l'erreur des dirigeants occidentaux est de ne pas désigner l'ennemi principal

15.07.2016

Rappelons que la Russie et les Etats-Unis coprésident les pourparlers internationaux en vue de convaincre le régime de Bachar al-Assad et les groupes armés d'opposition de se réunir à la table des négociations en vue d'une sortie de crise. Mais depuis avril dernier, le sang a continué à couler de plus belle et les négociations sont restées au point mort en dépit d'une série de cessez-le-feu, plus ou moins respectés. En fait, derrière cette coopération bilatérale affichée, le tandem russo-américain est en fait de plus en plus en désaccord sur les conditions d'une transition en Syrie.
La visite au sommet de John Kerry a été en fin de compte imposée par l'enlisement des négociations en Syrie dû notamment au fait que le Haut Comité des Négociations (HCN), dominé par les Frères musulmans et les jihadistes et parrainé par les monarchies sunnites du Golfe et la Turquie, conditionne toute solution de transition à la démission de Bachar al-Assad et à l'officialisation de groupes islamistes radicaux et jihadistes rejetés par Moscou car considérés par les Russes comme terroristes. La proposition de Kerry passerait donc par un centre de commandement commun américano-russe en Jordanie destiné à mieux cibler l'Etat islamique et Al-Nosra, qui ont été exclus des négociations et du cessez-le-feu par le Conseil de sécurité des Nations Unies en tant que groupes terroristes. Toutefois, Washington reproche à Moscou de viser systématiquement les rebelles syriens sunnites soi-disant « modérés ».

Depuis des semaines, ces divergences autour de la nature fréquentable ou pas des rebelles frappés par les raids russes, notamment à Alep, est devenue une véritable pierre d'achoppement entre Moscou et les Occidentaux, qui qualifient de « fréquentables » des islamistes sunnites syriens que Moscou classent – en réalité non sans raison - dans la catégorie de jihadistes et de terroristes. Pendant ce temps, et bien que les Etats-Unis accusent Moscou d'épargner l'Etat islamique et de n'attaquer que des rebelles « modérés », l'armée russe a mené plus de 60 raids aériens contre l'Etat Islamique, notamment près de Palmyre. Rappelons que les pourparlers qui ont eu lieu à Genève en avril dernier, lorsque l'envoyé spécial de l'ONU Staffan de Mistura amena le régime de Damas et l'opposition à la table des négociations, et qui devaient se poursuivre en mai, ont été bloquées du fait qu'il a été impossible de s'entendre sur la définition des groupes terroristes.

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