Quelle Europe voulons-nous ?

Ce tableau de Paolo Véronèse illustrant l’enlèvement d’Europe, renvoie à l’idéal de beauté indissociable de la civilisation européenne, qui est à l’opposé du culte du veau d’or proposé par l’Union européenne.
12.10.2017

La question européenne est une des plus aigües et des plus difficiles du débat politique de ces dernières décennies. En partie responsable de l’échec de Marine Le Pen lors de l’élection présidentielle d’avril-mai dernier, elle est également l’un des freins à l’unité des nationaux à l’échelle européenne. Bien souvent objet de crispations ou de malentendus, l’Europe est pourtant centrale dans le débat politique, en raison de l’importance de plus en plus grande de l’Union européenne et du caractère apparemment inéluctable de la mondialisation.
Cette montée du mondialisme à l’échelle planétaire, avec l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine ou l’Inde, qui pèsent à elles seules plus que l’ensemble des États d’Europe réunis, doit nous amener à repenser notre modèle politique et notre vision de l’Europe. Toutefois, la situation est complexe en raison de l’existence de l’Union européenne, qui depuis sa fondation en mars 1957 par le Traité de Rome, sous l’appellation Communauté Economique Européenne (CEE), usurpe la véritable identité de ce qu’est l’Europe.
Depuis lors, tout adversaire de l’UE est décrit par le système politico-médiatique comme un ennemi de l’Europe. Cette confusion volontairement entretenue entre Europe et Union européenne entraîne ainsi la défiance des électeurs, globalement attachés à l’Europe tout autant qu’ils sont réservés voire hostiles à l’Union européenne, vis-à-vis des mouvements patriotiques dès lors que ceux-ci s’attaquent à la question européenne.
Cette idée est d’autant plus difficile à argumenter que l’Union européenne prétend que les adversaires de l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui sont des adversaires de la paix et de la concorde entre les nations européennes, l’un des arguments des tenants de l’UE étant que « l’Europe, c’est la paix » ;
Les dernières élections présidentielles françaises ont démontré toute la difficulté à sortir de cette impasse, Marine Le Pen et le Front national ayant été caricaturés en adversaires acharnés de l’Europe. Comment arriver à concilier la dénonciation de l’Union européenne, véritable cheval de Troie du mondialisme, avec la nécessaire défense de l’Europe en tant que berceau commun de notre civilisation.
Tout d’abord, les mouvements patriotiques européens ne doivent pas tomber dans la caricature eux-mêmes et vouloir retourner à un nationalisme étroit, qui a conduit au suicide européen de la Première Guerre mondiale. Ce choc des nationalismes, que personne n’a anticipé, n’est survenu qu’en raison de l’oubli des racines communes que partagent entre elles les nations européennes. Par ailleurs, il ne faut pas vouloir tomber dans le travers de vouloir faire de la sortie immédiate et unilatérale de l’Union européenne un impératif de programme, comme le Front national l’a maladroitement présenté ces dernières années.
En effet, si le Brexit est une réussite, il convient de le replacer dans le contexte d’un Royaume-Uni disposant d’un statut particulier au sein de l’Union européenne (non adhérent à l’espace Schengen, donc maîtrisant ses frontières, non membre de la zone euro, donc gardant la maîtrise de sa monnaie). Ce statut particulier du Royaume-Uni, encore accentué par l’insularité et le tropisme atlantiste des Britanniques, est difficilement transposable à la France, pays fondateur de la CEE en 1957 et surtout, nation continentale au cœur de l’ancien espace Carolingien qui se partage entre la France, l’Allemagne, l’Italie du Nord et les trois États de l’ancien État bourguignon (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg).
Ainsi la stratégie menée par Marine Le Pen, sous l’influence de Florian Philippot défenseur d’une ligne souveraino-souverainiste rétrograde et ignorant l’aspect civilisationnel de l’Europe, était vouée à l’échec. Arc-bouté sur l’idée d’un « Frexit », cette ligne ne pouvait qu’effaroucher l’électeur, pour qui Europe et Union européenne représentent la même chose.
Le Front national sans complètement abandonner son combat contre l’UE doit aussi renouer avec une ligne identitaire, qui permettrait de conjuguer défense de l’identité française et sentiment d’appartenance à une entité plus grande, la civilisation européenne. En effet, si nous sommes Français avant tout, fier de notre héritage et de notre titre de plus vieille nation d’Europe, nous sommes aussi européens.
Nous sommes européens, car nous sommes un peuple forgé par le mélange initial entre le vieux fond Celte qui compose le socle de nos racines et l’apport conjoint de la civilisation gréco-latine apporté par Rome et de l’héritage germanique qui nous vient des Francs. Au- dessus de ce triple héritage, notre pays est, à l’instar du reste de l’Europe une terre de Chrétienté qui magnifie et transcende notre civilisation.
Nier cet héritage, comme le fait l’Union européenne, en refusant d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe comme un fondement de notre civilisation commune, permet de démontrer quels sont les véritables européens. L’Europe ne peut être réduite à un marché commun, à un agglomérat de consommateurs sans âme et sans racine.
L’Europe, fille d’Homère et de Virgile, des bâtisseurs des cathédrales autant que des Ordres monastiques qui ont développé ses campagnes est une réalité charnelle, berceau de l’une des plus belles civilisations de l’humanité. En défendant l’identité de nos patries charnelles, nous défendons l’identité de la civilisation européenne qui nous dépasse.
Longtemps défendue par le Front national, qui se voulait le défenseur de « l’Europe des patries et des peuples libres », cette idée de la défense d’une civilisation commune doit revenir au premier rang des préoccupations des patriotes français à l’heure où la France et l’Europe entière sont menacées par la vague migratoire venue du Sud.
En outre, revenir à la défense d’une civilisation européenne permet d’inclure les pays qui n’appartiennent pas à la fausse Europe mais n’en sont pas moins authentiquement et profondément européen (Russie, Biélorussie, Serbie…).
Ainsi, les mouvements patriotiques de toute l’Europe doivent essayer de s’unir afin de proposer une alternative crédible à l’Union européenne. Pour cela, ils doivent oublier les querelles et les conflits du passé, pour ne garder à l’esprit que le nécessaire sauvetage de la civilisation européenne. Cette alternative ne peut passer que par une sorte de confédération des nations européennes, libres et indépendantes mais partageant un socle chrétien et philosophique commun. Ce projet, loin de brider les nations comme aujourd’hui, devrait permettre de les rapprocher en prenant soin de respecter l’identité propre de chacune d’entre elles, ainsi que leur souveraineté politique et monétaire.
Cette union des nations et des peuples d’Europe doit aussi conserver le meilleur de ce qui a été fait par l’Europe actuelle, à savoir la coopération et la mise en commun des savoirs et techniques qui ont permis à des projets comme Airbus ou Ariane de voir le jour.
Cette Europe que nous appelons de nos vœux n’a que peu à voir avec l’Union européenne, ce « machin » technocratique, elle est pourtant à bâtir d’urgence si nous voulons voir la civilisation qui nous a vu naître, traverser le XXIème siècle.