Bachar el-Assad en visite surprise en Russie

22.11.2017

Le président syrien Bachar el-Assad a effectué lundi 20 novembre 2017 une visite surprise à son homologue russe Vladimir Poutine dans le cadre de la préparation de la conférence de Genève du 28 novembre prochain, qui doit régler les derniers détails de la fin du conflit en Syrie. Alors que sur le terrain militaire, la victoire est acquise aux troupes loyalistes du président syrien, grâce à l’appui militaire indéfectible de la Russie et de l’Iran, la partie diplomatique qui va s’engager dans une semaine à Genève est encore ardue pour l’exécutif syrien.

Dans ces conditions, quoi de mieux que ce voyage éclair à Sotchi au Sud de la Russie afin de réaffirmer, face aux occidentaux et à l’Arabie saoudite, la solidité et la pérennité de l’alliance entre Moscou et Damas. Cette visite, demeurée secrète jusqu’à ce matin, a permis à Bachar el-Assad de remercier son allié russe, sans qui la victoire militaire aurait été impossible. En effet, lorsque la Russie est intervenue directement dans le conflit syrien, à partir de septembre 2015, la position de Bachar el-Assad était plus que précaire. A cette date, l’armée syrienne ne contrôlait plus que 30 % du territoire du pays, le reste étant sous la domination de l’État islamique ou des rebelles armés par l’Occident, Front al-Nosra en tête. Par ailleurs, les États-Unis brandissaient la menace de frappes aériennes sur les régions syriennes fidèles au gouvernement. Seule l’intervention massive de l’armée de l’air russe et des forces spéciales envoyées par Moscou, combinée à l’intervention au sol des combattants du Hezbollah et des Gardiens de la révolution iranien ont permis la victoire de Bachar el-Assad. Parfaitement conscient de la situation, ce dernier a tenu à remercier chaleureusement la Russie : « Tout d’abord, je voudrais profiter de cette occasion pour vous transmettre la gratitude du peuple syrien pour nous avoir aidés à défendre l’intégrité territoriale et l’indépendance de notre pays. Depuis l'intervention de la Russie, il y a un peu plus de deux ans, nous avons remporté de grands succès. Plusieurs régions de la Syrie que nous avions ont été contraints d'abandonner ont été libérées des terroristes ».

Cette rencontre a eu lieu à deux jours de la tenue d’un sommet tripartie (Russie, Iran et Turquie) visant à trouver un règlement politique à la guerre en Syrie et qui doit permettre d’entamer les négociations à Genève à la fin du mois. Le Président Poutine a confirmé que la rencontre avec Bachar el-Assad avait pour objet le règlement politique et pacifique à long terme du conflit. Par ailleurs, en vue de préparer la rencontre de Genève, Vladimir Poutine a assuré son allié de prendre contact avec Donald Trump dans le cadre des consultations sur la Syrie.

Le soutien de Moscou et de son allié iranien va s’avérer un atout certain au moment où vont s’engager les négociations diplomatiques de sortie de crise. Vainqueur militairement, Bachar el-Assad est encore fragile face à la volonté occidentale de le voir exclu de la scène internationale. Toutefois, cette volonté n’est que le reflet des exigences de la désormais fantomatique opposition démocratique syrienne, en réalité un conglomérat aux ordres de l’Occident et aux relations parfois plus que troubles avec les islamistes. Le soutien de Moscou et de Téhéran, qui fait de Bachar el-Assad le seul interlocuteur légitime de la Syrie permettra à celui-ci de conserver une position de force à Genève. La Turquie de son côté, bien que défavorable à la Syrie et à son président, souhaite cependant conserver une voix dans la région et espère également contenir la naissance d’une entité Kurde à sa frontière, ce qui déstabiliserait un peu plus le Kurdistan turc. Pour ces deux raisons, Ankara est sans doute prête à accepter le maintien de Bachar el-Assad à Damas.

La rencontre entre les présidents russe et syrien leur a donc permis d’apparaître plus unis que jamais face à la communauté internationale et de préparer la réunion tripartite du 22 novembre avec l’Iran et la Turquie. Ces deux réunions permettent la mise en place d’une stratégie commune qui sera défendue lors de la conférence de Genève.

De son côté, l’opposition syrienne se réunie à partir du 22 novembre à Ryad (Arabie saoudite) afin d’unifier ses positions de vue. Toutefois le processus de Genève, qui a reçu le soutien de Vladimir Poutine et de Donald Trump, doit permettre la mise en place d’élections et la rédaction d’une nouvelle constitution avec le président el-Assad en maître du jeu.