait une différence substantielle dans un sens ou dans l’autre pour la cause alliée. En particulier, la sympathie juive confirmerait le soutien des Juifs américains, et rendrait plus difficile pour l’Allemagne de réduire ses engagements militaires et d’améliorer sa position économique sur le front oriental.

C’est dans ces circonstances que le gouvernement britannique a publié la déclaration Balfour. 

‘‘Les dirigeants sionistes (M. Lloyd George nous a informés) nous ont fait la promesse formelle que, si les Alliés s’engageaient à accorder des facilités pour l’établissement d’un foyer national pour les Juifs en Palestine, ils feraient de leur mieux pour rallier le sentiment et le soutien des Juifs du monde entier à la cause alliée. Ils ont tenu parole.’’ »
(Rapport de la Commission royale sur la Palestine, présenté par le Secrétaire d’État aux Colonies au Parlement sur ordre de Sa Majesté, juillet 1937, p. 23)

Et c’est précisément ce qui se passa. Les États-Unis, qui n’avaient aucun intérêt dans ce conflit européen, sont venus à l’aide des Britanniques en déclarant la guerre à l’Allemagne le 2 avril 1917. L’avocat juif Louis D. Brandeis (descendant d’une famille sabbato-frankiste), alors président de la Cour suprême des États-Unis, et le rabbin Stephen Wise (cofondateur de la Fédération sioniste de New York en 1897 et président du Congrès juif américain de 1922 à 1946) ont pesé sur les décisions du président Woodrow Wilson pour qu’il fasse entrer en guerre les États-Unis et pour qu’il soutienne la Déclaration Balfour ; un procédé semblable a été employé pour pousser le président Truman à reconnaître l’État d’Israël en 1948[58].

La promesse des sionistes ayant été tenue avec l’entrée en guerre des États-Unis, sept mois plus tard, jour pour jour, le 2 novembre 1917, fut publié la déclaration Balfour. Cette déclaration est une lettre d’Arthur James Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique faite au banquier Lionel Walter Rothschild, dans laquelle il promettait la création d’un foyer juif en Palestine.

Doit-on en conclure que la Grande-Bretagne et les États-Unis sont-ils Gog et Magog ? Du moins, sont-ils dirigés par Gog et Magog ? En tous les cas, nous les identifions comme faisant partie, avec l’État d’Israël et son lobby, comme étant les forces géopolitiques antichristiques.

Gog et Magog, ces puissances semant le chaos sur terre, sont mentionnées dans une autre sourate du Coran où, nous semble-t-il, est fait mention d’un Katechon, qui retenait Gog et Magog depuis les temps anciens, jusqu’à la fin des temps.

Nous n’irons pas jusqu’à utiliser l’Épître aux Thessaloniciens pour interpréter le passage du Coran que nous allons citer, ce serait inapproprié, et méthodologiquement peu sérieux. Mais rappelons que Saint Paul parlait de « ce qui retient » et de « celui qui retient » l’Antéchrist. Dans le Coran nous verrons qu’il y a un être humain (Dhû’l-Qarnayn), qui a édifié une barrière qui retient, ou plutôt retenait, Gog et Magog.

« On t’interroge sur  Dhû’l-Qarnayn : Je vais vous réciter de son histoire ce qu’il en faut rappeler.

Nous l’avons conforté sur la terre, lui donnant sur toute chose des prises (asbâban)[59]. » (Sourate al Kahf, la Caverne, 18:83-84)

Dans les versets qui suivent, il est fait récit d’un voyage de ce puissant personnage, dans une zone géographique décrite avec précision par le Coran. Se basant sur cette description coranique (et le commentaire, tafsir, d’Ibn Kathir), le Sheikh Imran Hoseinlocalisa cette zone dans son ouvrage An Islamic View of Gog & Magog in the Modern World[60]. Il arriva à la conclusion qu’il s’agit de la zone située entre la mer Noire et la mer Caspienne.

Dhû’l-Qarnayn poursuit son voyage…

« Jusqu’à ce que, parvenant entre les deux digues, il découvrit en deçà une peuplade qui n’avait même pas pénétration d’un langage

mais (réussit à) lui dire : ‘‘O  Dhû’l-Qarnayn, Gog et Magog font dégât sur la terre. Ne pourrions-nous te verser tribut, à charge qu’entre eux et nous tu établisses une digue ?’’

il dit : ‘‘Mieux vaut pour moi cela dont mon Seigneur me conforte ! Aidez-moi cependant de votre force à établir entre eux et vous un remblai

apportez-moi des blocs de fer’’. Jusqu’à ce qu’ayant comblé l’écart entre les deux falaises, il dît : ‘‘Soufflez !’’

Et cela jusqu’à ce qu’il en fît du feu. Il dit : ‘‘Apportez du cuivre, pour que j’en verse dessus la fonte’’.

Gog et Magog ne purent l’escalader ni le percer.

Dhû’l-Qarnayn dit : ‘‘C’est là une miséricorde de mon Seigneur. Quand la promesse de mon Seigneur viendra,

Il le nivellera. Promesse de mon Seigneur est vérité’’.

Ce Jour-là Nous laisserons les uns déferler sur les autres. » (Sourate al Kahf, la Caverne, 18:93-99)

Nous avons essayé de mettre en évidence que la Rome chrétienne et le Califat étaient deux Katechon qui empêchaient l’accomplissement des desseins messianiques juifs qui ne sont autres que les desseins antichristiques.

L’évincement de la scène historique des empires chrétiens et musulmans, du Saint Siège et du Califat, ont permis, non seulement la création de l’État d’Israël, mais également l’expansion du chaos, de la destruction de pays entiers, du désordre économique, sociale et sociétale. Les idéologies modernes antichristiques produites par le monde judéo-protestant ont alors pu se répandre sur le globe après la chute du Califat et de la chrétienté européenne.

Ce qui nous conforte dans l’idée que la Rome chrétienne et le Califat étaient bel et bien des Katechon, des freins à l’Antéchrist.

Moscou, Troisième Rome et  Katechon ?

Le Califat et les empires musulmans ont disparu, mais demeure, au Proche-Orient, des États et des organisations musulmanes qui résistent à l’Empire antichristique. La  résistance islamique est régionale et minoritaire au sein du monde musulman, mais elle se renforce au fur et à mesure que s’accentue l’antagonisme entre les israélo-américains et la Russie, en Europe de l’Est comme au Proche-Orient.

La Russie est l’alliée de l’Iran et de la Syrie dont elle a empêché la destruction par ce que Vladimir Poutine appelle désormais « l’Empire du mensonge » et que nous appelons l’Empire antichristique dans ce contexte de guerre eschatologique.

Les développements géopolitiques de ces deux dernières décennies ont fait de la Russie un Katechon ; c’est-à-dire une puissance qui s’oppose à l’Empire antichristique qui a désormais désigné Moscou comme principal ennemi. L’Empire russe, cet ennemi ontologique, cet adversaire géopolitique, cet antagoniste tellurocratique dont l’existence retient l’avènement de l’Antéchrist qui a pour support géopolitique la thalassocratie anglo-américaine judéo-protestante.

La Russie n’est toutefois pas un Katechon au sens classique. Elle n’est pas l’Imperium Romanum chrétien idéal et médiéval. C’est un Etat moderne qui est traversé par des contradictions internes, et qui a été en partie infesté, comme tous les pays du mondes, par l’idéologie du progrès, dont le transhumanisme.
La Russie a adhéré, certes temporairement, à la politique et au discours covidistes occidentaux, et a accepté la théorie du réchauffement climatique[61].
Le transhumanisme est pour l’instant autorisé en Russie où l’on l’influence de la Silicon Valley a produit ses effets. L’augmentation du corps humain est déjà mise en pratique en Russie[62]. Toutefois, ce développement du transhumanisme inquiète Vladimir Poutine qui s’interroge :

« La révolution technologique, les percées spectaculaires dans les domaines de l’intelligence artificielle, de l’électronique, des communications, de la génétique, de la bio-ingénierie et de la médecine offrent d’immenses possibilités, mais elles soulèvent également des questions philosophiques, morales et spirituelles, que seuls les auteurs de science-fiction ont posées récemment. Que se passera-t-il lorsque la technologie dépassera la capacité de réflexion de l’homme ? Où se situe la limite de l’ingérence dans l’organisme humain, après laquelle l’homme cesse d’être lui-même et se transforme en une autre essence ? Quelles sont les limites éthiques d’un monde dans lequel les possibilités de la science et de la technologie sont devenues pratiquement illimitées, et qu’est-ce que cela signifiera pour chacun d’entre nous, pour nos descendants, même nos descendants immédiats, nos enfants et petits-enfants? »[63]

Transhumanisme et modification de la nature qui sont peut-être évoqués dans ce passage du Coran :

« Dieu l’a maudit, car il (Satan) a dit : ‘‘Puissé-je prélever sur Tes adorateurs une part allouée, les égarer, leur donner de faux espoirs, leur commander et ils échancreront les oreilles du troupeau ; oui, leur ordonner, et ils modifieront (falayughayyirunna) la création de Dieu !’’

Or qui prend Satan pour protecteur, en place de Dieu, perd d’une perte éclatante… » (Sourate An Nisa, Les femmes, 4:118-119)

Revenons-en à la Russie. Le conflit actuel qui l’oppose radicalement à l’Occident et à tout ce qu’il représente, pousse la Russie à pratiquer un exorcisme en expulsant de son corps les avatars du modernisme et du progressisme. Cet exorcisme a commencé avant la guerre en Ukraine, avec notamment  l’interdiction de la « propagande pour les relations sexuelles non traditionnelles devant mineur » (loi de 2013). Une loi qui correspond à l’opinion des Russes qui, selon un sondage, sont 81 % à considérer les relations homosexuelles comme répréhensibles[64]. Le mariage homosexuel a également été interdit en 2020[65].

La Russie, pays de 145 millions d’habitants (en 2020), compte 90 % de croyants, dont 80 % de chrétiens (chiffre de l’année 2014)[66]. Aujourd’hui, les Russes sont quatre fois plus nombreux à se dire croyants que sous l’URSS[67]. Et en 2020, la Douma a introduit la foi en Dieu dans la Constitution, à la demande de Vladimir Poutine. L’article portant sur les millénaires dans l’histoire de la Russie renvoie à « la mémoire de nos ancêtres qui nous ont transmis des idéaux et la foi en Dieu »[68].

Les Occidentaux reprochent à la Russie ce tournant conservateur, ce retour au christianisme qui les inquiètent. Rappelons que la Russie tsariste a été attaquée dans son essence chrétienne par les révolutionnaires bolchéviques qui étaient majoritairement juifs, comme l’a démontré Alexandre Soljenitsyne[69] et l’a rappelé Vladimir Poutine le 13 juin 2013 à l’occasion de sa visite au Musée juif de Moscou devant un parterre de rabbins :

« Jusqu’à 80 à 85% des membres du gouvernement de l’Union soviétique étaient juifs. Et ces juifs guidés par de fausses pensées idéologiques ont arrêté et réprimé les adeptes du judaïsme, du christianisme, de l’islam et d’autres religions. Ils n’ont pas fait de différence.»[70]

L’ont peut ainsi établir un parallèle entre cette révolution anti-chrétienne qui a mis fin au régime tsariste et la révolution jeune turc qui a fait tomber le Califat, à sept ans d’intervalle. D’ailleurs, Lénine a soutenu le jeune turc Mustafa Kemal dans sa lutte armée contre les Alliés et tout au long de sa prise de pouvoir en Turquie.[71]

Les Bolchéviques ne se sont pas trompés d’ennemi, ils ont attaqué la Troisième Rome. Depuis plus de cinq siècles les Russes orthodoxes  considèrent que Moscou est « la Troisième Rome », depuis la chute de la deuxième, Constantinople, en 1453. La situation géopolitique de l’époque qui faisait de la Russie le seul État orthodoxe indépendant, fit de Moscou logiquement la successeuse de Constantinople. Constantinople qui fut fondée sur le site de l’ancienne Byzance par celui-là même qui institua l’Église romaine, l’Empereur de Rome, Constantin (306-337). Logique de l’Histoire : Constantinople supplanta Rome pendant les invasions barbares, et Moscou succéda à Byzance après l’invasion ottomane.

La théorie de « Moscou Troisième Rome » est émise l’année même de la chute de Constantinople par le moine Foma (Thomas) dans un livre, Eulogie du Grand Prince, le pieux Boris Alexandrovic, écrit dans la ville russe de Tver. L’opinion se répand peu à peu que « le souverain russe a vocation à remplacer l’empereur byzantin, que les Russes sont appelés à succéder aux Grecs et à prendre la première place parmi les peuples orthodoxes, parce qu’ils sont meilleurs chrétiens qu’eux. »[72]

C’est là l’idée, née au Moyen-Âge, du translatio imperii (« transfert de la puissance »). C’est une conception de la continuité historique par le transfert du pouvoir d’un empire à l’autre, ainsi que la continuité culturelle, translatio studii.

En 1472, Sophie Paléologue, la nièce du dernier empereur byzantin, Constantin XI, se marie avec Ivan III de Moscou. La Moscovie put ainsi se proclamer héritière de l’Empire byzantin. Elle adopte ensuite l’aigle bicéphale et se proclame Troisième Rome.

En 1508, le moine Philothée (Filofey) écrit dans sa célèbre lettre au grand prince Vassili (Basile) III :

« Sachez, empereur [tsar] très pieux, que tous les empires appartenant à la religion chrétienne orthodoxe, sont maintenant réunis dans votre empire : vous êtes le seul empereur des chrétiens du monde entier… Tous les empires chrétiens se trouvent réunis dans votre empire. Après vous, nous attendons l’Empire qui n’aura pas de fin… Deux Rome sont tombées, mais la troisième demeure et il n’y en aura pas de quatrième. »

La dimension eschatologique de cette revendication théologico-politique est très nette. Que l’on soit croyant ou non, force et de constater que l’Histoire a conduit cette Troisième Rome à devenir finalement la première puissance nucléaire mondiale entrée dans une confrontation contrainte contre l’empire antichristique. Il semble que c’est le destin de la Russie auquel elle ne saurait échapper.

Le 16 janvier 1547, Ivan IV, petit-fils d’Ivan III, est couronné tsar (mot dérivé de César) à la cathédrale de la Dormition (qui se situe dans le Kremlin, à Moscou) et fonde la tsarat de Russie.

Moscou devient donc la Troisième Rome au XVIe siècle durant lequel l’Europe connaît la réforme protestante, l’affaiblissement de l’Église, du Saint-Empire romain germanique et la transformation de l’Angleterre en thalassocratie, empire des mers qui deviendra l’ennemie ontologique de la Russie, puissance tellurocratique.
Au XVIe siècle se met donc en place la nouvelle géographie politico-religieuse en vue de la guerre eschatologique.

Cette histoire religieuse de Rome n’entre pas en contradiction avec le point de vue islamique. Le Coran, révélé au VIIe siècle, considère Byzance comme la seconde Rome, car comme nous le verrons, c’est par le nom de « Rome » que le Coran désigne l’Empire byzantin, l’héritier de Rome. Le Sheikh Imran Hosein a relevé ce point qui est d’une extrême importance eschatologique.

La trentième sourate du Coran a pour titre « Rome », et elle évoque la guerre entre Byzance, appelée donc « Rome », et la Perse.

« Rome a été vaincue en terre d’en deçà. Mais Rome, après avoir été vaincue, vaincra dans moins de dix ans. Le décret en revient à Dieu pour l’après comme pour l’avant, et les croyants devront se réjouir ce jour-là du secours de Dieu, lequel l’accorde à qui Il veut, Lui, le Tout-Puissant, le Miséricordieux.

C’est là promesse de Dieu, lequel ne saurait faillir à sa promesse : mais la plupart ne le savent pas

ils ne savent qu’une apparence de la vie d’ici-bas, indifférents qu’ils sont, eux, à la vie dernière (l’au-delà) » (Sourate Ar-Roum, Rome, 30:2-7)

Les musulmans avaient été attristés par la défaite de la Byzance chrétienne face aux Perses. Mais le Coran leur a fait l’annonce d’une victoire byzantine qui les réjouira effectivement quelques années plus tard.

Le Coran évoque vraisemblablement l’invasion de la Syrie par les Perses (613-614) et les victoires de l’Empereur Byzantins Héraclius en 624. Précisons qu’à cette occasion les guerriers juifs de Galilée, sous le commandement de Benjamin de Tibériade, rejoignirent les Perses dans cette guerre contre les Byzantins. Ces juifs voulaient chasser les chrétiens et reconquérir la Palestine : ils brûlèrent alors les églises, saccagèrent Jérusalem et détruisirent les couvents. Ils réussirent à attirer dans le mouvement les israélites de Damas, du sud de la Palestine et de l’île de Chypre. Mais finalement Héraclius les détacha des Perses qui avaient manqué à leur promesse faite aux juifs de leur donner Jérusalem[73].

Les versets suivant de la sourate « Rome » ont trait à la création, à la fin du monde et au Jugement Dernier. Ce qui indique sans doute que le destin de Rome est directement connectée à la fin des temps et aura un rôle décisif à y jouer.

L’on voit donc que selon le Coran, comme pour la chrétienté orthodoxe, Rome n’est pas figée pour l’éternité en Italie. Elle est le centre politico-religieux de l’orthodoxie. En Islam, nous appelons « Rome » le centre politique de la chrétienté héritière de l’Imperium romanum, qui ne peut donc être ni un faible pays chrétien, ni l’Amérique protestante, puisque celle-ci a été considérée par les Pères pèlerins qui l’ont fondée, non pas comme la nouvelle Rome, mais la nouvelle Jérusalem. Marquant ainsi la filiation avec le judaïsme.

Pour revenir à l’eschatologie, le Prophète Muhammad a annoncé aux musulmans qu’ils seraient les alliés de Rome dans une guerre contre un ennemi commun :

« Vous ferez une alliance (sulh), en toute confiance (amina), avec Rome et vous combattrez ensemble un ennemi commun. »[74]

L’Empire byzantin ayant disparu, la seule puissance chrétienne héritière de Rome dont peut parler cette prophétie est la Russie. De plus, la contexte géopolitique actuel correspond parfaitement à cette parole du Prophète, puisque l’alliance en question est effective : les Russes, incluant les Tchétchènes musulmans, la Syrie et l’Iran, combattent le même ennemi, à savoir les forces de l’OTAN en Ukraine et les forces israélo-terroristes au Proche-Orient, et bientôt au-delà.

Et nous savons, par le Coran, que demeure jusqu’à la fin des temps une puissance chrétienne en capacité de tenir tête et en échec les puissances antichristiques :

« Lors Dieu dit : ‘‘Jésus, voici que Je te recouvre, t’élève vers Moi, te purifie de ceux qui ont dénié, et place ceux qui t’ont suivi au-dessus de ceux qui t’ont dénié, et cela jusqu’au Jour de la résurrection : après quoi il sera fait de vous vers Moi retour, et Je trancherai entre vous l’objet de votre différent.

Quant aux dénégateurs, eh bien ! Je les châtierai d’un dur châtiment dans ce monde et dans l’autre ; ils ne trouveront pas de secourants

tandis que ceux qui auront cru, effectué les œuvres salutaires, eh bien ! Je leur solderai leur salaire’’. 

Dieu n’aime pas ceux qui commettent l’iniquité. » (Sourate Al Imran, La famille d’Imran, 3:55-57)

Les dénégateurs en question qui ont mécru en Jésus ne sont autres que les Pharisiens et les autres juifs qui les ont suivi et rejeté le Christ. Dieu promet donc que les chrétiens demeureront au-dessus d’eux jusqu’à la dernière Heure. L’historien et exégète Ibn Kathir (XIVe siècle) commente (dans son tafsir, commentaire du Coran) ce passage comme indiquant une supériorité en terme de puissance sur terre. Il prend pour exemple Constantin qui a érigé le christianisme en une religion romaine. Ainsi Ibn Kathir écrit : « Constantin a bâti plus de 12 000 églises et temples et la ville qui a porté son nom : Constantinople… Constantin avait agi ainsi pour vaincre et humilier les juifs, et Dieu l’avait secouru contre eux parce qu’il était plus près de la vérité qu’eux… »

Plusieurs études académiques ont mis en évidence l’influence énorme du lobby juif pro-israélien aux Etats-Unis[75] et dans l’Union européenne[76]. Résultat de la soumission, sur la longue durée, du continent européen, aux puissances judéo-protestantes.

Par conséquent, l’Occident ne peut être considérer comme l’aire géographique et civilisationnel qui suit Jésus.

Il existe en Russie un lobby juif pro-israélien, mais son influence décline à très grande vitesse depuis plusieurs années, au fur et à mesure que les tensions entre la Russie et Israël augmente[77]. En témoigne la fermeture en cours de l’Agence juive pour Israël en Russie ordonnée par le ministère russe de la justice[78]. Et le 6 juillet 2022, le grand rabbin de Moscou, chef de la plus importante communauté juive de Russie, Pinchas Goldschmidt (également président de la Conférence des rabbins européens), a quitté la Russie pour s’installer en Israël suite à l’intervention en Ukraine à laquelle il s’est opposé[79]. La porte-parole de la communauté juive en Russie, Olga Yessaulova, a indiqué qu’« il n’est pas question de successeur, peut-être qu’il n’y en aura pas. »[80]

La seule puissance chrétienne ayant les moyens de tenir tête aux ennemis de Jésus et à leurs alliés, est la Russie. Les développements géopolitiques en Europe de l’Est et en Ukraine, le rôle délétère joué par Israël et ses réseaux contre la Russie dans ces conflits, ont inévitablement accentué l’opposition entre Moscou et Tel Aviv. Et cette opposition ira en s’aggravant comme nous l’écrivons depuis 2015[81].

Tous les recoupements que nous avons fait ici, en utilisant les différentes traditions religieuses, leur eschatologie respective, l’histoire théologico-politique du christianisme, le Coran et les développements géopolitiques de ces dernières années, convergent pour désigner la Russie comme étant le Katechon, alliée des musulmans, affrontant les forces de l’Antéchrist.

Youssef Hindi

[1]    Peter Haggenmacher, présentation de Nomos de la Terre de Carl Schmitt, 1950, 2001, Presses Universitaire de France, p. 40.

[2]    Carl Schmitt, Glossarium, 31 août 1947, p. 6-7 ; 1er septembre 1947, p. 7 ; 2 septembre 1947, p. 7-8. Dans :   Nomos de la Terre, présentation, pp. 26-27.

[3] Arnold J. Toynbee, L’Islam, l’Occident et l’avenir, 1947, 2013, Editions Des Malassis, pp. 14-15.

[4]    Ce qui n’est pas sans rappelé l’oeuvre de J. R. R. Tolkien : Le Seigneur des anneaux, 1954-1955.

[5]    Voir le site du Congrès mondial des religions : http://www.religions-congress.org/component/option,com_frontpage/Itemid,1/lang,english/

[6]      Euronews, « Kazakhstan : une quête d’unité spirituelle », 04/06/12.

[7]    Youssef Hindi, Occident et Islam – Tome 1 : Sources et genèse messianiques du sionisme, Sigest, 2015.

[8]    Werner Sombart, Les Juifs et la vie économique, traduit de l’allemand au français par le Dr S. Jankélévitch, 1923, rééd. Kontre Kulture, 2012, pp. 52-53.

[9]    Heinrich Graetz, Geschichte der Juden, IX, p. 86 et sv., p. 213 et sv. ; X, p. 87 et sv. ; Alb. M. Hyamson, History of the Jews in England, 1908, p. 164 et sv. ; Jewish Quarterly Review, VIII, 1891, p. 61.

[10]  Werner Sombart, op. cit. pp. 438-439.

[11]  Élise Marienstras, Les Mythes fondateurs de la nation américaine, Paris, Complexe, 1992, p. 76. Cité dans : Pascal Bouvier, Millenarisme, messianisme, fondamentalisme : permanence d’un imaginaire politique, L’Harmattan, 2008, p. 49.

[12]  Ronald Steel, « Mr Fix-it », New York Review of Books, 05/10/2000, pp. 19-21.

[13]  Cité par Bernard Vincent, La Destiné manifeste, Messène, Paris, 1999.

[14]  Harold Lindsey, L’agonie de notre vieille planète, Braine-L’Alleud, Editeur de littérature biblique, 1974, pp. 52-53. Cité dans : Pascal Bouvier, op. cit. p. 76.

[15]  Harold Lindsey, op. cit. p. 79. Cité dans : Pascal Bouvier, op. cit. p. 77.

[16]  Pascal Bouvier, op. cit. p. 82.

[17]  Voir : Stephen Walt et John Mearsheimer, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007

[18]  https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-chirac/20070917.RUE1698/un-petit-scoop-sur-bush-chirac-dieu-gog-et-magog.html

[19]  https://www.evangeliques.info/2019/03/25/israel-donald-trump-reine-esther-des-temps-modernes/

[20] Vladimir Poutine, Club Valdaï, 25 mars 2017.

[21]  https://www.youtube.com/watch?v=kxINfwFZx68

[22]  https://www.marianne.net/monde/europe/ukraine-un-commandant-tchetchene-parle-de-guerre-sainte-contre-les-valeurs-sataniques-lgbt

[23]  https://www.marianne.net/monde/europe/ukraine-un-commandant-tchetchene-parle-de-guerre-sainte-contre-les-valeurs-sataniques-lgbt

[24]  https://www.la-croix.com/Religion/Guerre-Ukraine-diatribe-patriarche-russe-Kirill-contre-valeurs-occidentales-2022-03-07-1201203653

[25]  https://legrandcontinent.eu/fr/2022/03/07/la-guerre-sainte-de-poutine/

[26]  La Sainte Bible d’après les textes originaux, Traduction du Chanoine Augustin Crampon, Edition 1923, Imprimatur, Tornaci, die 1a Septembris 1930, V. Cantineau.

[27]  Voir, Carl Schmitt, Théologie politique, 1922, 1969, Editions Gallimard, 1988, p. 143.

[28]  Rapporté par Gershom Scholem, Le messianisme juif, Calmann-Lévy, 1992, p. 15.

[29]  Gershom Scholem, op. cit. p. 15.

[30]   Rabbi Eliezer, Les chapitres, chapitre 28, éditions Verdier.

[31]  https://www.egaliteetreconciliation.fr/Feminisme-et-transsexualisme-origines-religieuses-et-mystiques-Ideologies-et-mouvements-LGBT-67156.html

[32] Dans la tradition juive, l’arrivée du Messie fils de Joseph, doit précéder, annoncer et préparer l’arrivée du Messie fils de David, qui doit régner sur le royaume d’Israël ainsi que sur le monde.

[33] Voir : « L’inspiration : le souffle créateur dans les arts, littératures et mystiques du Moyen Age européen et proche oriental », Claire Kappler et Roger Grozelier, Kubaba –Actes.
Youssef Hindi, Occident et Islam – Tome 1 : Sources et genèse messianiques du sionisme, Sigest, 2015.

[34]  Gerschom Scholem, La Kabbale : Une introduction. Origines, thèmes et biographies, Gallimard, 2003, p. 142.

[35]  Carl Schmitt, Le nomos de la Terre, p. 64.

[36]  Rabbi Eliezer, Les chapitres, chapitre 28, Editions Verdier.

[37]  Cyrille Louis, « Disparition d’un « géant de la Torah » », Le Figaro, 07/10/2013.

[38]   Courrier International, « Les dérapages incontrôlés du rabbin Ovadia Yossef », 10/09/2010.

[39]    BBC News, « Rabbi calls for annihilation of Arabs », 10/04/2010 – Un membre de la Knesset, Ayelet Shaked, a appelé durant le bombardement de Gaza en juillet 2014, à « tuer toutes les mères palestiniennes » ; un projet génocidaire faisant écho à Yossef Ovadia qui parlait « d’épuiser la semence des Arabes ». Source : Press Tv, « Mothers of all Palestinians must be killed : israeli MP », 16/07/2014.

[40]  Haaretz, « Shas spiritual leader calls on Jews to pray for annihilation of Iran », 26/08/2012.

[41]  Voir : Youssef Hindi, Occident et Islam – Tome 1 : Sources et genèse messianiques du sionisme, Chapitre II.

[42] Alain Boyer, Théodore Herzl, 1991, Albin Michel, pp. 88-89.

[43]  Alain Boyer, op. cit. p. 89.

[44]  Pape Pie X, le 25 janvier 1904, Cité du Vatican.

[45]  Thierry Zarcone, Secret et sociétés secrètes en Islam – Turquie, Iran et Asie centrale, XIXe-XXe siècles, éd. Archè Milano, 2002, p. 10.

[46]  Thierry Zarcone, op. cit., p. 11.

[47]  G. Scholem, La Kabbale, une introduction, origines, thèmes et biographies, p. 409.

[48]  G. Scholem, La Kabbale, une introduction, origines, thèmes et biographies, p. 407.

[49]  G. Scholem, La Kabbale, une introduction, origines, thèmes et biographies, p. 408.

[50]  G. Scholem, Le messianisme juif, pp. 109, 111.

[51]  G. Scholem, La Kabbale, une introduction, origines, thèmes et biographies, p. 502

[52]  Thierry Zarcone, op. cit., pp. 11-12, 32.

[53]  Thierry Zarcone, op. cit., p. 70.

[54]  Esther Benbassa, Le sionisme dans l’Empire ottoman à l’aube du XXe siècle, in : Vingtième Siècle. Revue d’histoire. N°24, octobre-décembre 1989, Persée, pp. 69-80.

[55]  David Farhi, Documents on the attitude of the Ottoman government towards the Jewish settlement in Palestine after the Revolution of the Young Turks, 1908-1909, dans Moshe Ma’oz, Studies in Palestine during the Ottoman period, Jerusalem, Magnes Press, Hebrew University-Institute of Asian and African Studies-Yad Ishak Ben-Zvi, 1975, pp. 197-198 ; Michel Bar-Zohar, Ben Gourion, traduit de l’anglais par Claude Dovaz, Paris Fayard, 1986, pp. 51, 53-62.

[56]  Le Coran, essai de traduction par Jacques Berque, Edition revue et corrigée, Albin Michel, 1995.

[57]  Voir le rapport de la Commission Peel (juillet 1937) basé sur les déclarations officielles du Premier ministre de la Grande Bretagne à l’époque, Lloyd George : https://palestinianmandate.files.wordpress.com/2014/04/cm-5479.pdf. Pp. 23-24.  Document rapporté par Pierre Hillard dans : Atlas du mondialisme, éditions Le Retour aux Sources, 2017, pp. 147-148.

[58]  Stephen Walt et John Mearsheimer, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2009, p. 131.

[59]  « Des prises » (asbâban), littéralement : des « attaches », des « moyens ».

[60]  https://imranhosein.org/n/an-islamic-view-of-gog-and-magog-in-the-modern-age/

[61]  https://www.donbass-insider.com/fr/2021/10/22/discours-de-vladimir-poutine-lors-du-club-de-discussion-de-valdai-2021/

[62]  https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1527946/russie-transhumanisme-biohacking-vladislav-zaitsev

[63]  https://www.donbass-insider.com/fr/2021/10/22/discours-de-vladimir-poutine-lors-du-club-de-discussion-de-valdai-2021/

[64]  https://www.rfi.fr/fr/emission/20160517-journee-mondiale-lutte-contre-homophobie-russie-loi-contre-propagande-homosexuelle

[65]  https://www.rfi.fr/fr/podcasts/20200710-russie-apr%C3%A8s-linterdiction-mariage-homosexuel-consternation-chez-couples-lgbt

[66]  https://fr.wikipedia.org/wiki/Religion_en_Russie#:~:text=La%20Russie%20compterait%20en%202014,ath%C3%A9es%20ou%20d’ind%C3%A9cis).

[67]  https://www.lefigaro.fr/vox/religion/2018/03/20/31004-20180320ARTFIG00089-en-russie-le-religieux-est-indissociable-de-l-identite-nationale.php#:~:text=En%20effet%2C%20si%20l’%C3%89glise,en%20Bi%C3%A9lorussie%2C%20Ukraine%20et%20Moldavie.

[68]  https://www.la-croix.com/Monde/Europe/Russie-reference-Dieu-bientot-Constitution-2020-03-10-1201083091

[69]  Alexandre Soljenitsyne, Deux siècles ensemble, 1795-1995, Tome I : Juifs et Russes avant la révolution, 2002, Fayard ; Deux siècles ensemble, 1917-1972 Tome II : Juifs et Russes pendant la période soviétique, Fayard, 2003.

[70]  https://www.egaliteetreconciliation.fr/Au-Musee-juif-de-Moscou-Poutine-rappelle-la-composition-du-premier-gouvernement-bolchevique-33466.html

[71]  Ömer Kâzim, L’aventure kémaliste suivi de Angora et Berlin, Paris, 1924, réédition Sigest, 2015.

Henry Laurens, L’Orient arabe, Arabisme et islamisme de 1798 à 1945, Armand Colin, 1993,  p. 183.

[72]  Michel Heller, La « Troisième Rome », dans Histoire de la Russie et de son empire, 2015, pp. 226-245.

[73]  Bernard Lazare, L’antisémitisme, son histoire et ses causes, 1894, 2012, Editions Kontre Kulture, pp. 54-55.

[74]  Sahih Muslim. Notons que la suite du hadith est en contradiction complète avec la première partie, raison pour laquelle nous ne le citons pas dans son entièreté. La seconde partie est manifestement un ajout postérieur, car il y est dit que cette alliance solide serait immédiatement rompue. Le Prophète Muhammad ne saurait se contredire aussi grossièrement et faire preuve d’une telle incohérence.

[75]  Stephen Walt and John Mearsheimer, The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, Farrar, Straus and Giroux, 2007.

[76]  David Cronin, Sarah Marusek, David Miller, The Israel Lobby And The European Union, Europal Forum, Spinwatch : Public Interest Investigations, 2016.

[77]  https://youssefhindi.wordpress.com/2020/04/07/entretien-avec-rivarol-sionisme-globalisme-pandemie-et-gouvernance-mondiale/

[78]  https://www.lemonde.fr/international/article/2022/07/29/moscou-menace-de-fermer-l-agence-juive-pour-israel_6136565_3210.html

[79]  https://fr.timesofisrael.com/le-grand-rabbin-de-moscou-reconnait-etre-parti-a-cause-de-la-guerre-en-ukraine/

[80]  https://www.la-croix.com/Religion/Russie-exil-grand-rabbin-Moscou-quitte-fonctions-2022-07-07-1201223931

[81]  Youssef Hindi, « La Russie, l’Europe et l’Orient », 4 septembre 2015, Geopolintel.

http://www.geopolintel.fr/article970.html

https://strategika.fr/2022/08/18/le-katechon-dans-le-christianisme-et-lislam/ 

Hola