Morts de Jean d’Ormesson et de Johnny Halliday, ce qu’elles révèlent sur les Français

14.12.2017

Il est des séries qui ressemblent à des séries noires… En vingt-quatre heures la France a perdu deux de ses légendes. Le 5 décembre disparaissait l’écrivain et académicien français Jean d’Ormesson, image vivante de la culture et de l’art de vivre à la française. Le lendemain 6 décembre, elle apprenait le décès de Johnny Halliday, légende vivante du rock’n roll à la française, dont la carrière de près de six décennies l’a fait entrer de son vivant dans la légende de la musique aux côtés des Elvis Presley, des Beatles ou des Rolling Stones.
De la même manière que les 10 et 11 octobre 1963 virent la disparition consécutive de Jean Cocteau et d’Edith Piaf, les 5 et 6 décembre 2017 vont marquer profondément les Français, car à des titres divers, Jean d’Ormesson et Johnny Halliday étaient l’incarnation de ce que l’on peut appeler le génie national français. Quoi que le puisse penser de la carrière ou du parcours de ces deux légendes, force est de reconnaître leur exceptionnelle longévité et la reconnaissance unanime de leurs pairs et du public tout au long de leurs carrières respectives.
L’hommage qui les accompagne, qui peut paraître forcé pour une partie de la classe politique et du monde des élites intellectuelles et médiatiques, est en revanche extrêmement sincère de la part des Français. La raison en est que Jean d’Ormesson et Johnny Halliday leur ressemblaient, ils en étaient tous deux l’incarnation avant que le métissage généralisé, l’invasion migratoire et la destruction de la culture française n’impose ses codes.
Jean d’Ormesson, issu d’une vielle famille de l’aristocratie française, personnifié mieux que personne l’excellence de notre culture, la beauté et le génie de la langue française. Écrivain prolifique, auteur d’une cinquantaine de romans, élu à l’Académie française en 1973, directeur du quotidien conservateur Le Figaro, Jean d’Ormesson n’a peut-être pas brillé par sa hardiesse à défendre notre civilisation en cours de destruction, mais il était considéré par les Français comme le dernier représentant de notre littérature. A travers lui, les Français pouvaient se retrouver et contempler la gloire littéraire de la France, qui fut pendant des siècles, la mère des Arts, des Armes et des Lois. De la Chanson de Roland au XIème siècle, en passant par les œuvres des troubadours des XIIème et XIIIème siècles, jusqu’aux auteurs classiques, gloires des lettres françaises, Ronsard, du Bellay, Corneille, Racine, La Fontaine, Montesquieu, Voltaire, Hugo, Balzac ou Lamartine, la France a été l’une des nations les plus riches et les plus diverses. Jean d’Ormesson, par son style classique et par la grâce de son roman Au plaisir de Dieu paru en 1974 et comptant la déchéance d’une famille de l’aristocratie française au cours des soubresauts du XXème siècle, aura été le témoin et le chantre d’une civilisation qui disparaît, en même temps que le dernier témoin de la gloire littéraire passée de notre pays.
Johnny Halliday, lui, est le fils du peuple par excellence, incarnation vivante de la génération du « Baby-Boom », cette génération trop gâtée qui a tout balancé de l’héritage multiséculaire édifié par nos ancêtres. Toutefois, Johnny, comme tous les Français l’appelle, est l’incarnation de la culture populaire. De cette culture tant décriée par les médias et les intellectuels de salon. Combien de fois d’ailleurs n’a-t-il pas été brocardé par l’intelligentsia parisienne pour son supposé côté « Beauf » ou pour son inculture, elle aussi supposée ?
Loin de la culture des cuistres et des faiseurs d’opinion, Johnny Halliday avait une véritable culture, populaire, enracinée et profonde. Il connaissait comme personne le milieu du cinéma et vouait une admiration sans borne aux films d’Elia Kazan, l’un des maîtres du cinéma américain. Ce que lui reprochait le monde de la culture, c’était de ne pas s’afficher comme « artiste engagé », ce qui sous-entend à gauche. A l’heure où il est de bon ton de s’afficher en faveur des migrants ou de pétitionner sur tel ou tel sujet, Johnny n’a jamais cessé d’être un artiste et de faire son métier. En roi incontesté de la scène, il s’est contenté de remplir les salles et de produire 50 albums au long d’une carrière de 57 ans. Cette longévité exceptionnelle, liée à une voix puissante et à une présence exceptionnelle sur scène fait qu’il est cher au cœur d’au moins quatre générations de Français, qui ont grandi, vécu, souffert ou aimés au fil de sa carrière. Ce n’était pas un intellectuel, mais c’était une légende de son métier.
A notre époque triste et sans talent, les figures de Johnny Halliday et Jean d’Ormesson rappellent qu’il fut une époque où la France avait du talent, c’est la raison pour laquelle leurs mémoires sont à jamais gravées dans l’imaginaire des Français.