Trump veut reconnaître la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan : trois questions pour comprendre les enjeux

Vendredi, 22 mars, 2019 - 08:27

Trump cherche-t-il à se venger de sa défaite en Syrie?

DIPLOMATIE - Le président des Etats-Unis s'est prononcé jeudi 21 mars en faveur de la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan. Une décision tout sauf anodine : ce territoire a été conquis sur la Syrie en 1967 par l'Etat hébreu et constitue un territoire stratégique pour les deux pays.

 

« Merci président Trump ! » Benjamin Netanyahu a rapidement pris la plume ce jeudi sur Twitter pour remercier le président américain. Et pour cause : quelques minutes auparavant, Donald Trump avait pris publiquement position en faveur d'une reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan. Une décision qui, si elle venait à se confirmer, serait lourde de conséquences. Explications.

L'armée israélienne a conquis le 9 juin 1967 le Golan, d'où l'armée syrienne pilonnait les positions israéliennes en contrebas. Une poche supplémentaire d'environ 510 km² a été occupée par Israël lors de la guerre d'octobre 1973, puis restituée en 1974 en vertu d'un accord, avec une petite partie des territoires occupés en 1967. L'accord de 1974 a aussi créé une zone-tampon démilitarisée. Une force des Nations unies pour l'observation du désengagement (FNUOD) est chargée depuis de contrôler le respect de cet accord. En outre, quelque 1200 km² du plateau du Golan, frontalier également du Liban et de la Jordanie, ont été annexés par Israël en 1981. Cette décision n'a jamais été reconnue par la communauté internationale.

Lors des guerres de 1967 et 1973, près de 150.000 personnes, soit la majorité des habitants syriens du Golan, ont fui. Seuls restent aujourd'hui quelque 18.000 Druzes, dont la quasi-totalité ont refusé la carte d'identité israélienne. Depuis 1967, près de 20.000 colons israéliens s'y sont installés, répartis aujourd'hui sur 33 implantations, essentiellement agricoles.

L'intérêt d'Israël et de la Syrie pour le Golan est tout sauf un hasard : il comprend d'importantes sources d'eau, en particulier celles du Banyas, qui alimente le Jourdain. Le Hasbani, qui prend sa source au Liban, traverse le Golan avant de se déverser dans le Jourdain, de même que la rivière Dan. La question de l'eau a été, au milieu des années 1960, l'une des principales causes du contentieux israélo-syrien. Damas avait alors accusé l'Etat hébreu d'avoir détourné les sources du Jourdain. Dans les années 1990, des négociations israélo-syriennes ont achoppé sur la question du Golan, dont la Syrie réclame la restitution totale jusqu'aux rives du lac de Tibériade.

 

Le déclenchement de la guerre en Syrie, en mars 2011, a attisé les tensions: le 15 mai et le 5 juin, anniversaires de la création d'Israël et de la guerre de 1967, l'armée israélienne a ouvert le feu contre des réfugiés palestiniens et des Syriens qui tentaient de franchir la ligne de cessez-le-feu, faisant une trentaine de morts selon l'ONU. Le Golan a ensuite été le théâtre d'intenses combats entre rebelles et régime syrien. Des casques bleus de l'ONU ont parfois été pris à partie, comme ces 45 Fidjiens pris en otage par le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda, puis relâchés en 2014.

 

Les tirs au mortier en provenance de la Syrie, rarement mortels, sont devenus fréquents sur le plateau. Israël riposte à chaque fois, que le tir soit errant ou intentionnel. En janvier 2015, dans un raid visant le Hezbollah libanais, Israël a tué des militaires iraniens dont un général. Mi-mars 2019, Israël a accusé le Hezbollah d'établir secrètement dans le Golan syrien, près du territoire sous son contrôle, un réseau militaire commandé par une figure du mouvement chiite libanais.

Source : LCI