Discours de rentrée de Marine Le Pen : un appel aux déçus de la « Droite des valeurs » et de la « Gauche patriote »

18.09.2017

Marine Le Pen lors de son discours de rentrée politique à Brachay, le 9 septembre. Proposant un renouveau du Front national, elle a appelé au rassemblement des déçus de la « Droite des valeurs » et de la « Gauche patriote »
Lors de son discours de rentrée à Brachay, le 9 septembre, Marine Le Pen s’est adressée aux déçus de la « Droite des valeurs » et de la « Gauche patriote ».
Cette formulation entend dépasser les clivages et unir les Français, de quelque horizon qu’ils viennent, derrière le Front national.
Marine Le Pen propose une jonction entre le monde du travail et l’enracinement identitaire et civilisationnel. La droite de conviction place l’identité nationale, la lutte contre l’immigration, la défense et la protection de la vie au premier rang de ses préoccupations. Elle ne se confond pas avec la droite libérale, incarnée par Les Républicains et le centre, dont le seul intérêt est l’économie, en bons héritiers de l’orléanisme.

La « Gauche patriote » est une vraie gauche au sens historique du terme, c’est-à-dire garante de la souveraineté populaire et du progrès social. Elle est sans rapport avec le courant social-démocrate post Seconde Guerre mondiale qui s’est peu à peu imposé à l’ensemble de la gauche européenne. Elle est également éloignée de la gauche cosmopolite, du type Parti socialiste et mouvements trotskystes, qui soutien et souhaite développer l’immigration incontrôlée. La Gauche patriotique place le souci de la nation au premier plan.

Le mélange entre « Droite des valeurs » et « Gauche patriote » que propose Marine Le Pen peut se raccorder au courant bonapartiste, l’un des trois courants des Droites françaises, aux côtés des courants légitimiste et orléaniste mis en exergue par l’historien René Rémond. En effet, le futur empereur Napoléon III avait publié en 1844 un opuscule dont le titre Extinction du paupérisme démontrait le caractère éminemment social du futur régime impérial.

Le terme « Droite des valeurs » renvoie à une droite qui s’assume de droite en tant que telle et qui n’abdique pas ses valeurs devant la pensée unique mise en place par la gauche.

Au premier chef, la « Droite des valeurs » s’affirme de droite. La « Droite des valeurs » redonne au combat des idées toute sa place. En effet, depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, la droite refuse cette étiquette de droite. D’ailleurs, bon nombre des « avancées sociétales » sont le fait de gouvernement de Droite. Que l’on songe à la légalisation de l’avortement, à la mise en place du regroupement familial, à la création du collège unique ou bien encore au vote de la loi Pleven en 1972, première loi créant le délit d’opinion. Toutes ces lois ont été votées par des gouvernements de droite.

En outre, la droite se désintéresse depuis des décennies des combats : politique, culturel, social ou sociétal, laissant le champ libre à la gauche.
Cette manière de concevoir la politique fait que la droite est toujours suiveuse des innovations promues par la gauche, quand elle ne devance pas les propres attentes de celle-ci… Au final, pour la droite, seule compte l’économie, car elle a une vision purement comptable et économiste de la société et de la France.

A l’inverse, la « Droite des valeurs » à laquelle Marine Le Pen fait appel est une droite de conviction. Celle-ci, sans la négliger, replace l’économie à sa juste place, c’est-à-dire un moyen et non une fin.
Par ailleurs, la « Droite des valeurs » place l’intérêt national au premier plan.
Cette défense de l’intérêt national définie les thématiques portées par ce courant : défense de l’identité et des traditions nationales, défense de la patrie, conservatisme, lutte contre l’immigration, défense de la famille traditionnelle et de la vie, primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers, défense des libertés économiques et refus du fiscalisme.

La « Gauche patriote » peut se rattacher historiquement au courant fondateur de la République française avec des figures comme Danton ou même Robespierre. En effet, la conception moderne de la nation s’est substituée à la conception traditionnelle de celle-ci au moment de la Révolution française. Jusque-là, la nation était synonyme de patrie, c’est à dire la terre des pères. Avec la Révolution, elle est devenue la nation idéologique qui doit guider le monde vers la liberté. Elle est également le peuple souverain en armes, héritier de la conception antique de la patrie.

Ce courant, qui a longtemps été dominant à gauche, s’est effacé depuis les années 1930 et plus encore sous l’influence soixante-huitarde créant ainsi un divorce entre les termes « gauche » et « patrie ». Désormais la gauche a rompu avec le monde du travail. Elle est internationaliste, pro-immigrationniste et attachée à la social-démocratie ainsi qu’à l’hédonisme libertaire sur le chapitre des valeurs.

Le courant de la  « Gauche patriote » est l’héritier, à la fois, des fondateurs de la République avec une évidente filiation révolutionnaire, mais également des idées sociales de préservation des grands acquis sociaux (droit à la retraite, baisse de la durée du travail, abaissement progressif de l’âge de la retraite, droit de grève). La « Gauche patriote » s’oppose également au cosmopolitisme défendue par le reste de la gauche et à l’immigration massive car elle y voit une menace pour la préservation des acquis sociaux en même temps qu’une altération de l’unité de la République.

Le rapprochement voulu par Marine Le Pen entre deux idéaux en apparence antagoniste est beaucoup plus pertinent qu’il n’y paraît.
En effet, historiquement la Révolution française a donné naissance à deux courants de droite et deux courants de gauche qui se sont affrontés durant tout le XIXème siècle.

La droite s’est rapidement scindée entre légitimistes et orléanistes. Les premiers, attachés à la monarchie de droit divin, ont été à l’origine de la Doctrine sociale de l’Église, alors que les seconds, partisans d’une monarchie constitutionnelle héritée de la pensée de Montesquieu et de Tocqueville ont rapidement versé dans le libéralisme le plus dur.

A gauche, la coupure s’établie entre les « Girondins », partisans d’une république libérale, décentralisée et bourgeoise et les « Montagnards » qui souhaitent une république centralisée, populaire et démocratique.

Au cours du XIXème siècle, les héritiers de ces courants se  sont bien souvent rapprochés sur la question sociale. Ainsi, légitimistes et socialistes se sont rapprochés sur le terrain de la lutte sociale face à l’alliance entre orléanistes et gauche libérale.

Cette alliance se conçoit aisément si l’on conserve à l’esprit que la Révolution française, loin de favoriser les intérêts des classes populaires, a consacré les intérêts de la bourgeoisie. Ces intérêts, à la fois portés par les orléanistes et les libéraux de gauche sont directement issus du processus des Lumières qui a abouti à la destruction des corps intermédiaires protecteurs du monde ouvrier, à savoir les corporations et métiers jurés. Cette destruction a été mise en œuvre par le vote de la loi Le Chapelier de mars 1791, interdisant les corporations et les associations d’ouvriers (cette interdiction a duré jusqu’au vote de la loi Ollivier en 1864, autorisant le droit de grève, puis de la loi de mars 1884 légalisant les syndicats).

En appelant au rassemblement des déçus de la « Droite des valeurs » et de la « Gauche patriote », Marine Le Pen s’adresse à tous les déçus de la politique française. L’alliance de ces deux pôles idéologiques s’oppose à l’alliance libérale-libertaire qui dirige la France depuis plus de 30 ans et qui est parfaitement incarnée par Emmanuel Macron et le mouvement En marche.

Par ailleurs, Marine Le Pen demeure dans les fondamentaux du Front national que son fondateur, Jean-Marie le Pen avait défini comme le rassemblement de la Droite nationale, populaire et sociale. Lors de la présidentielle de 2002, il avait d’ailleurs fait sien le slogan « socialement à gauche, économiquement à droite et nationalement de France ».