Voici pourquoi la Chine a besoin de plus d’armes nucléaires

05.07.2021

La Chine ajoute davantage de missiles nucléaires intercontinentaux (ICBM) aux maigres 200+ dont elle dispose actuellement :

« La Chine a commencé la construction de ce que des experts indépendants considèrent comme plus de 100 nouveaux silos pour missiles balistiques intercontinentaux dans un désert près de la ville de Yumen, dans le nord-ouest du pays, une frénésie de construction qui pourrait signaler une expansion majeure des capacités nucléaires de Pékin…

L’acquisition de plus de 100 nouveaux silos à missiles, si elle est menée à bien, représenterait un changement historique pour la Chine, un pays qui est censé posséder un stock relativement modeste de 250 à 350 armes nucléaires. Le nombre réel de nouveaux missiles destinés à ces silos est inconnu, mais il pourrait être bien inférieur. La Chine a déjà déployé des silos leurres par le passé ».

La distance minimale entre les silos sur la photo est d’environ 3 km.

Dans les années 1970, les États-Unis ont développé un concept appelée le jeu des faux obus ICBM et ont réalisé une vidéo utile pour l’expliquer. Pour protéger les missiles d’une première frappe annihilante, un grand nombre de silos restent vides et seuls quelques missiles y sont placés. Pour attaquer ce nouveau champ de missiles à 119 trous en Chine, les États-Unis devraient tirer au moins 119 têtes nucléaires sur eux pour être sûrs qu’il ne reste aucun missile pouvant riposter. Si la Chine ajoute une défense antimissile pour protéger ce champ, les États-Unis devront alors tirer environ trois fois plus de têtes nucléaires pour être sûrs que chaque silo soit détruit. Tout cela pour détruire une poignée d’armes seulement. À ce jeu, les chiffres s’additionnent vite pour rapidement devenir très coûteux.

« Jeffrey Lewis, un expert de l’arsenal nucléaire chinois et membre de l’équipe qui a analysé les sites suspects, a déclaré que les silos étaient probablement destinés à un missile chinois connu sous le nom de DF-41, qui peut transporter plusieurs ogives et atteindre des cibles situées à plus de 10 000 km, ce qui pourrait mettre le continent américain à sa portée. Les principaux travaux d’excavation sur les sites ont commencé au début de l’année, même si les préparatifs étaient probablement en cours depuis des mois, selon M. Lewis ».

Les rédacteurs du journal chinois Global Times s’inscrivent en faux contre la déclaration de Lewis sur le DF-41 et montrent qu’ils ne maitrisent pas l’aspect technique du domaine des armes nucléaires stratégiques. Son rédacteur en chef, Hu Xijin, écrit :

« On ignore si les sites de construction mentionnés par le Washington Post sont réellement des silos pour missiles balistiques intercontinentaux. Mais je dois dire que Lewis est un amateur. En réalité, le DF-41 est un missile balistique intercontinental routier à propergol solide et l’un de ses principaux avantages est sa mobilité et sa vitalité. Il n’y a donc aucun intérêt à le mettre dans un silo. Lewis ne comprend pas les caractéristiques de base du DF-41 et devrait éviter de le montrer aux médias ».

C’est tellement faux que ça en fait mal.

D’une part, le Dr Jeffrey Lewis est LE spécialiste du contrôle des armements et directeur du programme de non-prolifération en Asie de l’Est au Center for Nonproliferation Studies, qui fait partie du Middlebury Institute of International Studies. Il en sait probablement plus sur les missiles que Hu Xijin n’en saura jamais.

La différence entre les missiles à combustible solide et ceux à combustible liquide est le temps de réaction. Les États-Unis possèdent environ 450 missiles balistiques intercontinentaux basés dans des silos. Ces missiles ont été baptisés « Minuteman » parce qu’ils sont alimentés en combustible solide et peuvent donc être tirés en quelques minutes. Les missiles à carburant liquide prennent du temps à préparer car le réservoir n’est rempli de carburant que peu de temps avant le lancement. Ils sont assez dangereux pour leurs équipages, car les combustibles liquides ont tendance à être assez corrosifs et explosifs. Cela n’a pas beaucoup d’importance pour les opérations spatiales, mais c’est très gênant pour toute application militaire.

Une deuxième force de frappe doit être prête à être lancée dès qu’une première frappe hostile est détectée. Sinon, il n’y a plus personne pour la lancer.

Lewis voit de bonnes raisons pour la Chine d’étendre son arsenal :

« Nous pensons que la Chine développe ses forces nucléaires en partie pour maintenir une force de dissuasion capable de survivre à une première frappe américaine en nombre suffisant pour vaincre les défenses antimissiles américaines ».

Un éditorial du Global Times est d’accord avec ce raisonnement :

« Les États-Unis veulent que la Chine s’en tienne à sa ligne basée sur la dissuasion minimale. Il est vrai que la Chine a déclaré qu’elle maintenait ses capacités nucléaires au niveau minimum requis pour la sécurité nationale. Mais le niveau minimum change en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire de la Chine. La Chine a été définie comme le principal concurrent stratégique par les États-Unis et la pression militaire américaine sur la Chine n’a cessé d’augmenter. Par conséquent, la Chine doit accélérer le renforcement de sa dissuasion nucléaire pour freiner l’impulsion stratégique des États-Unis. Nous devons construire une capacité crédible de deuxième frappe nucléaire, qui doit être garantie par un nombre suffisant d’ogives nucléaires ».

Il ajoute ensuite une remarque qui renvoie à un scénario potentiel de la vie réelle :

« La situation de la Chine en matière de sécurité évolue rapidement. Les États-Unis ont l’ambition stratégique de soumettre la Chine. En cas de confrontation militaire entre la Chine et les États-Unis sur la question de Taïwan, si la Chine dispose d’une capacité nucléaire suffisante pour dissuader les États-Unis, cela servira de fondement à ce que la Chine puisse exercer sa volonté nationale. Nous sommes confrontés à des environnements et des risques différents de ceux du passé. Les méthodes de calcul du niveau minimum doivent également être différentes. Peu importe ce que disent les États-Unis, la Chine doit être sobre et ferme sur ce qu’elle doit faire ».

Si les États-Unis envoient des navires pour empêcher la Chine de réintégrer Taïwan, ils pourraient essayer d’empêcher la Chine de les attaquer en la menaçant d’une attaque nucléaire. Si la Chine dispose d’une capacité de seconde frappe crédible, cette menace américaine devient vide de sens. Aucun président américain ne risquera New York pour protéger Taipei.

La construction du nouveau champ de silos à missiles n’a été lancée qu’au début de cette année et s’est poursuivie à un rythme rapide. La Chine semble estimer qu’elle n’a pas de temps à perdre avant que les États-Unis ne prennent des mesures en faveur de l’indépendance de Taïwan. Cela deviendrait immédiatement un problème militaire. Ce nouveau champ de missiles pourrait contribuer à modifier les plans étatsuniens.

par Moon of Alabama.

Source : Le Saker Francophone