Élections législatives en Autriche, l’ÖVP rafle la mise, le FPO en embuscade

19.10.2017

Ce 15 octobre, l’Autriche était appelée aux urnes pour renouveler le Conseil national, équivalent autrichien de l’Assemblée nationale. Cette assemblée composée de 183 députés détient le pouvoir législatif et le parti majoritaire est en capacité de former le Gouvernement.
Dominée depuis dix ans par une large coalition unissant les deux principaux partis du pays, l’ÖVP (Österreichische Volkspartei) Parti populaire d’Autriche et le SPÖ (Sozialdemokratische Partei Österreichs), Parti social-démocrate d’Autriche, l’Autriche connaît depuis un peu plus d’un an un profond renouvellement politique dont tous les analystes laissaient entendre qu’il allait profiter au FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs), le mouvement de droite nationale du pays.
En effet, lors des Élections présidentielles du printemps 2016 et de décembre 2016, les candidats des deux principaux partis autrichiens (ÖVP et SPÖ) ont été éliminés au profit du candidat du FPÖ, Norbert Hofer et du candidat des Verts,  Alexander Van der Bellen.  Ce dernier a été élu Président de la république d’Autriche le 4 décembre 2016, grâce aux votes par correspondance, les électeurs ayant voté le jour du scrutin avaient accordé une courte avance, en voix et en pourcentage, à Norbert Hofer.
Dans cette situation de total discrédit de la classe politique autrichienne, le FPÖ apparaissait comme la force montante, forte de ses succès aux présidentielles, aux régionales et aux municipales, que rien ne semblait pouvoir arrêter et son dirigeant, Heinz-Christian Strache était promis par la plupart des analystes au poste de Chancelier.
Hélas force est de constater qu’un an après nous sommes loin du compte. Si le FPÖ enregistre un nouveau record de voix, avec 27,4 % des suffrages exprimés et 53 députés élus, soit le meilleur résultat du parti pour une élection législative, (le précédent meilleur score à ce type de scrutin remonte à 1999, où le mouvement, alors dirigé par Jorg Haider avait réalisé 26,9 % des suffrages, obligeant le Parti conservateur à une alliance), ce dernier est toutefois devancé par l’ÖVP. Le Parti populaire autrichien réalise donc la gageure de demeurer le premier parti d’Autriche avec 31,4% des suffrages exprimés en ayant mis en avant un jeune ministre de 31 ans, encore inconnu du grand public il y a deux ans et qui va devenir le plus jeune Chancelier d’Autriche et le plus jeune dirigeant d’un pays européen.
Sebastian Kurtz était en effet un quasi inconnu lorsqu’il a pris la tête de l’ÖVP le 14 mai dernier. En quelques mois celui-ci a mené une campagne très droitière sur les thèmes de l’immigration, de l’identité de l’Autriche et d’une défense des valeurs traditionnelles, qui a permis à son parti de revenir au centre du jeu politique et de limiter la montée du FPÖ. Calquant son discours sur les thèmes traditionnels de la droite nationale autrichienne, il a empêché celle-ci de sortir en tête au soir du scrutin. Cette manoeuvre rappelle celle de Nicolas Sarkozy en 2007, qui avait collé aux thématiques du Front national pour mieux le vider de son électorat ou bien encore, l’offensive d’Emmanuel Macron qui s’est soldée par la réussite que nous connaissons. Dans les deux cas, en effet, un quasi inconnu accède aux plus hautes fonctions, grâce aux soutiens des médias meanstream et des groupes de pression.
Toutefois, l’ÖVP va devoir former une coalition pour pouvoir gouverner et risque de se tourner vers le FPÖ afin de la constituer. Ce cas de figure c’est déjà présenté en 1999 où le FPÖ était entré dans la coalition gouvernementale du Chancelier conservateur Wolfgang Schussel, obtenant 6 ministères, dont un poste de Vice-chancelier, le Ministère de la Défense et celui des Finances. Cette coalition gouvernementale a toutefois failli être fatale au FPÖ qui s’est retrouvé solidaire des décisions prises par les conservateurs, entraînant le mécontentement de son électorat et la tentation pour nombre de ses cadres d’une normalisation politique au prix d’un reniement de leur conviction. Aux législatives de 2002, le FPÖ tombait à 10 % des suffrages exprimés perdant ainsi 16 % de ses électeurs en trois ans.
L’entrée dans une coalition gouvernementale doit donc être fortement soupesée avant d’être acceptée. Toutefois, si elle est bien menée, elle peut permettre une réelle influence des thématiques nationales et identitaires sur la vie politique autrichienne. Cette influence peut être d’autant plus forte que Sebastian Kurtz a repris à son compte des pans entiers du programme du FPÖ, notamment sur la question de l’immigration ou sur le rapprochement de l’Autriche avec les pays du groupe de Visegard (Hongrie, Tchéquie, Pologne, Slovaquie), qui souhaite une plus large autonomie des nations vis-à-vis de l’Union européenne et une grande fermeté sur la question migratoire. En confiant au FPÖ les ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, comme le souhaite les dirigeants du FPÖ, la politique autrichienne prendrait un tour nettement plus eurosceptique et permettrait de renforcer le pôle des nations qui combattent l’Union européenne de l’intérieur.
La réussite du FPÖ est un modèle qui prouve au Front national et aux mouvements patriotiques européens que la défense de convictions identitaires et des valeurs traditionnelles sont bien plus la clé du succès qu’une opposition stérile à l’Europe.