UE-Turquie: les relations complexes

18.03.2016

Lors des dernières négociations entre la Turquie et l'Europe, le président Erdogan a lancé un diktat à cette Union européenne intrinsèquement faible, il faut bien le dire, et défaillante. Je l'avais appelée une fois la grosse méduse molle, et je crois que j'avais tapé juste.

Après avoir obtenu, en novembre dernier, trois milliards d'euros pour tarir le flux de migrants, promesse évidemment restée sans suite, il réclame aujourd'hui six milliards pour le faire. La preuve des promesses non tenues se lit d'ailleurs dans les chiffres: en janvier 2016, douze fois plus de migrants en provenance de Turquie ont débarqué en Grèce, comparé à janvier 2015.

Erdogan vous roule dans la farine, Erdogan vous fait chanter. Il va même jusqu'à exiger aujourd'hui, la suppression des visas pour permettre à ses ressortissants de rejoindre l'Union européenne et, enfin, l'accélération du processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, en récompense de sa non-coopération.

La preuve est faite que l'Union européenne ne rend pas plus fort. Elle génère, au contraire, un flou permanent et une faiblesse mortifère, dont M. Erdogan profite largement. Il vous montre chaque jour le peu de cas qu'il fait de vos leçons de morale, puisqu'en raison de vos choix irresponsables, vous l'avez rendu hyperpuissant. Ainsi, un grand journal d'opposition turc a été envahi la semaine dernière par des policiers, qui ont chassé les journalistes à coups de canons à eau et de gaz lacrymogènes, l'armée turque bombarde les Kurdes en Syrie – je vous rappelle que les Kurdes sont les plus farouches adversaires de Daech et d'Al-Qaïda –, la Turquie a tiré sur un avion russe, elle participe à la contrebande du pétrole de Daech – ce que vous refusez de regarder en face –; et, enfin, elle est déstabilisée par de multiples attentats sur son sol, causés par les grosses erreurs de politique intérieure et extérieure de M. Erdogan.

Est-ce bien ce pays que vous voulez intégrer dans l'Europe?

Pour finir, rappelons qu'un pays a trouvé une solution efficace pour stopper les crises migratoires. Il s'agit, bien sûr, de l'Australie. Une large campagne de publicité a été menée dans tous les pays d'émigration pour prévenir que les clandestins et les bateaux seraient systématiquement reconduits dans leur pays d'origine, et tel est le cas. Cette politique claire et ferme a produit des résultats indiscutables. Alors soyons pragmatiques, responsables, adoptons-la. Créons autant de filtres que possible en remettant en place des frontières nationales solides! Créons, sous l'égide de l'ONU, des camps de réfugiés protégés en Syrie ou dans les pays proches de la Syrie, pour fixer les réfugiés de guerre dans des conditions décentes. Tout le monde sera gagnant: les Européens, qui n'en peuvent plus, ne seront plus submergés par des phénomènes migratoires ingérables, les migrants qui ne seront plus attirés par de fausses promesses, avec le risque de mort et l'enlisement au bout du voyage.