Pourquoi la défense du Kosovo serbe est un combat pour l’Europe

13.09.2016
Le Kosovo demeure un sujet flou dans la mémoire collective française coincée entre les guerres des Balkans des années 1990 et l’actualité contemporaine et la crise des réfugiés qui font penser que le Kosovo n’est qu’un gigantesque terrain vague peuplé de Roms et disputé entre mafieux de différents clans balkaniques. C’est évidemment mal connaître cette province si importante pour la nation serbe et si stratégique pour l’Europe.

Revenons à l’origine. Le mot Kosovo est un mot serbe, il n’y a aucun doute là-dessus. Il est serbe comme sont serbes les noms des rivières, des villages, des montagnes de quasiment tout le territoire de ce que nous appelons aujourd’hui le Kosovo et où les Serbes vivent depuis le début du Moyen-Age. Pour les Serbes la dénomination exacte du territoire est même Kosovo et Métochie, Métochie signifiant terre d’église ce qui est lourd de sens dans les Balkans quand on connaît leur histoire. Sur cette terre les rois serbes ont bâti un royaume devenu empire au XIVe siècle et ont construit des forts, des églises, des monastères, des calvaires à perte de vue sur l’ensemble des terres du royaume, signe visible de leur épanouissement politique et de leur attachement à la chrétienté. Cet attachement au christianisme va révéler l’identité réelle des Serbes face à la poussée des Ottomans qui, à la même époque, veulent conquérir l’Europe et la soumettre à l’islam.

En 1389 au Kosovo Polje (ce qui en serbe signifie le champ des merles), le prince Lazar va oser affronter le sultan Mourad 1er sur le champ de bataille car, inspiré par une vision mystique, il choisira de mourir pour sa foi et mériter le « paradis céleste » plutôt que d’apostasier et vivre dans le « paradis terrestre ». Lors de la bataille le Sultan Mourad 1er et le prince Lazar mourront tous les deux et les deux armées seront décimées mais l’empire ottoman a encore de nombreuses réserves alors que l’armée serbe perd une grande partie de sa chevalerie, de ses chefs.
Pour mesurer l’importance du Kosovo pour le peuple serbe il est primordial de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un rêve nostalgique et romantique de reconquête d’un territoire perdu. Le Kosovo représente pour les Serbes l’attitude de ses chevaliers à la bataille du Kosovo Polje où leur prince s’est héroïquement battu contre un empire beaucoup plus grand que le sien. Les chevaliers serbes auraient pu apostasier, se convertir à l’islam, faire allégeance au sultan et bénéficier de nombreux avantages mais ils ont préféré se battre pour leur foi chrétienne, leur royaume et leur peuple plutôt que de trahir. C’est cette image de sa noblesse héroïque qui va nourrir la culture serbe pendant les siècles d’occupation ottomane. Cette épopée sera chantée par des bardes (les guslars) dans les pesme qui seront transmis de génération en génération et rappelleront à chaque petit serbe qu’il a beau vivre en dhimmi sous l’occupation ottomane mais qu’il est de la race des seigneurs qui n’ont pas trahi. Les Serbes ainsi galvanisés par les exploits de leurs ancêtres vont mener la vie dure aux Ottomans et se soulever régulièrement contre leur autorité. Lors de chaque soulèvement la répression ottomane sera terrible comme en attestent les Mémoires d’un janissaire de Constantin Mihajlovic et de nombreux témoins de l’époque.

Le véritable drame des Serbes ne sera pas tant la répression des Ottomans, à laquelle ils se sont habitués, mais la conversion massive d’Albanais à l’islam au cours du XVIIe siècle. Les Albanais et les Serbes étaient des peuples voisins et proches, ils se sont battus ensemble contre les Ottomans et ont résisté chacun sur sa terre et souvent même ensemble contre la Sublime Porte. L’apostasie d’une majorité d’Albanais a été cruelle pour les Serbes car il n’y a rien de pire dans une guerre que de voir son frère d’armes abandonner le combat et rejoindre le camp de l’ennemi. Les Ottomans vont subtilement profiter de cette situation et régler leur problème serbe en faisant venir massivement les Albanais fraichement convertis sur les terres fertiles serbes. Ces Albanais seront encore plus zélés et plus cruels que les Ottomans car le converti veut prouver au nouveau maître que sa conversion est sincère. L’histoire des Serbes du Kosovo sous l’occupation ottomane se résumera ainsi à une succession de soulèvements, de répressions, d’exode et de remplacement par des Albanais fraichement convertis.

Il faut attendre les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913 pour que les Serbes chassent enfin les Turcs de leur terre. Le Kosovo et la Métochie reviennent à la Serbie au sein du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes et les Serbes y retournent massivement. Pour  le malheur des Serbes la deuxième guerre mondiale est déclenchée et de nouveau la Serbie est occupée. L’Italie prend possession de l’Albanie et y annexe la Métochie puis l’Allemagne occupe Belgrade. Les Serbes, fidèles à leurs héros du Kosovo Polje, combattront les occupants avec deux résistances : une monarchiste et une  communiste. Comme sous les Ottomans les Albanais s’allieront avec le plus fort et commettront de nombreux crimes contre les Serbes. Au sortir de la guerre les communistes yougoslaves prennent le pouvoir grâce aux Britanniques et aux Américains qui ont préféré soutenir les partisans de Tito que les Tchetniks de Mihajlovic.

Tito avait toujours craint les Serbes et le théoricien de la Yougoslavie titiste, Edward Kardelj, dira que pour avoir une Yougoslavie forte il faut une Serbie faible. Tito découpe donc la Serbie et invente deux régions autonomes : la Voïvodine au nord et le Kosovo au sud afin d’amadouer les Albanais que Tito aurait bien voulu intégrer globalement dans sa Yougoslavie. Tout en réprimant l’église orthodoxe serbe et l’identité serbe Tito sera très généreux et bienveillant avec les Albanais musulmans, véritables nationalistes, pour lesquels il créera une université, une presse et à qui il accordera sa préférence. En 1981 des milliers d’Albanais manifestent et brûlent le patriarcat orthodoxe de Pec. Un des hauts responsables albanais du parti communiste yougoslave, Becir Hoti, dira : « Les nationalistes albanais ont un programme en deux points : d’abord établir ce qu’ils appellent une république albanaise ethniquement pure et ensuite fusionner avec l’Albanie pour former la Grande Albanie. » Tout au long de l’après guerre et jusque dans les années 1980 les medias yougoslaves tairont les événements mais pas la presse étrangère qui relatera le véritable martyre des Serbes du Kosovo. Le quotidien français Le Monde écrira de nombreux articles sur le supplice des Serbes. En 1982 le New York Times écrira que « l’exode des Serbes est le principal problème (…) au Kosovo » et le Frankfurter Allgemeine Zeitung en juillet 1986 évoque les « attaques, vols et viols contre les Serbes ». 

Tout au long des années 1990 l’écroulement du rideau de fer et l’éclatement de la Yougoslavie feront la une de l’actualité et le Kosovo sera un peu oublié. Enflammés par les succès des Bosniaques, des Croates, des Macédoniens et des Slovènes les Albanais du Kosovo tentent à leur tour de se séparer de la Yougoslavie qui ne rassemble plus que la Serbie et le Monténégro. Les tensions montent et en 1996 est créée l’UCK, l’armée de libération du Kosovo, dont le chef sera Hashim Thaçi. L’UCK est un mouvement que tous les services de renseignements internationaux qualifient de terroriste. Et pourtant c’est bien ce Hashim Thaçi que l’Union européenne et les Etats-Unis vont choisir pour « dialoguer » avec le régime yougoslave à Rambouillet en France en 1999. Nous savons tous aujourd’hui que les US et l’UE n’avaient nullement l’intention de négocier, ils voulaient la guerre. C’est même l’ancien secrétaire d’Etat et prix Nobel de la paix Henry Kissinger qui l’avouera : «Le texte de Rambouillet, qui exigeait de la Serbie la présence de troupes de l’Otan à travers toute la Yougoslavie, était un prétexte, une excuse pour commencer à bombarder. » Les Serbes qui ont formé la première ligne de résistance contre l’invasion ottomane durant cinq siècles et grâce à qui l’Europe évitera l’islamisation  vont maintenant être remerciés par une coalition d’armées européennes dirigés par un général américain, Wesley Clark,  au nom de la démocratie, de la liberté et contre un prétendu « génocide » commis par les Serbes contre les Albanais.
Pendant 78 jours la Serbie sera donc bombardée et humiliée. Les cibles seront majoritairement civiles : des gares, des aéroports, des centrales thermiques, un hôpital, un train de voyageurs, des ponts et même le bâtiment de la Radio Télévision serbe où 16 journalistes périrent. Personne n’était « Charlie » à l’époque et on n’a pas lu beaucoup d’articles des médias dominants s’émouvoir de l’assassinat de leurs confrères serbes dont le seul crime était de penser différemment. Le haut commandement de l’Otan aurait dû être condamné par un tribunal pénal international pour ces véritables crimes de guerre mais au lieu de cela ils se sont installés au Kosovo et ont délogé l’armée yougoslave manu militari au détriment de la Charte de l’ONU. Jusqu’à 40 000 soldats de l’Otan ont été présents sur le petit territoire du Kosovo et l’armée américaine y a construit une de ses plus grandes bases militaires en dehors des Etats-Unis : le camp Bondsteel.

Les medias dominants français et occidentaux en général n’ont pas parlé du drame pour la population civile serbe et on a pu se rendre compte que les manipulations n’étaient pas l’apanage des dictatures communistes et qu’à l’ouest on savait très bien faire aussi.

Dix-sept ans plus tard quelles ont été les conséquences concrètes de cette guerre de l’OTAN ? Regardons les faits.

Premièrement, il n’y a jamais eu de génocide au Kosovo. L’ambassadeur américain pour les crimes de guerre, David Scheffer, évoquait la disparition de 225 000 hommes âgés de 14 à 59 ans… Le procureur international du TPI ex Yougoslavie en a dénombré un peu plus de 2 000...  La réalité est au-dessus mais pas beaucoup plus et pas plus en tout cas que le nombre de morts en Irlande du Nord ou le nombre de Kurdes tués en Turquie depuis le soulèvement des années 1980. Parmi les morts retrouvés au Kosovo il y a des Serbes, des Ashkalis, des Goranis, des Roms, des Albanais et parmi ces Albanais de nombreux Albanais tués par d’autres Albanais car ils étaient accusés de collaborer avec les Serbes.

Il n’y a donc jamais eu de génocide d’Albanais mais il y a bien eu une purification ethnique de Serbes : 200 000 Serbes ont fui le Kosovo et la Métochie et ceux qui sont restés survivent dans des enclaves où ils sont régulièrement attaqués comme ces derrières semaines à Kline, à Djakovica, Pasijane ou Prizren.
150 églises orthodoxes, chrétiennes ont été détruites pendant que 400 mosquées se sont construites essentiellement avec de l’argent salafiste d’Arabie Saoudite.

Politiquement la situation du Kosovo demeure, 17 ans après les bombardements de l’Otan, un trou noir en plein milieu de l’Europe. La majorité des membres de l’Union européenne ainsi que les Etats-Unis, la Turquie et les régimes wahhabites du golf persique reconnaissent le Kosovo indépendant mais la majorité de la population mondiale ne le reconnaît pas. L’ONU ne reconnaît pas le Kosovo, pas plus que la Russie, l’Argentine, la Chine, l’Espagne ou le Vatican. La situation est un cauchemar pour les Serbes mais il l’est également pour de nombreux Albanais qui ne vivent pas dans les cercles du pouvoir et du crime organisé.

En 2015 plus de 100 000 Albanais ont fui le Kosovo. D’après Eurostat le Kosovo est la 3è provenance la plus importante de l’immigration illégale en Europe en 2015 juste après la Syrie et l’Afghanistan. Au Kosovo aujourd’hui, d’après The World Factbook de la CIA, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et 35% de la population est au chômage dans cette région où l’âge médian de la population est de 28 ans et où, d’après l’UNDP, le taux de chômage des 15-24 ans est de 60,2% ! Au Kosovo ceux qui ont la chance de travailler gagnent 360€ par mois. Malgré les milliards d’euros versés pour la création du Kosovo albanais, la région est devenue une des plus pauvres d’Europe où seuls prospèrent le crime organisé et les sociétés multinationales issues de la coalition de l’Otan.

Et c’est Hashim Thaçi qui vient justement d’être élu président du Kosovo en février 2016 et qui est qualifié en 2010, dans le rapport du Conseil de l’Europe sur le « Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d’organes humains au Kosovo », de «plus dangereux des parrains de la pègre de l’UCK. »

Il faut dire la vérité : on nous a menti dans les années 1990 sur ce qui se passait réellement en Yougoslavie et au Kosovo. Aujourd’hui le Kosovo est toujours une base arrière du crime organisé et du terrorisme. C’est la région d’Europe qui fournit le plus de djihadistes par tête d’habitant à l’Etat islamique avec l’Albanie et aussi la Bosnie-Herzégovine, autre création des Atlantistes. Le 9 mai 2014, 50 Albanais armés se réclamant de l’UCK ont attaqué Kumanovo, la plus grande municipalité de Macédoine.

L’intervention de l’OTAN n’a rien réglé mais à déstabilisé la région pour poursuivre les fins géopolitiques de Washington. Les Atlantistes ont mis le couvercle sur une cocotte qui ne demande qu’à exploser et qui du reste va exploser. Des moyens impressionnants ont été mis en place pour soumettre le pouvoir de Belgrade et pour le faire rentrer de force dans le « camp du bien » aux côtés de Bruxelles et Washington. Comme ailleurs en Europe les élites Serbes tombent petit à petit dans le piège tendu par les Atlantistes créant des tensions vives au sein du peuple serbe lui-même. Peuples contre peuples, peuple contre élites, désespoir, injustice, pauvreté. Voici les résultats des guerres de l’Otan dans l’ex-Yougoslavie. La situation est très clairement tragique mais il nous reste une lueur d’espoir.

Malgré les tentatives d’occidentalisation forcée des Serbes, ils restent encore aujourd’hui très attachés à leur culture et leur foi. Tant que le peuple serbe continuera à transmettre les pesme et la gloire des héros du Kosovo Polje l’âme serbe survivra et résistera.  Un espoir et une mise en garde pour l’avenir.