Visite d’État de Vladimir Poutine à Téhéran, renforcement de la coopération entre la Russie et l’Iran

06.11.2017

Le 1er novembre, le président russe Vladimir Poutine a été reçu en visite d’État en Iran par son homologue, le président Hassan Rohani. Cette visite de Vladimir Poutine tombe au meilleur moment pour Téhéran qui, depuis plusieurs mois, doit faire face à l’hostilité renouvelée des États-Unis et aux menaces du président Donald Trump. A la tête d’une importante délégation russe composée de diplomates et de chefs d’entreprises, le président russe est venu affirmer son soutien à la République islamique d’Iran et a entrepris de développer l’alliance entre les deux pays.
La rencontre entre les deux chefs d’États a été l’occasion d’évoquer de nombreux sujets de politique internationale et de conforter l’alliance entre Moscou et Téhéran. Cette alliance a montré son efficacité et sa pertinence dans le dossier syrien. En effet, dès le début de la crise syrienne la convergence de vues entre la Russie et l’Iran a été totale, les deux pays estimant que la survie de l’État syrien passait par le soutien indéfectible à Bachar el-Assad.  L’effort conjoint russo-iranien a été capital dans la victoire en cours des forces loyalistes du président Bachar el-Assad. La guerre en Syrie a d’ailleurs été un des principaux thèmes abordés entre les présidents russe et iranien, les deux hommes « se félicitant de leur coopération dans ce dossier ». Vladimir Poutine a d’ailleurs précisé lors d’une conférence de presse commune « Grâce à nos efforts conjoints, ainsi qu’aux efforts de la Turquie, la situation sur le territoire syrien se développe très positivement en matière de lutte contre le terrorisme ». Le président Rohani a, de son côté, salué la Russie comme « un pays ami et un partenaire stratégique de l’Iran ». Les deux pays oeuvrent en effet conjointement depuis l’été 2015 dans la lutte que mène la Syrie contre l’État islamique, la Russie par le biais de son aviation et par l’appui de ses conseillers militaires, l’Iran, par l’envoi de plusieurs milliers de Gardiens de la Révolution, l’élite militaire du pays.
Les deux présidents ont par ailleurs rappelé que la seule résolution viable du conflit en Syrie ne pouvait venir de l’étranger et que seul le peuple syrien était en capacité de définir son avenir. En outre, ils ont rappelé leur soutien au président Bachar el-Assad, seule autorité légitime avec lequel les négociations doivent être menées en vue de la fin du conflit.
Le second dossier important, au menu de cette rencontre, concernait le nucléaire iranien et la réactivation des sanctions américaines à l’égard de Téhéran. Sur ce point, les deux partenaires ont réaffirmé leur alliance et leur identité de vues. Le président russe a affiché son total soutien à l’Iran face aux menaces de Donald Trump de dénoncer l’accord signé à l’arraché en 2015 entre l’Iran et le groupe des Six (États-Unis, Allemagne, France, Royaume-Uni, Russie et Chine) qui avait permis une levée des sanctions économiques internationales à l’encontre de l’Iran. Cet accord, lié à la garantie que la République islamique ne cherchait pas à se doter de l’arme nucléaire et se contentait de développer le nucléaire civil, est dans le viseur de Donald Trump. Ce dernier a réactivé de façon particulièrement agressive l’obsession anti-iranienne des États-Unis, n’hésitant pas dans ses récents discours à placer Téhéran sur « l’axe du mal », comme au temps de la révolution islamique ou de la Guerre Iran/Irak. Le soutien de la Russie, première puissance nucléaire mondiale, est un atout stratégique pour Téhéran. En outre, la Russie et la République islamique d’Iran se sont mises d’accord pour lutter contre les récentes mesures de rétorsion prises par le Trésor américain à l’encontre des intérêts russes et iraniens. Les deux pays ont décidé de mener une politique commune afin de tourner ces sanctions « notamment en remplaçant le dollar par leurs monnaies nationales dans leurs échanges économiques ».
Le volet économique représentait le troisième thème de la rencontre russo-iranienne et a coïncidé avec la tenue d’un mini-sommet avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev unissant les trois puissances riveraines de la mer Caspienne. Les trois chefs d’États ont évoqué le renforcement très net de leur coopération économique, notamment en matière énergétique. Le groupe russe Rosneft a d’ailleurs signé, à cette occasion, avec la société publique pétrolière iranienne NIOC, une feuille de route en vue de l’exploitation commune d’un gisement de pétrole et de gaz pour un montant global d’investissement pouvant atteindre 30 milliards de dollars. En outre, les deux présidents ont discuté d’un projet de construction d’un tronçon de chemin de fer de 170 kilomètres reliant l’Iran à l’Azerbaïdjan.
La visite du président russe s’est poursuivie par un entretien avec l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique et plus haute autorité morale du pays. Les deux hommes ont également affirmé leur entente et leur volonté de renforcer leur alliance stratégique afin de peser sur le futur du Moyen-Orient.
La coopération entre la Russie et l’Iran marque un pas supplémentaire dans la mise en place d’un monde qui se dégage de plus en plus de la tutelle américaine. En renforçant leur alliance sur les plans diplomatique, économique et stratégique, la Russie et l’Iran mettent en place les conditions permettant au Moyen-Orient de trouver une alternative à l’hégémonie américaine. Renforcé par la Turquie qui s’est peu à peu écartée de son alliance traditionnelle avec Washington et avec une Syrie en voie de sortie de crise, l’axe entre Moscou et Téhéran peut contenir les prétentions américaines dans la région. En maintenant à flot la Syrie pendant les deux dernières années, russes et iraniens ont démontré leur volonté commune de mettre en place un axe chiite, allant de l’Iran à la Syrie et au Liban qui pourrait faire pièce aux monarchies pétrolières du Golfe persique et ainsi rééquilibrer le Moyen-Orient.