L’horizon s’éclaircit

08.09.2021

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.

Il y a des moments où des lueurs de clarté brillent à travers le brouillard de la guerre narrative. Le discours d’investiture du président Raïssi ce mois-ci a été l’une de ces lueurs d’espoir. L’Iran se repositionne stratégiquement : les années passées à essayer de trouver un modus vivendi avec l’Occident n’ont fait que démontrer aux deux partenaires de cette « liaison » peu romantique qu’une relation n’est tout simplement pas possible. En effet, comme l’a laissé entendre Raïssi, cela a non seulement manqué de couler l’Iran, mais l’a aussi laissé avec une maison en désordre. Raïssi doit d’abord remettre de l’ordre dans sa maison, a-t-il dit, puis ouvrir la diplomatie à un cercle d’interactions plus large et plus diversifié. Les huit dernières années ont été étouffantes. Il faut ouvrir une fenêtre.

Tout cela peut sembler quelque peu banal : une question de réorganisation intérieure. Cela peut donner cette impression, mais ce n’est pas le cas. C’est loin d’être banal. Précédée par le coup d’État de 1953, la révolution de 1979 a été un « os coincé dans la gorge des Américains » ; et la guerre de sept ans avec l’Irak, qui a suivi, n’a pas réussi à déloger cet « os ». Et maintenant, les espoirs américains d’enchaîner l’Iran avec les entraves de fer du JCPOA semblent avoir disparu à l’horizon.

Il s’agit ici du symbolisme plus large de ce moment – et de l’éclairage qu’il renvoie – sur une lacune clé non exprimée : ni les États-Unis, ni Israël (et bien sûr l’UE), n’ont la moindre idée d’un plan « B ».

Le caractère symbolique de ce point ne doit cependant pas être occulté par l’absence d’un plan « B » occidental. L’Iran est un « pivot » de la région et un « influenceur » du monde musulman. La Russie à Munich, puis la Chine à Anchorage, se sont lavées les mains de toute tentative de « diplomatie » transactionnelle avec l’Occident. Ce signal iranien d’aliénation – malgré des tentatives répétées – trouve un large écho.

La raison de ce manque de compréhension mutuelle n’est pas difficile à identifier : l’approche sous-jacente, profondément moralisatrice, de l’hyper-libéralisme particulier épousé par les élites occidentales a limité le discours politique à des positions morales simplistes, présentées comme évidentes et jugées moralement impeccables (aux yeux de cette élite métropolitaine).

Aujourd’hui, débattre du pour et du contre de la realpolitik n’est pas loin d’être une entreprise interdite. En effet, les changements dans le paradigme stratégique mondial, ou même les défis plus larges auxquels il est confronté, ne sont pas abordés de manière sérieuse. Car cela exigerait du réalisme et une compréhension stratégique que les leaders d’opinion occidentaux majoritaires rejettent comme défaitiste, voire immorale. Un plan « B » n’a donc jamais été envisagé – tant les élites étaient convaincues que l’Iran devait, bien entendu, choisir de réintégrer l’Ordre occidental.

Le discours de Raïssi constitue un défi particulier pour l’Occident, car il est fondé sur les valeurs de la révolution éthique qui sont à la fois étrangères et incompréhensibles pour cette élite métropolitaine.

Le problème de l’absence de plan « B » (étant donné les capacités de dissuasion de l’Iran) est toutefois crucial. La « guerre de l’ombre » d’Israël, les pressions exercées par les sanctions américaines et ses diverses tentatives de fomenter une « révolution de couleur » ont toutes échoué. Et la « grande guerre » est aujourd’hui au-delà des capacités de chacun. L’Occident en conclura que tout ce qui peut être fait, c’est de renforcer l’application des sanctions et de donner à Israël le « feu vert » pour poursuivre son entreprise d’attrition de l’Iran, en dépit de son échec patent.

Voici le dilemme : le repositionnement stratégique de Raïssi ne concerne pas seulement un rééquilibrage vers la Chine et la Russie ; son message était également celui du retour de la République iranienne à l’« indépendance » et à la « résistance » (contre les « puissances tyranniques »). Cela signifie que tout retour d’Israël à sa « guerre de l’ombre » contre l’Iran ne sera plus accueilli par une « patience stratégique », mais plutôt par des représailles réciproques calibrées : douleur pour douleur.

Tel est le risque. Un cycle orchestré par les Israéliens d’assassinats ou de sabotages dont ils pourraient nier en être les instigateurs – et auquel l’Iran riposterait – pourrait rapidement dégénérer en guerre.

Bien sûr, l’alternative évidente serait qu’Israël négocie une désescalade avec l’Iran. Mais il est peu probable que cela se produise, car l’ancien Premier ministre Netanyahou a poussé Israël si loin à droite – à la fois politiquement et culturellement – qu’Israël est acculé. Il ne peut plus résoudre la question palestinienne, que ce soit sous la forme de deux ou d’un seul État (après que les Palestiniens de 1948 se soient soulevés pour soutenir le Hamas lors de la récente guerre de Gaza), et encore moins trouver une solution à sa « guerre » avec l’Iran.

Les États-Unis ont un remède facile à proposer : se détourner du Moyen-Orient pour se tourner vers la Chine. Mais que peut faire Israël ?

Source Réseau International