La France offre des lignes de crédit aux Iraniens

02.02.2018

La France va offrir des lignes de crédit en euros aux acheteurs iraniens de ses produits. « Une initiative visant à soutenir le commerce tout en le gardant hors de portée des États-Unis et de leurs sanctions », a déclaré Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.

La France et d’autres pays européens ont cherché à accroître leurs échanges commerciaux avec l’Iran depuis que Paris, Washington et d’autres puissances mondiales ont décidé en 2015 de lever de nombreuses sanctions économiques contre Téhéran en échange de certaines restrictions dans le programme nucléaire iranien.

Le plan consiste à offrir des garanties d’exportation dédiées et libellées en euros aux acheteurs iraniens de biens et services français. En structurant ainsi le financement et en évitant de passer par tout biais américain, quel qu’il soit, cela permettra aussi d’éviter l’application extraterritoriale de la législation américaine.

Cette action pourrait mettre en colère le président américain, Donald Trump, qui a menacé de se retirer de l’accord nucléaire iranien conclu par son prédécesseur, Barack Obama. Washington a en outre maintenu d’importantes restrictions financières laissant les banques privées, même celles basées à l’extérieur des États-Unis, dans la peur d’engager des échanges avec l’Iran et les banques iraniennes.

Le PDG de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, a déclaré mercredi à propos de ces nouvelles lignes de crédits : « Nous nous y sommes beaucoup préparés en 2017 et nous continuons à travailler chaque jour à la préparation de notre arrivée en Iran ».

« C’est un flux d’argent complètement séparé », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas de dollar (américain) dans ce système… personne ne détient un passeport américain. »

« Les exportateurs français intéressés ont un portefeuille d’environ 1,5 milliard d’euros de contrats potentiels », a déclaré M. Dufourcq aux législateurs mercredi.

La France, qui entretient des relations étroites avec l’Iran et y exploite encore plusieurs grandes usines, dont des usines Renault et PSA, n’est pas la seule en Europe à chercher à approfondir les liens commerciaux.

Une source bancaire française a indiqué que l’Italie, l’Allemagne, l’Autriche et la Belgique avaient également travaillé sur des mécanismes qui protégeraient leurs entreprises contre le risque de sanctions américaines.

Plus tôt ce mois-ci, l’Italie et l’Iran ont convenu d’un accord de prêt-cadre pour financer des investissements en Iran d’une valeur de 5 milliards d’euros. L’accord a été signé par Bank of Industry et Mine and Middle East Bank, détenues par le gouvernement iranien et la branche d’investissement de la holding publique italienne Invitalia.

Le gouvernement italien a choisi Invitalia plutôt que le prêteur public Cassa Depositi And Prestiti parce que, contrairement au CDP, Invitalia n’a aucun lien avec les États-Unis et que, par conséquent, les sanctions unilatérales américaines n’auront aucun effet sur cette société.

En octobre, Trump a accusé certains signataires de l’accord nucléaire de profiter de l’accord.

La banque française BNP Paribas a reçu une amende de 9 milliards de dollars en 2014 pour avoir violé les sanctions américaines contre l’Iran.

Le géant européen de l’aéronautique Airbus s’est déjà plaint de cette méfiance des banques.

Dufourcq a déclaré que les crédits à l’exportation français pourraient être offerts dès mai ou juin.

Les crédits à l’exportation de Bpifrance s’élèvent à 186 millions d’euros en 2017 contre 30 millions un an plus tôt. Il est prévu que ce montant atteigne 400 millions d’euros en 2018.

 

Source : Réseau International