Procédure de destitution contre Donald Trump : le président américain fustige un «coup d’Etat»

Jeudi, 3 octobre, 2019 - 14:34

Sous le coup d'une procédure de destitution lancée par les démocrates, Donald Trump continue de se défendre d'avoir exercé des pressions sur son homologue ukrainien. Il a dénoncé sur Twitter un «coup d'Etat» visant à «retirer le pouvoir au peuple».

Le président américain a fermement répondu sur Twitter, ce 2 octobre, aux membres du parti démocrate voulant ouvrir une enquête contre lui afin d'aboutir à sa destitution. «Plus j’en apprends chaque jour, plus j’en arrive à la conclusion que ce qui se joue n’est pas un impeachment [procédure permettant de destituer le président en exercice], mais un coup d’Etat destiné à retirer le pouvoir au peuple, à leur vote, à leurs libertés, à leur deuxième amendement et à leurs droits hérités de Dieu en tant que citoyens des Etats-Unis d’Amérique», a tempêté le 45e président américain sur le réseau social.

Les démocrates, emmenés par Eliot Engel, Adam Schiff et Elijah Cummings, reprochent à Donald Trump d’avoir demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d’une conversation téléphonique, d’enquêter sur les activités d’Hunter Biden, deuxième fils de l’ancien sénateur Joe Biden, lors de son passage au sein d’un groupe gazier ukrainien, alors que son père était encore le vice-président de Barack Obama. Joe Biden avait avoué, lors d'une intervention au Council of Foreign Relations début 2018, avoir menacé le président ukrainien Petro Porochenko, en mars 2016, de retirer un prêt d'un milliard de dollars à Kiev s'il ne licenciait pas immédiatement le procureur général Viktor Chokine. Ce dernier supervisait une vaste enquête de corruption sur la société de gaz naturel Burisma Holdings qui employait le fils cadet de Joe Biden en tant que membre du conseil d'administration.

Une manœuvre politique des démocrates ?

Répondant aux nombreuses injonctions du camp démocrate, le secrétaire d’Etat Mike Pompeo s’est fendu, le 1er octobre, d’une lettre virulente à l’adresse de la Chambre des représentants. «Je m'intéresse aux aspects de votre demande [...] qui ne peuvent être compris que comme une tentative d'intimidation et de traitement abusif des professionnels du département d'État», a-t-il fait valoir dans son texte, considérant comme «pas faisable» la possibilité que le Congrès commence les auditions de cinq diplomates susceptibles de fournir des informations complémentaires sur cette affaire dès ce 2 octobre. «Les dates proposées pour les dépositions ne donnent pas suffisamment de temps au ministère et à ses employés pour se préparer convenablement», a-t-il ajouté. Il n’a néanmoins pas refusé clairement de se soumettre à la demande des parlementaires.

Le secrétaire d’Etat américain, membre clef de l’administration Trump qui faisait partie des personnes ayant eu accès aux échanges avec le président ukrainien, fait également l’objet d’une injonction formelle de trois commissions du Congrès afin qu’il livre des documents nécessaires à l’enquête. Parmi les cinq diplomates convoqués, on retrouve Marie Yovanovicth, ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Kiev, Georges Kent, secrétaire d’Etat adjoint chargé des Affaires européennes, Gordon Sondland, ambassadeur après de l’Union européenne, Ulrich Brechbuhl, conseiller de Mike Pompeo et Kurt Volker, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine. Ce dernier avait annoncé sa démission le 27 septembre.

Dans une lettre cosignée par Eliot Engel, Adam Schiff et Elijah Cummings, adressée le 1er octobre au département d’Etat, les présidents des commissions des Affaires étrangères, du Renseignement et de Supervision de l’exécutif, ont sommé Mike Pompeo de «cesser d’intimider les témoins du département d’Etat pour se protéger et protéger le président», rappelant que celui-ci était «maintenant un témoin direct dans l’enquête». Ils ont précisé que les efforts déployés afin d’empêcher des témoins de s’entretenir avec les élus étaient «illégal et constituera[it] une preuve d’entrave à l’enquête de destitution.

«De graves questions en termes de légitimité et de constitutionnalité»

Lui aussi sommé de livrer certains documents au Congrès, Rudy Giuliani, avocat personnel de Donald Trump, a relevé le 1er octobre sur Twitter que la demande des démocrates soulevait «de graves questions en termes de légitimité et de constitutionnalité ».

Le 30 septembre, toujours sur le réseau social, Donald Trump s’était lui demandé si Adam Schiff, l’élu démocrate du Congrès qui supervise l’enquête sur les supposées pressions exercées sur Volodymyr Zelensky, ne devrait pas être «arrêté pour trahison». Le lendemain, il avait mis en ligne une carte des Etats-Unis illustrant les résultats démocrates et républicains lors de la dernière présidentielle de 2016, comme un défit adressé à ceux qui souhaitent sa destitution.

De plus, le président américain etson homologue ukrainien réfutent tous deux ces accusations. «Le président ukrainien a dit que je ne l'avais pas contraint à faire quoi que ce soit de mal. Il ne peut y avoir de meilleur témoignage que ça», s’était réjoui Donald Trump, le 27 septembre sur Twitter. Le même jour, dans une intervention face à des diplomates, dont l'agence Bloomberg a publié une vidéo, il avait estimé que la personne qui avait transmis au lanceur d'alerte ces informations, que Donald Trump juge erronées, était «proche d'un espion».

Donald Trump cherche par ailleurs à connaitre l’identité de ce fameux lanceur d’alerte, qui l’accuse d’avoir sollicité l’ingérence de l’Ukraine dans l’élection présidentielle prévue pour 2020. Plusieurs élus, démocrates comme républicains, l’ont toutefois mis en garde contre toute tentative de menace sur cette personne, que les médias américains décrivent comme un analyste de la CIA. «Cette personne semble avoir respecté toutes les lois de protection des lanceurs d’alerte et elle doit être écoutée et protégée», a tenu à rappeler le sénateur républicain Chuck Grassley.

Source :RT France