L'Europe moderne : multiculturalisme ou multiterrorisme?

19.11.2020
De toute évidence, il semble que nous ayons affaire à un choc des civilisations, dans lequel les victimes sont le plus souvent les habitants de l'Europe éclairée, et les auteurs sont issus du segment islamiste du monde musulman.

Les récents événements tragiques à Vienne ont à nouveau rempli les fils d'information européens de gros titres d'une «guerre non déclarée». Malheureusement, des manchettes comme celles-ci deviennent de plus en plus courantes : il s’agit de la quatrième attaque au cours des six derniers mois qui a été classée par les autorités comme un acte de terrorisme fondé sur la haine religieuse. L'attaquant, qui avait déjà été condamné à une peine de prison de 22 mois pour avoir tenté de se rendre en Syrie pour rejoindre des militants, a été libéré après avoir purgé seulement la moitié de sa peine. Moins d'un an plus tard, il est descendu dans les rues de Vienne et a commencé à tuer des passants. Cela s'est pourtant produit en Autriche, un pays souvent présenté comme un exemple pour son programme efficace de déradicalisation des jeunes islamistes.

De toute évidence, il semble que nous ayons affaire à un choc des civilisations, dans lequel les victimes sont le plus souvent les habitants de l'Europe éclairée, et les auteurs sont issus du segment islamiste du monde musulman. De même, à Nice, les victimes étaient les paroissiens de l'Église catholique, et à Vienne, les membres d'une synagogue. On a l'impression que l'islamisme radical met à l'épreuve les notions européennes traditionnelles de tolérance.

Avant tout, il est nécessaire de replacer les faits dans leur contexte historique. Qu'a fait l'Europe pour dédommager les peuples de ses anciennes colonies ou territoires soumis par des siècles d'oppression et d'exploitation? Elle a ouvert ses frontières et mis ses ressources économiques et sociales à la disposition des immigrés. Si des personnes de cultures différentes venaient autrefois en Europe et s'efforçaient de s'intégrer dans la société européenne en assimilant, ne serait-ce que partiellement les valeurs européennes, les nouveaux arrivants n’essaient même plus de devenir européens. De plus, on a convaincu avec succès les européens du besoin de repentance et d’expiation pour le simple fait d’être ce qu’ils sont.
C'est ainsi que s'est développé le premier paradoxe: «Pour être un vrai Européen, il faut arrêter d'être Européen». Et le deuxième paradoxe qui a suivi le premier: que la tolérance et la repentance pour l'ère du colonialisme et de l'oppression sont devenues sous nos yeux une forme de suicide culturel et civilisationnel.
Pendant de nombreuses générations, ma famille a été témoin de l'effondrement de la civilisation européenne, une civilisation qui était autrefois chrétienne, mais qui a choisi de rompre son lien avec le passé. Selon moi, en s'éloignant du système de valeurs de la morale chrétienne et d'un ordre mondial chrétien, en abandonnant la forme monarchique de gouvernement dans la plupart des pays européens, l'Europe touche au déclin de sa force spirituelle, cessant d'être le phare vers lequel les pays en voie développement et les peuples tournaient leurs regards. Il en va ainsi sous l’ère de la démocratie libérale.

La principale réalisation de cette nouvelle ère a été l'unification des États européens en une structure commune engendrant le phénomène de multiculturalisme. Le terme lui-même n'est en rien à blâmer, mais comme il désigne essentiellement une concession unilatérale de l'Europe, la réaction des communautés de migrants sans cesse grandissantes à son égard est malheureusement prévisible. Il s'avère que le multiculturalisme, qui a longtemps été considéré par les politiciens européens comme la clé pour relever les défis de la coexistence pacifique entre différentes nationalités et religions, n'est valable et réalisable que de nom.

Le fait est que la communauté de migrants est en constante évolution. Outre la croissance du fondamentalisme, souvent enflammé de l'extérieur (ceux qui trouvent leurs intérêts en attisant ces flammes), les immigrés se retrouvent dans un vide culturel : ils reçoivent un soutien matériel et des services sociaux de leur nouvelle « patrie », mais la société occidentale s'avère impuissante à combler le vide spirituel qui apparaît inévitablement dans l'âme de ces  «nouveaux Européens» vivant si loin de leurs racines - leurs pays d'origine.

Les immigrés arrivent en Europe à la recherche de meilleures conditions de vie et d'un avenir plus prometteur pour leurs enfants. Parmi eux se trouve des milliers de familles musulmanes. Leur religion, l’islam, n’est pas le moteur des manifestations, et encore moins des attaques terroristes. Ou du moins c'était vrai autrefois, mais plus maintenant. Nous assistons aujourd'hui à une radicalisation de segments de l'islam - un virage vers le fondamentalisme islamiste, qui transforme l'Europe non pas seulement en un feu qui couve, mais plutôt en un volcan prêt à éclater. Et le risque de vivre dans un nouveau Vésuve et de devenir le nouveau Pompéi est très élevé pour l’Europe d’aujourd’hui.

En réponse aux attaques terroristes, les représentants du gouvernement ont promis de renforcer les mesures de sécurité, de durcir les contrôles d'immigration et de développer un système plus complet de prévention du crime. Cependant, ni les capitales européennes, ni Bruxelles n'ont pris la décision d'appeler le problème par son nom, un problème qui a déjà atteint une échelle paneuropéenne. C’est parce que les racines du problème doivent être recherchées dans les différences fondamentales de vision du monde entre les habitants autochtones de l’Europe et certains migrants de pays musulmans, même si ces derniers appartiennent à la troisième ou quatrième génération. Ce que sont pour certains les valeurs généralement acceptées d'une société libre et laïque, sont pour d'autres une manifestation d'un manque de respect pour leur culture et leur foi. L’éthique laïque et la tolérance illimitée de l’Europe moderne d’aujourd’hui ne rentrent pas dans l’image du monde islamiste. C'est la raison de l'apparition de ceux qui expriment leur sentiment d'aliénation par des actes de terreur.

Il est probable que l'Europe devra revoir ses lois et politiques d'immigration. Il y a bien sûr l'option de «zéro immigration», qui pourrait améliorer la situation à ce stade critique, même s'il serait difficile pour l'Europe moderne d'adopter une telle politique. Je suis donc d'avis qu'il deviendra bientôt nécessaire de s'attaquer sérieusement au problème de l'intégration complète des immigrés dans la société européenne, en abandonnant le mantra du «multiculturalisme».

L’engagement des autorités gouvernementales avec la communauté musulmane modérée pourrait faire beaucoup pour déradicaliser les jeunes qui se sentent écartés de la vie politique et sociale de leur pays. Une politique visant à favoriser la paix et la réconciliation entre les différents groupes religieux, un effort des gouvernements pour améliorer et développer l'éducation, et une véritable patience - tels sont les seuls moyens pacifiques possibles pour sortir l'Europe de la crise actuelle. On peut prendre l'exemple de la Russie, où diverses religions et cultures coexistent harmonieusement, et où le dialogue interconfessionnel et les politiques gouvernementales efficaces se combinent pour garantir aux gens un exemple rare de tolérance religieuse et de bon voisinage.
La paix exige que tout le monde travaille ensemble, et une seule petite étincelle suffit pour allumer un feu. L'Europe est confrontée à une tâche très difficile.