Le Professeur Delfraissy : chef des branquignols ou chef des rats qui quittent le navire ?

Jeudi, 25 février, 2021 - 18:47

Il faut avouer que les occasions d’une franche rigolade fournies par la crise du covid sont assez rares. C’est donc l’occasion de saluer un article paru le 18 février dans l’éminente revue scientifique The Lancet [vous vous rappelez certainement la farce dite du Lancetgate à l’occasion de la publication d’un article laissant entendre une mortalité de 10% parmi les gens atteints du covid et soignés avec de l’hydroxychloroquine, article vite supprimé] et signé par cinq scientifiques forcément éminents puisque tous membres du macroneux Conseil scientifique [vous vous rappelez certainement aussi le soutien enthousiaste et durable apporté par certains membres de cette institution à l’usage du Remdesivir pour le traitement du covid] entraînés par son chef, le Professeur Delfraissy

Titre du papier : « Immune evasion means we need a new COVID-19 social contract”. Traduction libre (c’est l’intérêt de la langue anglaise d’enquiller bout à bout des mots auxquels, au final, chacun accorde le sens qu’il veut) : “La volatilité d’immunité implique un nouveau contrat social par temps de COVID-19 ». Précision fière apportée dans l’article par les signataires : « We are members of the French COVID-19 Scientific Council”, ce qui n’a pas besoin de traduction.

Qu’apprend-on dans ce papier (dont l’existence a été relevée opportunément par un tweet de Mme Martine Wonner, psychiatre et député) ?

Tout d’abord, le rappel que tout le monde s’est focalisé sur la recherche de l’immunité collective qui devrait être apportée tant par les contaminations que par les vaccinations. Mais les auteurs constatent cette immune evasion, a virological game changer, qui seraient pour partie liée à l’existence des variants, et qui donc bouleverse les plans : « Dealing with immune evasion will require a re-evaluation of public health strategies ». La fin de cette crise sanitaire globale, que l’on souhaitait fondée sur un bon niveau d’immunité collective risque donc d’être continuellement décalée si l’immunité est volatile (“The fervently awaited end of this global health crisis might be continually postponed »). Donc, une mauvaise nouvelle.

Qu’ajoutent alors ces éminentes personnalités de ce Conseil scientifique que le monde nous envie certainement ? Prenons juste le temps de rappeler d’abord que :

1) lors du premier confinement, ce conseil scientifique avait préannoncé « de 300 000 à 500 000 morts en France en l’absence de mesures d’endiguement ». Interrogé début avril 2020, M.Delfraissy expliquait en réponse à la question « Où en est-on après trois semaines de confinement ? Faut-il poursuivre l’effort? » : « Oui, poursuivons le confinement et soyons stricts sur ce confinement ». Et à l’approche du déconfinement, il avait souhaité devant le Sénat poursuivre l’obligation du confinement après le 11 mai pour les 18 millions de français les plus âgés, sans compter son hostilité à la réouverture des établissements scolaires.

2) dans la période ayant précédé le second confinement, M.Delfraissy avait trompetté que le gouvernement allait «être obligé de prendre un certain nombre de décisions difficiles, dans les huit à dix jours maximum».  Le président du Conseil scientifique a alors également exprimé le « regret» concernant la gestion de l’épidémie de «ne pas avoir poussé plus à un confinement de quelques jours avant, qui nous aurait fait gagner un peu de temps».

3) lors des débats à l’occasion d’un éventuel troisième confinement, le 24 janvier 2021 sur BFM TV, le superbe Professeur Delfraissy avait indiqué : « « Si nous continuons sans rien faire de plus, nous allons nous retrouver dans une situation difficile à la mi-mars ». Il invite alors à prendre exemple sur les voisins irlandais et britanniques qui ont choisi de reconfiner et qui commencent à obtenir des résultats. « Il faudra probablement aller vers un confinement« .

Et alors que disent-ils tous dans l’article, et c’est là que se déclenche l’hilarité promise ? Première chose : il est temps d’arrêter avec des approches fondées sur la peur et un confinement généralisé au petit bonheur la chance comme principale réponse (« It is time to abandon fear-based approaches based on seemingly haphazard stop-start generalised  confinement as the main response to the pandemic »).  Deuxième chose :

 

« L’impact du confinement général a été dévastateur pour toute l’économie, avec encore le pire à venir pour le niveau du chômage et de la dette nationale. Les conséquences sociales et sanitaires (y compris sur la santé mentale) sont aussi colossales, particulièrement pour les jeunes générations, alors même qu’elles étaient peu concernées par les risques de mortalité liée à l’épidémie » (« The impact of general confinement on entire economies has been devastating, with worse still to come in levels of unemployment and national debt. Social and health (including mental health) consequences are also colossal, in particular for the younger generations, despite them being at low risk in terms of morbidity and mortality from SARS-CoV-2 infection”).

Et donc, ces bonnes âmes d’appeler (au bout d’un an…) à une nouvelle approche fondée sur

un contrat social, clair et transparent, s’appuyant sur les données disponibles et appliqué avec précision selon les cibles générationnelles… Utiliser une approche de confinement général de type start/stop n’est plus faisable. (« Crucially, the new approach should be based on a social contract that is clear and transparent, rooted in available data, and applied with precision to its range of generational targets… Using stop-start general confinement as the main response to the COVID-19 pandemic is no longer feasible »).

Et cela se termine par une sorte d’auto-glorification : « Nous, scientifiques, devons avoir le courage d’informer les politiques” (« We scientists working against COVID-19 must have the courage to address those in power »).

Résumons : ces membres du Conseil scientifique (dont le Professeur Raoult dit dans son dernier livre tout juste paru Carnets de guerre COVID-19 « Un conseil scientifique fait de gens qui ne sont pas de très grands scientifiques ni de très grands praticiens au quotidien (p.112) ; ce conseil scientifique est un dérivé du conseil REACTing de l’INSERM, avec quelques représentants de l’Institut Pasteur qui ne représentent pas réellement les experts les plus performants dans le domaine des maladies transmissibles (p.151)), qui n’ont pas cessé d’inquiéter, se rendent compte maintenant du désastre annoncé par certains depuis le début des considérations sur le confinement général ; ils pondent un papier qui tient plutôt d’un bavardage vaguement socio-politique que du discours scientifique ; ils n’évoquent toujours pas, bien sûr, le déploiement de traitements ; et  ils s’estiment en plus hautement courageux d’écrire ce papier ! Quant à un début de mea culpa, on repassera bien évidemment.

Finalement, il n’est pas interdit à des rats quittant le navire d’être en même temps des branquignols.

Ceci étant, gaudeamus : le spectre d’un nouveau confinement général s’éloigne peut-être un peu plus.

 

Source : Salon Beige