Floué par l’accord sur le nucléaire, l’Iran ne fait plus confiance à l’Europe et s’achemine vers un retrait complet

08.07.2019

Depuis plus de 14 mois maintenant, l’Europe n’a proposé aucune solution pour alléger les sanctions débilitantes imposées à l’Iran par les USA, donc aucune raison valable pour amener la « République islamique » à s’en tenir à l’accord sur le nucléaire.  Le guide de la Révolution Sayyed Ali Khamenei a conseillé aux responsables iraniens de ne pas faire confiance aux USA et à l’Europe. Du point de vue iranien, les USA sont honnêtes en démontrant leur animosité à l’endroit de l’Iran, qui révèle leurs mauvaises intentions et leurs plans pour acculer le pays au pied du mur. Selon les Iraniens, ils jouent le rôle du « méchant flic ». Par contre, l’Europe « est pire, en jouant le rôle du bon flic avec ses belles paroles et ses déclarations de bonne intention, alors qu’il n’est aucunement question d’acheter du pétrole iranien ». L’Iran croit aujourd’hui qu’il a été floué en renonçant au degré élevé d’enrichissement de l’uranium et aux nombreuses centrifugeuses qu’il possédait en 2012, en contrepartie de sanctions sans précédent. C’est ce qui pousse Téhéran vers « un retrait partiel graduel tous les quelques mois, jusqu’à ce qu’il se retire entièrement de l’accord sur le nucléaire et demande à l’IAEA de quitter le pays au cours de la prochaine année ». Cela permettra à l’Iran de rétablir toute sa capacité nucléaire, sans égard aux préoccupations des USA et de l’UE, mais sans nécessairement se diriger vers la production de bombes nucléaires.

Des responsables iraniens affirment que « le président Vladimir Poutine a conseillé à l’Iran de ne pas sortir de l’accord sur le nucléaire, l’Iran penchant davantage pour un retrait partiel. Poutine croyait que l’Europe, en se joignant à la Chine et à la Russie, aurait pu répondre aux demandes de l’Iran et atténuer l’ampleur des lourdes sanctions unilatérales des USA. Aujourd’hui, le président russe voit bien que l’Europe a peu à offrir sauf demander encore plus de temps et prolonger les délais. L’Europe n’est pas en position de troquer ses échanges commerciaux avec les USA pour des échanges avec l’Iran. Même si les dirigeants européens le voulaient, ils ne sont pas en mesure de compenser les répercussions des sanctions des USA imposées à l’Iran ».

Des sources iraniennes liées directement à l’accord sur le nucléaire ont indiqué que « les critiques européennes à l’égard du retrait unilatéral des USA de l’accord sur le nucléaire ne peuvent se traduire dans les faits. Nous avons connu des situations du genre dans la dernière décennie et nous sommes conscients que l’Europe n’est pas en position d’acheter du pétrole iranien. Le système monétaire européen INSTEX (Instrument In Support Of Trade Exchanges) n’est pas conçu pour les transactions liées au pétrole et faciliter la vente des 2,5 à 2,8 millions de barils de pétrole quotidiens nécessaires à l’économie iranienne. L’Iran s’est vu proposer l’achat de médicaments, d’équipements médicaux, d’aliments et de produits humanitaires que même les USA ont exclu des sanctions. L’Europe sait aussi que Trump pousse l’Iran à se retirer de l’accord sur le nucléaire pour des raisons politiques, malgré l’absence d’un programme d’armement nucléaire iranien. L’Iran est signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, qui l’autorise à utiliser la technologie nucléaire à des fins médicales, énergétiques et de recherche. Mais Trump veut que le monde se rassemble derrière les USA et contre l’Iran comme en 2012. »

« Ce que les USA ne semblent pas se rendre compte, c’est qu’en 2012, l’Iran était beaucoup plus faible qu’aujourd’hui, comptait peu de ressources et son économie était fragile. Les sanctions mondiales n’ont pas empêché l’Iran d’intensifier ses activités d’enrichissement de l’uranium et d’augmenter le nombre de centrifugeuses. Il est évident pour nous que l’Iran a été berné et privé d’une bonne partie de sa capacité nucléaire en contrepartie de lourdes sanctions. Par conséquent, l’Iran ne voit pas d’intérêt à ne pas sortir de l’accord sur le nucléaire. Mais rien ne presse, le retrait ne sera pas soudain. »

L’Europe dit ne pas avoir de marge de manœuvre pour amener les sociétés européennes à échanger ou à travailler avec l’Iran. Elle ne viole donc pas l’accord sur le nucléaire. L’Iran maintient qu’il ne viole pas l’accord, qu’il ne fait que mettre à exécution les articles 26 et 36, qui l’autorisent à se retirer partiellement ou en permanence de l’accord si des parties le révoquent ou que des sanctions sont imposées. Pour leur part, les USA demandent à l’Iran de respecter l’accord et de ne pas « jouer avec le feu », tout en imposant de nouvelles sanctions contre le leader iranien et éventuellement son ministre des Affaires étrangères.

L’Iran n’a pas du tout oublié l’histoire récente, contrairement aux conseillers de la Maison-Blanche qui ne semblent avoir tiré aucune leçon de leurs collèges des administrations précédentes.

Lisez ce qui suit attentivement en retenant la date :

En 2012, l’Agence internationale de l’énergie atomique (IAEA) annonce que les installations d’enrichissement de combustible de Fordow et de Natanz produisent de l’uranium faiblement enrichi (UFE) ayant atteint 19,75 % (aujourd’hui, le maximum autorisé à l’Iran est de 3,67 % ). Les ministres des Affaires étrangères de l’UE conviennent de cesser leur importation de pétrole de l’Iran et de retirer le pays du système monétaire (SWIFT) basé en Belgique. L’Iran ne convainc pas l’Arabie saoudite de se garder d’augmenter sa production pétrolière pour compenser cette perte sur le marché. L’Iran déclare alors que le détroit d’Hormuz sera fermé à la navigation si on l’empêche d’exporter son propre pétrole. L’Iran profère aussi des menaces claires à l’encontre de tout avion des USA qui violerait son espace aérien. La monnaie locale est fortement dévaluée, perdant 40 % de sa valeur.

L’administration étasunienne est convaincue que le régime iranien s’écroulera en l’espace de quelque mois et que les gens envahiront les rues pour le faire tomber en raison des lourdes sanctions. Les exportations pétrolières iraniennes fondent, passant de 21 milliards de dollars à 11 ou 12 milliards de dollars par année.

Parallèlement, le stock d’uranium iranien atteint 8,271 kg (le seuil de 300 kg d’hexafluorure d’uranium imposé à l’Iran aujourd’hui était conçu pour maintenir l’Iran à une distance de 1 500 kg d’uranium enrichi à 3,67% qui serait nécessaire pour une seule arme nucléaire si cet uranium était enrichi à 90% ) et le nombre de centrifugeuses IR-1 grimpe à 12 669 à l’installation de Natanz et à 2 088 à Fordow. L’Iran compte aussi installer 2 952 centrifugeuses IR-2 supplémentaires.

Israël prend ensuite pour cibles des scientifiques iraniens qu’il assassine. Les USA, le R.-U. et Israël attaquent l’Iran par voie électronique pour nuire à son programme nucléaire. Le monde entier accepte d’imposer des sanctions contre l’Iran, y compris l’ONU, la Russie et la Chine. L’Iran annonce qu’il parviendra sous peu à un uranium enrichi à 60 % et à 90 %, le pourcentage requis pour la production d’une bombe nucléaire.

Israël exprime son intention de bombarder l’Iran, qui rétorque qu’Israël et toutes les bases militaires US seront bombardées à leur tour. Le chef d’état-major des armées Hassan Fairouz Abadi prévient que Téhéran ripostera en infligeant une punition surprise »  qui portera la bataille au cœur des USA. Le secrétaire général du Hezbollah signale que « toute bataille contre l’Iran embrasera toute la région ».

C’est alors que le président Barak Obama décide de s’asseoir à la table de négociation. Pas par crainte de la guerre, mais parce que l’Iran est parvenu malgré tout à s’adapter aux sanctions, à soutenir la Syrie en guerre pour empêcher le changement de régime souhaité par les USA, à financer (malgré les lourdes sanctions) son armée et ses besoins en infrastructure, à trouver le moyen de vendre son pétrole et à développer son programme nucléaire en l’absence de tout contrôle par une agence internationale, avec la perspective de production d’une bombe nucléaire, même si l’Iran n’a jamais dit vouloir poursuivre un programme d’armement nucléaire.

Aujourd’hui, l’histoire se répète. Mais Trump et son administration ont décidément la mémoire courte. L’Iran est aujourd’hui loin d’être isolé et est beaucoup plus puissant qu’en 2012. Ses capacités militaires se sont accrues et l’ONU, la Russie et la Chine sont de son côté.

L’Iran a des cartes à jouer contre l’Europe. Comme elle le précisait dans des messages privés à l’intention de dirigeants européens, la « République islamique » peut lâcher les trafiquants de drogue afghans en réduisant les mesures de sécurité qui les empêchent de gagner l’Europe. Elle peut aussi mettre fin à sa coopération en matière de terrorisme et à ses mesures punitives très coûteuses pour enrayer l’immigration illégale vers l’Europe.

Dans les quelques jours qui restent avant le 7 juillet, l’on ne s’attend guère à ce que l’Europe trouve une solution magique. Elle se contentera plutôt d’observer l’Iran se retirer partiellement de l’accord sur le nucléaire, jusqu’à son retrait définitif prévu en un peu moins d’un an.

Contrairement à Donald Trump, le président Obama n’a pas voulu écouter le premier ministre Benyamin Netanyahu, qui voulait bombarder l’Iran. Si Trump n’était pas en campagne électorale, ses consiglieribellicistes l’auraient probablement déjà entraîné dans une guerre. Il est contraire aux intérêts des Européens d’adopter une position mitoyenne, car une fois réélu, Trump va probablement bombarder l’Iran, sans se soucier du coût de pareille aventure d’inspiration israélienne. Il n’est pas encore trop tard, mais il est grandement temps que l’Europe trouve le cran d’éviter la catastrophe.

 

Source :Mondialisation.ca