Macron et Poutine : l’hyper-personnalisation du discours macronien

28.08.2019

Après M. Macron dans un bain de foule ouvert aux porteurs d’un petit bracelet vert (comme pour les résidents d’un camping), après M. Macron à la pizzeria, après M. Macron portant des dossiers pour montrer qu’il travaille, après M. Macron évoquant Georges Clémenceau lors d’une courte allocution à Bormes-les-Mimosas (ce Georges Clémenceau qui écrivait : « Nous devons à nos mères, à nos pères et à nos enfants de tout épuiser pour sauver le trésor de vie française que nous avons reçu de ceux qui nous précédèrent et dont nous devrons rendre compte à ceux qui nous suivront »), nous avons eu M. Macron accueillant M.Poutine au fort de Brégançon.

Il semblait prendre plaisir à cet exercice typique d’une diplomatie bilatérale qu’il reproche pourtant quand d’autres que lui le pratiquent, à considérer la gourmandise sérieuse avec laquelle il énumérait l’ordre du jour (« l’agenda » dans son franglais) de sa réunion devant quelques officiels et journalistes, pour démarrer une sorte de mini-conférence de presse. Il sait qu’il a là une tribune pour étoffer son blason de grand stratége dans le concert des nations, et à effet d’abord intérieur. Rien ne vaut la diplomatie pour s’extraire du poids du quotidien.

Cet exercice conjoint, d’environ trois quart d’heures, a mis en lumière une profonde différence de style entre M. Macron et M. Poutine.

On ne fera pas reproche à M.Macron de profiter de l’occasion pour décocher une petite leçon gratuite à destination des journalistes (« Le deuxième élément, ce serait de se demander ce qui se passerait si on faisait différemment. C’est toujours la question qu’on doit se poser sur un plan géopolitique ») ; on ne lui en voudra pas de s’auto-attribuer un certificat de modestie (« A l’échelle de nos nations, deux ans c’est peu de chose. Et j’ai cette humilité ») ; on ne chipotera pas sur la pertinence de son analyse de la pensée d’A.Soljenitsyne (« Soljenitsyne et toutes ces grandes consciences qui ont fait de la Russie une grande puissance des Lumières » sic ! ).

On s’étonnera simplement de l’approche de croyant utilisée par M.Macron dans son contact diplomatique. Pourquoi croyant ? Parce que, en environ 20/25 minutes, M.Macron a utilisé à 15 reprises l’expression « Je crois ». Dont 6 fois en la complétant : « Je crois très profondément ». Son credo, donc. A propos de tout :

« La Russie est européenne, je crois très profondément à cela ; je crois à cette souveraineté européenne ; sur le plan économique, je crois très profondément que les choses avancent ; se tourner le dos, est-ce que ce serait notre intérêt ? Je crois très profondément que non… »

Jusqu’à aller à redoubler le propos :

« Je crois très profondément aussi, ce à quoi je crois, ce que je veux faire pour notre pays et qui est au cœur de notre dialogue, c’est que l’Europe a à réinventer sa souveraineté ».

En parallèle, on l’aura noté, la démarche de M. Macron est entièrement personnelle, auto-centrée. C’est « je ».

Le contraste est frappant avec les propos de M. Poutine. Nonobstant les effets de traduction, à aucun moment M.Poutine n’emploie le verbe « croire ». Et presque tout le temps, M.Poutine emploie le pronom « nous » : « nous sommes préoccupés, nous respectons nos engagements, nous allons parler des conflits régionaux, nous souhaiterions organiser… ». Et ce n’est pas une sorte de formule de majesté puisque parfois M.Poutine indique : « je tiens à rappeler, à mon avis ; j’aimerais comprendre en détail la position française…. ». C’est donc l’expression au moins formelle d’une certaine collégialité.

N’est pas l’autocrate qui on croit. On serait volontiers tenté d’associer la méthode macronienne à une qualité (ou à une taille) d’ego. La question maintenant est de savoir si, dans le cadre d’une négociation, elle représente une force ou une faiblesse.

Source :Salon Beige