Erik Tegnér : Faire émerger demain un «En Marche de droite»

22.06.2018

Erik Tegnér était responsable des “Jeunes avec Calmels”, groupe qu'il a quitté début mai, estimant que LR devrait échanger avec les autres formations de droite, y compris avec des personnalités du FN. Aujourd’hui, il se porte candidat à la présidence des Jeunes Républicains, élection qui aura lieu les 14 et 15 octobre. Extrait de son entretien dans Valeurs Actuelles :

 

"Je veux porter un message de rupture. Transformer cette élection en référendum «pour ou contre le dialogue entre les droites» car il faut absolument faire sauter les verrous intellectuels qui nous empêchent d’imaginer une véritable alternative à Emmanuel Macron. Le bloc de droite avoisine les 40% mais nous avons une incapacité à faire émerger un socle idéologique clair et unifié en raison des divisions. J’appelle à mon niveau à une révolution conservatrice pour faire émerger demain un «En Marche de droite» capable de battre Emmanuel Macron et d’appliquer au pouvoir une réelle politique de droite. Parallèlement, je souhaite que la droite renoue avec la jeunesse, en faisant du mouvement des Jeunes Républicains une véritable force de frappe, à l’image des «Jusos» en Allemagne ou des jeunes du «Fidesz» en Hongrie.

Pourquoi parlez-vous de «verrou» ? 

Nos aînés n’osent pas et refusent ce dialogue entre les droites alors qu’une large partie de la base le souhaite. Selon un sondage Kantar Sofres-OnePoint de mars 2018, 43% des sympathisants LR plaident pour une alliance avec le Rassemblement national. On voit également qu’il y a des initiatives en ce sens : l’appel d’Angers, ce qu’il se passe en Gironde (des élus FN, DLF et LR se rassemblent malgré les consignes de leurs partis, NDLR)… Durant la campagne interne de Laurent Wauquiez, les jeunes montraient un véritable désir d’échanger avec les autres partis de droite. Dupont-Aignan et Marion Maréchal sont très populaires par exemple… En fait, il faut changer le logiciel actuel qui a été façonné par ceux qui nous gouvernent depuis 30 ans. On n’arrivera jamais à restaurer la confiance entre la politique et les électeurs si on continue dans cette voie de l’enfermement et du sectarisme. On risque de devenir un syndic de défense des élus locaux et non plus un parti qui fait émerger des idées et vise avant tout le bien commun. J’ai une confiance inébranlable dans ma génération, plus mobile donc plus ouverte d’esprit, et en quête de sens. C’est cette jeunesse qui bousculera les lignes : nos aînés doivent prendre garde à ne pas être dépassés.

Concrètement un « dialogue entre les droites » ça veut dire quoi ? Une union entre les appareils politiques ? 

Avant de penser à des unions, il faut discuter entre les différents partis comme cela se fait en Allemagne par exemple. Ce serait d’ailleurs une façon moderne de faire de la politique, en associant la base. Quant à la possibilité d’union, Sebastian Kurz l’a bien fait en Autriche. Résultat : baisse massive de la fiscalité et lutte intransigeante contre l’immigration et l’islamisme comme on l’a vu avec l’expulsion récente de 60 imams radicalisés. Pas mal non ?

Vous n’avez pas répondu à ma question : comment vous envisagez ce dialogue ou cette union dans les faits ? 

A long terme, si nous voyons qu’il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous divisent, pourquoi pas une candidature commune à la prochaine présidentielle ? En attendant, il faudrait par exemple organiser des conventions communes sur des thèmes tels que l’immigration, l’Europe, l’économie. Etre capables de voter les amendements d’autres partis lorsqu’ils correspondent à nos idées, comme lors de la loi asile-immigration. Mais attention, il ne faut pas non plus devenir le vassal de tel ou tel parti car chacun conserve sa sensibilité propre. Je ne parle pas d’alliance en tant que telle, mais d’abord d’un dialogue. Nous avons cinq ans devant nous, il s’agit juste de créer les conditions pour avoir un front uni demain. A mon sens, Laurent Wauquiez devrait lancer une grande consultation des adhérents LR pour savoir s’ils souhaitent ou non entamer un processus de dialogue avec d’autres partis de droite : si la consultation donne le «dialogue» perdant, il sera conforté dans son idée et pourra faire taire les voix minoritaires. Si le «dialogue» l’emporte, en revanche, il faudra changer de stratégie. Dans tous les cas, que risque-t-on à consulter la base ?

Vous avez déjà entamé ce dialogue ? 

Oui, je discute avec les mouvements jeunes du Rassemblement National (ex FN), de Debout La France, et du Parti chrétien démocrate qui sont particulièrement sensibles et ouverts au dialogue. J’ai également eu la chance de rencontrer différents dirigeants ou cadres d’autres partis politiques. Il faut absolument être capable de s’ouvrir aux autres. Je fais partie d’une génération sans tabou suffisamment ferme dans ses convictions pour accepter le débat avec des personnalités de sensibilités diverses. [...]"

 

Source : Le Salon Beige