1917-2017, la Révolution est passée de l’Est à l’Ouest

03.11.2017

Dans quelques jours nous allons commémorer le centenaire de la Révolution d’octobre. Cette date marque l’avènement du plus vaste système totalitaire de l’histoire, responsable d’environ cent millions de morts sur l’ensemble de la planète, ainsi que d’une idéologie qui a tenté de s’imposer par la force partout où elle s’est implantée.

Née de la dissidence du courant bolchevique, tendance minoritaire de l’Internationale socialiste qui a renversé le pouvoir du tsar Nicolas II en février/mars 1917, la Révolution d’octobre a marqué le triomphe de Lénine et du courant révolutionnaire au détriment des réformateurs incarnés par le gouvernement de Kerenski. A partir de cette date, la Russie puis l’Union des républiques socialistes soviétiques, URSS, a constitué le phare de la révolution mondiale autant que la mère patrie des révolutionnaires du monde entier.

Survenue en pleine Première Guerre mondiale, au moment où les belligérants des deux camps étaient épuisés par une guerre que nul ne semblait pouvoir terminer, la Révolution russe d’octobre 1917 est presque passée inaperçue. En effet, si le renversement du tsar en mars 1917 avait eu un écho mondial, la prise du pouvoir par Lénine n’est d’abord apparue comme un énième avatar révolutionnaire dans une Russie en proie aux troubles.

Cependant, la communauté internationale s’est rendue compte rapidement de la singularité du nouveau régime lorsque Lénine a proclamé les trois grands principes du nouveau régime : “des terres, du pain, la paix”. Engagé jusqu’à cette date aux côtés des forces de l’Entente, France et Royaume-Uni, la Russie allait sortir rapidement du conflit par la signature du traité de paix de Brest-Litovsk le 3 mars 1918. Au prix de très lourdes concessions territoriales, que beaucoup de patriotes Russes jugèrent inacceptables, la Russie bolchevique concluait la paix avec les Empires centraux, Allemagne et Autriche-Hongrie. Cette paix séparée, véritable coup de poignard dans le dos des franco-britanniques n’était qu’une sorte de remerciement de Lénine aux autorités allemandes qui avaient facilité son retour en Russie, depuis la Suisse, traversant sans encombre le territoire allemand à bord d’un célèbre wagon plombé. Le kaiser Guillaume II, dans sa volonté d’affaiblir la Russie, porte une lourde responsabilité dans l’avènement du communisme.

Le retour à la paix, dans une Russie exsangue après trois années de conflits durant lesquelles les armées du tsar subirent de nombreux désastres militaires, fut pourtant de courte durée, car rapidement une guerre civile implacable s’est déchaînée à partir du printemps et de l’été 1918. Mettant aux prises, les Blancs et les Rouges, ainsi que l’a magnifiquement dépeint l’historien français Dominique Venner dans son ouvrage éponyme, la Guerre civile russe fit, selon les estimations, entre 10 et 15 millions de morts, ravageant des régions entières du pays et dont la famille impériale russe fut la victime emblématique. D’abord largement menacée sur tous les fronts, le régime de Lénine ne dut sa survie que par la mise en place d’une politique de terreur, largement inspirée du modèle révolutionnaire français de 1792/1794. Parallèlement, Trotski mettait en place la colonne vertébrale de l’Armée rouge, qui en deux ans devint une redoutable force de près de cinq millions de combattants. Vainqueurs à partir de la fin de l’année 1920, les Bolcheviques purent imposer à l’ensemble de la Russie un système de terreur de masse, éradiquant les classes “bourgeoises”, imposant la collectivisation des richesses et des biens et menant une répression féroce à l’égard de l’Orthodoxie. D’essence athée, le communisme triomphant a en effet tenter d’éradiquer toute trace chrétienne en même temps qu’il souhaitait détruire l’âme russe, profondément orthodoxe. Ainsi, des milliers d’églises et de monastères furent détruits, livrés au pillage ou transformés en bâtiments profanes. La religion orthodoxe ne put plus trouver d’expression publique et les religieux, déclarés ennemis du peuple, durent se cacher pour ne pas être victimes d’assassinats ou de déportations. Seule l’invasion allemande de juin 1941 et l’injection de Staline de livrer à l’ennemi une “Grande guerre patriotique” permis à l’orthodoxie de retrouver droit de cité. En effet, face au péril allemand, le maître du Kremlin a su utiliser l’attachement toujours important du peuple pour la foi de leurs ancêtres.

Les persécutions touchèrent également les minorités nationales, ainsi que les cosaques, gardiens de l’orthodoxie et de la monarchie qui furent systématiquement pourchassés et massacrés lors de la “décosaquisation”.

Malgré tant de crimes, l’URSS devient dès les années 1930 et plus encore après la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie, un modèle pour une grande partie du monde intellectuel tant en Europe qu’aux États-Unis. Elle a également servi de modèle aux révolutionnaires partout dans le monde, de la Chine maoïste, au Viet-Nam d’Ho-Chi-Minh, en passant par le Cuba de Fidel Castro ou le Nicaragua sandiniste. Disposant après 1945 des puissants relais de l’Internationale communiste, notamment le monde syndical, l’URSS est également devenue la seule puissance capable de rivaliser avec l’hégémonisme américain. Cette situation, malgré la répression brutale des soulèvements nationaux en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968 donnait à l’URSS une sorte d’aura mondiale de “Patrie du prolétariat”.

Vaincu économiquement, le communisme s’est effondré en même temps que le mur de Berlin en novembre 1989, toutefois son emprise sur l’Occident est demeurée importante. En effet, une grande partie de la classe dirigeante occidentale a fait ses classes à l’école des mouvements gauchistes nés de 1968. Bien que profondément opposés à l’URSS, les mouvements de contestation d’extrême-gauche revendiquent une filiation avec le trotskisme, donc avec l’un des compagnons de route les plus proches de Lénine. Ayant basculé dans le libéralisme économique au tournant des années 1980, les élites occidentales libérales-libertaires sont les dignes héritières des révolutionnaires de 1917.

En revanche, préservés par 75 ans de communisme, les pays d’Europe centrale et orientale ont échappé au délitement des moeurs qui détruit l’Europe occidentale. Plus encore, depuis quinze ans, la Russie, hier encore, mère du communisme mondial et patrie de la Révolution, a renoué avec son héritage chrétien. Depuis le début des années 2000, près de 25 000 églises ont été reconstruites et l’orthodoxie est de nouveau un des pivots essentiels de la société russe. Le patriotisme, méprisé en Europe occidentale est une valeur de référence dans la Russie du début du XXIème siècle. Enfin, un récent sondage russe sur l’image de la Révolution donne seulement 6 % de Russes fiers de cette période historique. Ainsi, à un siècle de distance, la Révolution est passée à l’Ouest, tandis que l’Est voit se mettre en place une salutaire “Révolution nationale” incarnée par la Russie.