Un chèque de 1.000 dollars pour chaque Américain : l’arme secrète de Trump pour sauver l’économie

Lundi, 23 mars, 2020 - 11:48

Dans le cadre des mesures visant à donner un stimulus à l’économie américaine, menacée par une énorme contraction, les ménages devraient recevoir un chèque afin de relancer la consommation. Une arme à double tranchant.

Aux grands maux, les grands remèdes. Chaque Américain devrait recevoir un chèque pour endiguer la crise économique qui couve aux États-Unis, en raison du coronavirus. Le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin l’a annoncé mardi 17 mars et prévoit un lancement d’ici deux semaines sous réserve de sa validation par le Sénat. Cette mesure s’inscrit dans unlarge plan de relance estimé à 1.000 milliards de dollars. On ne connaît pas encore le montant du chèque, mais la somme de 1.000 dollars par personne est discutée entre les parlementaires.

Derrière cette mesure, on distingue une inspiration fortement tirée de “l’helicopter money” (hélicoptère monétaire, ndlr), une politique monétaire non conventionnelle destinée à créer de la monnaie pour la distribuer directement aux citoyens afin de relancer l’activité économique. Ce concept a été imaginé par l’économiste américain Milton Friedman en 1969 et c’est sa métaphore qui lui a donné ce nom intriguant : “Supposons qu'un jour un hélicoptère vole au-dessus d’une communauté et largue 1.000 dollars en billets depuis le ciel. Évidemment, les membres de la communauté vont s'empresser de récolter les billets", écrivait-il dans son article "The Optimum Quantity of Money".

L’hélicoptère monétaire, dans sa version originale, repose sur l’action d’une banque centrale pour augmenter immédiatement le pouvoir d’achat des consommateurs. On le surnomme le “QE du peuple”, par opposition au Quantitative easing(assouplissement quantitatif, ndlr) dont ont bénéficié les banques commerciales ces dernières années. “Il est assez facile de comprendre l’intérêt politique du concept, notamment en période de troubles”, explique Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank. “En un peu plus d'une décennie, nous sommes passés du sauvetage des banques au sauvetage des PME et de tout le reste à tout prix”, rajoute-t-il.

Géré par les États plutôt que les banques centrales

L’hélicoptère monétaire dans sa forme classique implique de la création monétaire et donc un alourdissement du bilan de la banque centrale et une pression inflationniste. Il pose également la question de l’indépendance des banques centrales vis-à-vis des États. Ainsi, la version qui devrait être proposée aux États-Unis exclura la Réserve fédérale. “Le vrai hélicoptère monétaire avec un rôle moteur de la banque centrale, on n’y est pas et on n’y arrivera pas de sitôt, prévient Christopher Dembik, en revanche les mesures de distribution d’espèces se rapprochent de l’hélicoptère monétaire, c’est la même philosophie”.

Concrètement, l’administration américaine devrait envoyer de l’argent directement aux ménages au lieu de leur accorder une baisse des charges ou un crédit d’impôt. C’est plus efficace car cela se traduit, en théorie, immédiatement dans la consommation. “Pendant la crise sanitaire, cela peut faire sens de donner de l’argent aux ménages pour relancer la demande et ainsi aider les entreprises, sachant que le coronavirus est principalement un choc de demande”, explique Christopher Dembik. Le financement d’un tel projet passera par une augmentation de la dette publique, elle-même financée par l’émission d’obligations d’État, majoritairement acquises par les banques centrales.

Très risqué pour l'avenir d'actionner cet outil ésotérique

“Les banques centrales ont fait leur maximum au cours des deux dernières semaines pour s'assurer que la liquidité afflue sur le marché et que les taux d'intérêt restent à des niveaux bas, souligne Christopher Dembik, le problème est que les taux d'intérêt bas n'entraînent pas automatiquement une reprise significative de l'investissement et de la consommation privés.” En dépit des taux planchers, la demande et les PME sont étranglées par des problèmes de trésorerie et surtout par un manque de confiance en l’avenir. D’où la nécessité d’un petit coup de pouce, mais celui-ci n’est pas sans risques.

“Les personnes qui ont perdu leurs revenus dépenseront cet argent, mais il y aura toujours des fuites avec un tel mécanisme. Qui nous dit que cet argent ne sera pas épargné ou dépensé plus tard”, questionne Alexandre Delaigue, professeur d'économie à Lille I. “Pour qu’un tel dispositif soit efficace, il faudrait cibler ceux qui travaillent dans les secteurs les plus sinistrés par la crise, quitte à leur donner plus et un peu moins aux autres voire rien du tout”, souligne-t-il. “Par ailleurs, je doute que ces chèques aient un impact immédiatement, l’activité est à l’arrêt et les États doivent avant tout soutenir l’hibernation de l’économie le temps de la pandémie et éviter les faillites”, rajoute l’économiste. “Néanmoins si ce dispositif est prêt pour le jour où l’économie redémarrera alors il sera utile”, estime Alexandre Delaigue. 

À long terme, une fois passée la crise du coronavirus, un tel dispositif pourrait poser un problème de cohérence politique pour les gouvernements. Son caractère ésotérique, un chèque tombé du ciel, aura créé un précédent qu’il sera difficile à justifier. “Si c’est arrivé une fois, pourquoi ne pas l’actionner à nouveau quand ça ira mal ?”, se demande Alexandre Delaigue.

Source : Capital.fr