Avec 42 migrants à bord, le Sea-Watch menace de forcer le blocus italien …mais Salvini tient bon

Mercredi, 26 juin, 2019 - 11:44

La tension monte en Italie entre le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, et l’ONG allemande Sea-Watch, dont l’un des navires a recueilli une cinquantaine de migrants, le 12 juin dernier.

En Italie, la problématique migratoire s’impose plus que jamais au centre de l’actualité. Après l’épineux dossier de l’Aquarius et l’incident du navire Elhiblu1 , détourné par des réfugiés pour ne pas rentrer en Libye, c’est au tour du Sea-Watch 3 d’être l’objet de vives tensions. Ce bateau humanitaire appartient à l’ONG allemande du même nom qui fait parler d’elle depuis le début de l’année. À chaque fois ou presque, le même schéma est reproduit: les réfugiés sont sauvés, mais l’embarcation ne peut accoster nulle part. Ainsi, le bras de fer est engagé avec les différents pays concernés, dont l’Italie, son truculent ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini et sa politique ferme vis-à-vis des migrants.

Le 12 juin dernier, le Sea-Watch 3 a secouru 53 migrants à la dérive à bord d’un canot pneumatique, au large de la Libye. Enjointe par l’Italie à «faire route vers Tripoli», l’ONG a assuré qu’il ne s’agissait pas d’un «port sûr». «Il est criminel de renvoyer des gens secourus vers un pays en guerre», s’est indigné l’association. Dans la foulée, Matteo Salvini a publié un décret ordonnant aux forces de l’ordre de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le transit du bateau dans les eaux territoriales. «Le navire avait le feu vert des autorités libyennes pour débarquer, l’attitude de Sea-Watch ressemble à une véritable séquestration de personnes pour des raisons politiques. Ils polémiquent avec le Viminale (le ministère de l’Intérieur) sur le dos des migrants», s’était-il insurgé.

Aide à l’immigration clandestine

 

Faisant fi des injonctions italiennes, Sea-Watch 3 s’est donc dirigé vers le Nord et l’île de Lampedusa. Voyant la polémique enfler, Matteo Salvini a autorisé, le 15 juin, le débarquement de onze personnes jugées vulnérables: enfants, femmes, malades. Reste 42 migrants, maintenant bloqués depuis près de deux semaines en mer. Mardi, la capitaine du navire, Carola Rackete, a donné une interview au quotidien La Repubblica , dans laquelle elle a déclaré vouloir forcer le blocus italien. «Je vais entrer dans les eaux italiennes et les porter en lieu sûr à Lampedusa», assure-t-elle.

Avant d’exécuter ses menaces, la jeune femme de 31 ans a dit vouloir attendre la décision de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), saisie par l’ONG afin de prendre des «mesures provisoires» pour les recueillir. Mais la juridiction internationale a refusé mardi d’intervenir, tout en demandant à l’Italie de «continuer de fournir toute assistance nécessaire» aux personnes vulnérables à bord. Quant à Carola Rackete, elle risque des poursuites pour aide à l’immigration clandestine et une amende de 50.000 euros conformément au décret pris par Salvini. Le Sea-Watch 3 pourrait par ailleurs être définitivement saisi.

«Maintenant basta!»

 

Matteo Salvini, lui, n’a pas tardé à s’indigner des déclarations de la capitaine du navire humanitaire, dont le pavillon bat aux Pays-Bas. «En ce qui me concerne, le Sea-Watch n’arrivera pas en Italie, il peut rester là jusqu’à Noël et le Nouvel An», a répliqué le leader d’extrême droite. «Cela fait 13 jours, ils auraient eu le temps d’aller aux Pays-Bas et de revenir», a-t-il ajouté, en accusant l’association de tenir les migrants «en otage» à des fins de provocation politique. «Maintenant basta! Quoi que nous dise Strasbourg, avec une grande sérénité, nous maintiendrons notre ligne (...). Imaginez si un pays comme l’Italie, la deuxième puissance industrielle d’Europe, se laissait dicter les règles sur l’immigration par une ONG», a-t-il insisté.

 

Cette vive montée de tensions a en outre provoqué une vague de solidarité en Italie. Même le curé de Lampedusa, fief de la Ligue de Salvini - il y avait obtenu 45% des voix lors des européennes de mai dernier - a réclamé le débarquement des 42 migrants encore retenus en mer. Symboliquement, ce dernier campe depuis plusieurs jours sur le parvis de son église. L’évêque de Turin, Cesare Noviglia, a aussi proposé de les prendre en charge, tout comme des dizaines de municipalités allemandes.

 

Source : Le Figaro