Les disparités économiques s’accroissent entre régions européennes

La ville de Tutrakan, dans la région bulgare de Severozapaden, la plus pauvre de l'UE.
Mercredi, 11 octobre, 2017 - 15:15

Malgré quatre décennies d’une politique de cohésion censée limiter l’écart entre les régions européennes, les différences se sont aggravées avec la crise économique de 2008.

Le rapport de cohésion est une analyse menée tous les trois ans, afin de prendre le pouls de la santé économique des régions européennes. Le rapport de cette année fournit donc des indications intéressantes sur l’impact à long terme de la crise économique qui a débuté en 2008.

Il semblerait que si certaines régions se  sont libérées des effets de la crise, certaines ne montrent que peu de signes de rétablissement. Dans l’ensemble, la crise semble avoir exacerbé les différences économiques entre régions, d’un État à l’autre, mais aussi au sein d’un même État. Ce phénomène a aujourd’hui des répercussions politiques partout dans l’UE, de l’Espagne à l’Allemagne.

« Si la crise est terminée, elle a clairement laissé des traces dans de nombreuses régions », estime la commissaire à la politique régionale, Corinna Creţu, qui a présenté les résultats de l’enquête. « Le rapport montre clairement que notre union a besoin de plus de cohésion. »

Les commissaires veulent mettre la politique de cohésion à l'honneur

Les commissaires européennes Corina Crețu et Marianne Thyssen, veulent rendre la politique de cohésion plus visible et plus attrayante, alors que le Brexit devrait réduire le prochain budget européen.

Le mois dernier, lors des élections fédérales allemandes, les régions plus pauvres de l’ancienne Allemagne de l’Est ont voté plus largement pour le parti d’extrême droite AfD, alors que le parti n’a pas eu énormément de succès dans les régions plus aisées, à l’ouest.
En Espagne, les appels à l’indépendance de la Catalogne ont été partiellement alimentés par les réticences des citoyens de cette région riche de subventionner les régions plus pauvres du sud du pays. Des phénomènes similaires ont également été observés en Italie et en Belgique.

Plus d’égalité

La réduction des disparités économiques entre régions est un objectif de l’UE depuis les années 1970 et est devenue essentielle après l’adhésion de dix anciens États communistes, en 2004 et 2007.

Dix ans après, la  priorité a changé. L’évaluation de la Commission indique en effet que si les régions de l’est connaissent, pour la plupart, une croissance plus saine, ce n’est pas le cas des régions du sud. Le PIB par habitant a en effet augmenté dans toutes les régions de l’est de l’Europe entre 2008 et 2015, alors qu’il a chuté dans presque toutes les régions du sud de l’union.

Étant donné le manque d’investissement durant les années d’austérité, les fonds de cohésion de l’UE sont devenus vitaux pour ces régions. Et on constate qu’aujourd’hui, elles ne récupèrent pas de la même manière que les régions plus riches de l’UE.
La cohésion, c’est pour les pauvres ?

Le rapport tombe à pic, puisque la Commission prépare actuellement une proposition pour l’allocation des fonds de cohésion pour la prochaine période budgétaire, après 2020. Un document de réflexion de l’exécutif européen va jusqu’à poser une question clé : les fonds de cohésion devraient-ils se concentrer uniquement sur les régions moins développées ?

Alors que s’ouvrait la semaine européenne des villes et régions, le 9 octobre, Karl-Heinz Lambertz, président du Comité des régions a estimé que cette idée était contraire à l’esprit même du programme. « La politique de cohésion doit pouvoir impliquer tout le monde, chacun à son niveau », a-t-il assuré.

Limiter le programme aux régions pauvres pourrait en effet exacerber les tensions entre les régions à la traîne et celle où l’économie va bien, qui se plaignent parfois déjà de devoir soutenir les autres.

Les eurodéputés veulent protéger les fonds de cohésion

Les négociations sur l’avenir du budget européen ont débuté. Les eurodéputés estiment que les fonds alloués à la politique de cohésion ne devraient pas être réduits. Un article de notre partenaire, Aktuálně.

La politique de cohésion ne se réduit pas à l’octroi d’argent, elle tente aussi d’améliorer la gouvernance au niveau régional. Les régions ne reçoivent en effet de financements que si elles remplissent les conditions préalables.

Selon le rapport de 2017, ces conditions ont été un moteur important pour motiver les autorités locales à mettre en place des réformes dans des secteurs comme l’éducation, le travail, la santé et l’inclusion sociale. Ce processus de réforme a abouti à une collaboration plus étroite entre régions, d’année en année, puisqu’elles partagent leurs meilleures pratiques.

La Commission a également lancé une « initiative de rattrapage » pour aider les régions à faible revenu ou à faible croissance à déterminer les réformes à mener pour améliorer leur compétitivité, puis à la concrétiser.

Le rapport se penche également sur les tendances sociales et démographiques, dont certaines s’avèrent inquiétantes. En 2015, pour la première fois, l’évolution démographique naturelle dans l’UE était négative, c’est-à-dire que le nombre de décès a dépassé le nombre de naissance. Un phénomène qui accentue l’impact des migrations au sein de l’UE et depuis l’extérieur. Les régions européennes les plus pauvres continuent à voir leurs habitants les quitter dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Les résultats du rapport continueront à être discutés cette semaine à Bruxelles, où sont réunis les représentants des autorités régionales.
Source : https://www.euractiv.fr/section/all/news/the-economic-crisis-has-exacerbated-the-eus-regional-differences/