Européennes : le RN s’offre une nouvelle victoire

Mardi, 28 mai, 2019 - 10:38

Comme en 2014, le parti de Marine Le Pen a dominé le scrutin des européennes en France, en approchant son record de 2014 (23,4 à 23,7% selon les résultats encore provisoires, contre 24,86% il y a cinq ans) dans un contexte de plus forte participation. Il s’agit d’un succès pour la tête de liste Jordan Bardella et la patronne du RN, deux ans après l’échec du second tour de la présidentielle.

 

Première force politique, 23,4% à 23,7% des suffrages exprimés récoltés - selon des estimations encore à confirmer - et une vingtaine d'élus au Parlement européen. La soirée électorale est plus que réussie pour le Rassemblement national, vainqueur de ces élections européennes en France. En nette progression dans les sondages de fin de campagne, le parti de Marine Le Pen n’est pas loin de son record de 2014 : à l’époque, le Front national remportait sa première élection nationale, avec 24,86% des voix. Certes, il aurait pu cette fois davantage profiter de l'effondrement de la droite (8,1% à 8,4% des voix), mais sa base d'électeurs, déjà, lui est restée d'une grande fidélité.

 

Surtout, le parti de Marine Le Pen a battu la liste de La République en marche, devançant la majorité d’Emmanuel Macron d’un point (entre 22,4% et 22,7% des voix). La très forte implication du chef de l’Etat dans la dernière ligne droite, qui insistait pour faire barrage à l’extrême droite, n’aura donc pas handicapé la liste conduite par le jeune Jordan Bardella, 23 ans, et auteur d’une campagne sans faux pas.

Au contraire, le regain de participation observé pour cette élection (plus de 10 points supplémentaires par rapport à 2014, selon des estimations) pourrait même avoir favorisé un vote anti-Macron, au profit donc du RN. C’était justement le pari de Marine Le Pen. Voter RN, c'est "la certitude de faire tomber le gouvernement" et de "stopper la politique de Macron", expliquait la députée du Pas-de-Calais dans cette campagne, au cours de laquelle elle a été omniprésente, malgré une candidature en toute fin de liste, en position non-éligible.

L’affaire des assistants n’aura pas pesé

Le RN va donc envoyer au moins 23 élus au Parlement européen, sur les 79 attribués au total à la France, soit presque autant que les 24 d'il y a cinq ans. L’affaire des emplois fictifs présumés visant ce parti au Parlement européen, dans laquelle 19 personnes ont été mises en examen, dont Marine Le Pen, n’aura rien pesé auprès des électeurs. Cette semaine, la justice avait confirmé que la dirigeante devrait bien rembourser près de 300.000 euros pour l'emploi douteux d'une assistante lorsqu’elle était à Strasbourg. Cette assistante, Catherine Griset, était elle-même candidate à ce scrutin européen et a facilement été élue dimanche.

A l’échelle européenne, le Rassemblement national pourrait être en mesure de composer un plus grand groupe que l’ENL (Europe des Nations et des Libertés) actuelle, grâce notamment à la forte progression de la Ligue italienne par rapport à 2014. Cette alliance des nationalistes conduite par Matteo Salvini pourrait même devenir la 4e force à Strasbourg, derrière le groupe centriste dans lequel siégera LREM. A défaut de peser davantage dans les décisions, elle contraindra les autres blocs - PPE de droite, sociaux-démocrates, centristes et libéraux - à s’entendre pour la nomination des postes clés au Parlement et le vote des directives ou règlements.

La revanche de Marine Le Pen

Sur le plan de la politique nationale, Marine Le Pen se donne une bouffée d’oxygène après la présidentielle de 2017. Son parti a le loisir de rappeler qu’il demeure actuellement la principale force d’opposition aux macronistes, face aux Républicains et aux Insoumis. Et sa cheffe prend une revanche par rapport à son échec au second tour face à Emmanuel Macron (33,9% des voix contre 66,1%), illustré en particulier par sa piètre performance lors du débat de l’entre-deux-tours.

Si le leadership de Marine Le Pen n’était pas menacé à court terme au sein de son camp, ce succès lui permettra en tout cas de ne pas faire rejaillir trop rapidement les doutes exprimé jusqu’au sein de ses propres rangs concernant sa capacité à remporter un jour cette présidentielle. La route est-elle libre pour 2022? La députée préfère temporiser pour le moment. Ce mois-ci, elle a ainsi affirmé qu’elle n’avait pas "vocation à être candidate à la présidentielle à vie".

Source : Le JDD