Nicolas Dupont-Aignan : "On a diabolisé mon soutien à Marine Le Pen"

14.11.2017

Le président de Debout la France part à la rencontre de ses militants. Première étape hier, à Ploërmel. Il veut créer les conditions nécessaires à une grande union de la droite.

Votre ralliement à Marine Le Pen au second tour de la présidentielle vous a-t-il affaibli ?

Je comprends qu’il y ait des gens qui n’aient pas aimé, mais j’ai été cohérent. Sur les frontières, l’immigration clandestine, le travail détaché, le produire en France, mon programme était plus proche de celui de Marine Le Pen que de celui d’Emmanuel Macron. On a fait croire que j’allais devenir Front National, on a diabolisé mon soutien à Marine Le Pen, on a voulu m’abîmer, mais on m’a tellement bêtement caricaturé que cela m’a renforcé.

 

Nous avons perdu près de 300 adhérents pendant la campagne, contre 3 000 gagnés, ce qui porte leur nombre à près de 18 000. C’est énorme. Des Républicains pro-Fillon me disent que j’ai été clair, que je n’ai pas été lâche… et je suis la personnalité politique post-présidentielle dont la popularité a le plus augmenté auprès de ses sympathisants, devant Laurent Wauquiez et Marine Le Pen. On m’a enterré vivant. Je suis un miraculé !

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’avenir, c’est une grande coalition de la droite. Ni Marine Le Pen, ni Laurent Wauquiez, ni moi, ni personne à droite ne gagnera seul, alors même que nous sommes largement majoritaires dans le pays. Cette coalition n’est pas possible aujourd’hui parce que les appareils partisans, englués dans leurs contradictions et leurs rénovations, veulent garder leur pouvoir et tiennent nos programmes pour incompatibles. Nous sommes pourtant d’accord sur plus de 80 % des points !

Une union entre Front National et Républicains vous paraît vraiment possible ?

Nous sommes divisés parce que nous sommes culpabilisés par une pensée unique et une gauche totalitaire d’esprit. Elle aurait le droit de créer de très larges alliances et pas nous ? J’ai eu le courage de casser cette digue inventée par Mitterrand pour nous empêcher de gouverner. Il faut mettre de côté la question des personnalités, du leader et des appareils politiques vermoulus pour aller à l’essentiel : constituer une alternative à Macron. La droite, divisée, a abandonné l’opposition à un Mélenchon. C’est ça la vie politique française ? Ce n’est pas possible ! Il y a une autre voie, c’est évident, et nos électeurs nous demandent de la prendre.

Comment prétendez-vous rassembler ?

En forgeant un programme plus rassurant que celui du Front et plus audacieux que celui des Républicains. Avec Jean-Frédéric Poisson (le président du Parti Chrétien) nous avons lancé un site participatif, Les Amoureux de la France, pour bâtir ce futur programme commun à partir des propositions et des idées de nos électeurs. Si la base, déçue, qui en a ras le bol de perdre, fait pression pour l’union, elle s’imposera et nous réussirons.

Quel est l’enjeu ?

Faire comprendre à notre électorat que nous avons plus de points communs que de divergences et lui redonner confiance. Au fond, les Français n’ont pas voté pour Emmanuel Macron, ils ne se sont pas mobilisés pour nous. L’enjeu n’est donc pas tant de critiquer Macron que de réussir notre reconstruction. Mélenchon le fait à sa façon, pas nous.

Réglons nos divergences, entendons-nous sur nos points d’accord, et sauvons le pays. Nous n’avons que quelques mois pour agir, mais je suis plutôt optimiste : je suis persuadé qu’il va y avoir un déclic…

 

Source : Ouest-France